Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

14/05/14 à 13:43 - Mise à jour à 13:43

Magnette - De Wever, bis: le blocage annoncé

La deuxième joute télévisée entre présidents du PS et de la N-VA a vu la réapparition du clivage communautaire. Et laissé apparaître ce que pourrait être le scénario en deux temps de l'après-25 mai.

Magnette - De Wever, bis: le blocage annoncé

© Belga Image

La deuxième confrontation, télévisée cette fois, entre Bart De Wever et Paul Magnette, sur RTL-TVI et VTM mardi soir, suscite le courroux du MR et c'est somme toute normal. "De Wever peut dire merci et envoyer un joli bouquet de roses au PS", grincent les libéraux. Une nouvelle fois, les deux principales formations du pays ont démontré qu'elles étaient les "meilleurs ennemies du monde" en étalant leurs divergences, chacune au service de leur communauté. Une manière de se nourrir électoralement.

S'il est sain que les projets politiques se confrontent publiquement avant le scrutin, voir deux leaders battre le fer durement alors qu'ils ne visent pas le même public reste un "jeu de dupes". Au fond, le débat organisé par Le Vif/ L'Express entre Paul Magnette et son homologue du MR Charles Michel, la semaine dernière, était plus conforme au vrai choix laissé à l'électeur francophone.

Cela étant, le match au sommet PS - N-VA n'a pas été sans enseignements ni virages de fond.

Tout d'abord, Paul Magnette, visiblement bien préparé et multipliant les phrases cinglantes à l'adresse de De Wever ("vous n'êtes pas encore le roi de la Belgique") a eu le mérite de rappeler dans la dernière ligne droite de la campagne que la N-VA est un parti séparatiste. Coincé, Bart De Wever a bien dû avouer à demi-mots devant l'opinion publique flamande qu'il restait un partisan à terme de l'indépendance de la Flandre. Venant du PS, présenté comme la cause de tous les maux belges au nord du pays, l'attaque risque certes d'être contre-productive et d'augmenter l'aura de la N-VA en Flandre - ce pays est décidément plein de paradoxes... Mais le communautaire, remis sur la table, pourrait bien devenir le poil à gratter de la fin de campagne qui embarrasse les nationalistes.

Ensuite, cette joute oratoire laisse lire de façon presque transparente ce qui risque de se passer au lendemain du 25 mai, dans les heures et les jours suivant votre dépôt du bulletin dans l'urne. S'ils terminent plus ou moins largement en tête dans leur communauté respective, PS et N-VA vont s'employer à négocier rapidement une majorité en Flandre et Wallonie, à droite d'un côté (N-VA - CD&V - Open VLD), à gauche de l'autre (prolongation de l'Olivier PS - CDH - Ecolo). L'enjeu de la prochaine législature au fédral est de mettre en oeuvre des réformes socio-économiques, vite qui plus est, tout le monde le dit. Mais s'ils se retrouvent autour d'une table de négociations au fédéral, N-VA et PS se heurteront à un mur réciproque sur l'essentiel: suppression de l'indexation des salaires, limitation de l'octroi des allocations chômage dans le temps, flexibilité du travail, réduction massive de la baisse des charges, diminution du poids de l'Etat pour réduire la dette... Leurs projets sont tout simplement incompatibles.

Il sera alors temps, après deux ou trois mois de dialogue de sourds, de tenter de trouver une majorité alternative au fédéral. Impossible? Non: aucune majorité qualifiée des deux tiers ne s'impose pour de "'simples" réformes socio-économiques. Mais l'équation risque d'être terriblement périlleuse au vu de la fracture démocratique entre Nord et Sud résultant des élections.

Alors? La N-VA soutenue par les lobbies patronaux et indépendantistes en Flandre pourra affirmer qu'il est temps de parler de confédéralisme, le CD&V abandonnant sa force tranquille actuelle pour lui emboîter le pas. Le PS se présentera, lui, en bouclier de la sécurité sociale et sauveur du pays. CQFD. Nous l'avions déjà écrit au lendemain du premier débat Magnette - De Wever, le constat reste le même: c'est le préavis d'une crise annoncée. Au risque de dépasser le record de 541 jours de blocage? Pour paraphraser le slogan de la Fifa pour les Diables rouges au Brésil: "Attendez-vous à l'impossible!"...

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