Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

13/05/11 à 05:53 - Mise à jour à 05:53

Madame mêle-tout

DANS CE MONDE-LÀ, ÇA COGNE, ÇA COGNE. NULLE TRACE d'angélisme, de naïveté, d'altruisme. Tous les coups sont permis et, pour tenir toujours debout après dix années d'âpres combats, il faut une sacrée personnalité, une vraie force intérieure, une foi inébranlable. Surtout quand on est une femme.

Madame mêle-tout

Joëlle Milquet peut se vanter de réunir toutes ces qualités. "Je suis un lapin Duracell qui va jusqu'au bout. Je peux avoir un caractère viril, mais je peux rester féminine", se plaît-elle à répéter. Faire assaut de virilité, elle sait, en effet. De féminité, aussi. Pour preuve, ces photos glamour publiées, il y a quelques mois, par Nina, le supplément hebdomadaire de Het Laatste Nieuws, le quotidien au tirage le plus important au Nord. Pieds nus, à califourchon sur une chaise, "Madame Non" faisait du charme aux Flamands en pleine période de crise. Las, malgré le sourire enjôleur et une sensualité qui se voulait à fleur de peau, ils sont restés de marbre, les Flamands. Pour eux, définitivement, comme l'explique notre enquête cette semaine, Joëlle Milquet est "une entêtée, désespérément accrochée à un vieux modèle étatique qui profite aux seuls francophones". Une has been, en quelque sorte.

De fait, "L'Union fait la force", le slogan du CDH lors des dernières élections fédérales, a fait flop. Y compris dans le Sud. Joëlle, en retard d'une guerre ? Dépassée, la présidente du CDH ? Au sein du parti, la grogne rampante a viré à la bronca. Marre des déclarations à l'emporte-pièce d'une présidente dont on peine à suivre la ligne politique, tant elle est embrouillée. Marre de son omniprésence, de sa volonté de tout contrôler. Marre de ce flirt plus que poussé avec le PS et qui passe mal auprès de nombreux ténors qui piaffent d'impatience pour pouvoir redresser la barre à droite. Marre d'une politique trouble en matière d'immigration à Bruxelles et qui s'est soldée par un échec cuisant lors de la clôture des Assises de l'Interculturalité, un projet cher, très cher à "Madame Neen". Joëlle a calmé le jeu. Joëlle a promis, elle passera la main à Benoît Lutgen à la fin du mois d'août, comme prévu. Non, elle ne sera pas Madame mêle-tout, ni une belle-mère encombrante, même si, "entre Benoît et moi, c'est hyper-consensuel", répète-t-elle à l'envi.

Mais on le sait bien, le CDH est "sa" créature. Elle le porte depuis 1999. Pour lui permettre de survivre, elle a dû lutter. Se mettre en état de veille permanent, tout maîtriser de peur de ne rien maîtriser. Mais le temps a passé. Interventionniste, Madame la présidente ? Ceux qui osent parler le confirment, mais toujours en off. Peur des représailles ? No limit, Madame Milquet ? De fait, on s'interroge. Notamment au sein de notre rédaction qui a "profité" à plusieurs reprises de ses coups de sang. Dernier fait d'armes en date : une énième interview qu'elle nous avait accordée fin de la semaine dernière, et, en dernière minute, sous un prétexte des plus nébuleux, elle s'est opposée à sa publication. Sans oublier l'un ou l'autre coup de fil intempestif perso, parce qu'un article n'avait pas eu l'heur de lui plaire. Visiblement, Madame la présidente est fâchée, aussi, avec la liberté de la presse. De l'art d'en faire trop.

Mais quel avenir demain pour son parti fragilisé par un risque latent d'implosion entre son aile wallonne et son aile bruxelloise et qui ne cesse de dégringoler non seulement dans les sondages, mais aussi dans les urnes ? Un parti convoité avec gourmandise tant par les écolos que le MR qui braconnent régulièrement sur ses terres. Face au danger, qui peut croire un instant que Madame la past-présidente lâchera prise pour laisser son "bébé" enfin vivre sa vie ?

CHRISTINE LAURENT

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