Ewald Pironet
Ewald Pironet
Ewald Pironet est rédacteur du Knack.
Opinion

13/09/17 à 14:36 - Mise à jour à 14:37

"En Belgique, gouverner efficacement devient de plus en plus difficile, si pas impossible"

La Belgique, avec ses réformes d'état maladroites, n'a jamais été un modèle de gouvernement efficace. L'été dernier, c'était encore pire : dans les six gouvernements, il y a six nouvelles coalitions différentes.

"En Belgique, gouverner efficacement devient de plus en plus difficile, si pas impossible"

gouvernement fédéral © BELGA

Alors que les dernières semaines, c'est l'accord du gouvernement fédéral qui a bénéficié de toute l'attention, le fédéralisme de coopération a été porté en terre : dans les six gouvernements que compte notre pays, il y a six coalitions différentes au pouvoir, ce qui n'est guère favorable pour la coopération mutuelle, bien au contraire.

À présent, la coopération entre le gouvernement fédéral d'un côté et le gouvernement bruxellois, wallon et francophone de l'autre n'avance pas d'un pouce : dans les gouvernements de la communauté, c'étaient le PS et le cdH qui menaient la danse, alors qu'ils ne sont pas représentés dans la coalition suédoise menée par Charles Michel (MR). Ces dernières semaines, c'était encore plus difficile. Dans la communauté française, le PS et le cdH restent au pouvoir, mais au gouvernement wallon le cdH a échangé les socialistes francophones contre le MR. Aujourd'hui, il n'est plus question d'une coopération entre les deux gouvernements. Ce n'est pas un cadeau pour la Wallonie. Cela ralentira encore la reprise de la région.

Le chaos politique francophone découle du coup à moitié échoué du président du cdH Benoît Lutgen, peu avant les vacances d'été. Il a déclaré qu'il ne voulait plus gouverner avec le PS, fort critiqué pour avoir grappillé dans la caisse de l'organisation des sans-abri Samusocial. Deux mois plus tard, il s'avère qu'il a réussi à mettre le PS de côté uniquement en Wallonie. Du coup, le cdH prêche uniquement le changement en Wallonie avec le MR, alors qu'en communauté française et à Bruxelles, le parti continue à mener la vieille politique avec le PS.

Les électeurs francophones ne sont guère enthousiastes. Dans les sondages, le PS continue à baisser : en Wallonie, il n'obtiendrait que 20%, contre 32% aux élections de 2014. Et le cdH n'atteint plus les 9% - il y a trois ans, c'étaient encore 14%. Les libéraux francophones sortent renforcés du chaos wallon. Jusqu'à il y a peu, le MR était isolé dans le gouvernement fédéral, mais à présent Willy Borsus, un confident du Premier ministre Michel, est devenu ministre-président du gouvernement wallon. Si dans les sondages, le parti baisse (de presque 26% en 2014 à 21%), il reprend toutefois la position de tête de la Wallonie.

L'écheveau politique au sud du pays est surtout un cadeau pour Bart De Wever et la N-VA. De Wever a convenu d'un statu quo communautaire pendant la période actuelle de gouvernement, et en début de semaine, il a fait comprendre que le thème communautaire ne serait pas la priorité pour les élections de 2019. Il n'y est pas obligé. Il reste Olivier Maingain, que les sondages créditent comme grand vainqueur de la crise francophone. Il atteindrait plus de 18% à Bruxelles, alors qu'aux dernières élections il avait obtenu 11%. Si ce chiffre se confirme, les autres auront du mal à l'ignorer. Et alors Bruxelles sortira de toute façon le thème communautaire. Et n'oublions pas que Bruxelles a toujours besoin d'argent, et la Wallonie aussi viendra frapper à la porte.

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En Belgique, gouverner efficacement devient de plus en plus difficile, si pas impossible

Entre-temps, il devient de plus en plus clair que le gouvernement fédéral fonctionne peut-être - en témoigne l'accord de cet été - mais que la coopération entre les gouvernements se complique de plus en plus. Le dossier de l'aéroport de Zaventem est un exemple frappant. Son avenir est menacé par les normes de bruit strictes du gouvernement bruxellois. Le fédéralisme de coopération fait place au fédéralisme de combat. Nous sommes coincés dans notre propre chaos institutionnel caractérisé par des réformes d'état financières improvisées sans compétences homogènes. En Belgique, gouverner efficacement devient de plus en plus difficile, si pas impossible.

Les différentes coalitions en Belgique

Gouvernement fédéral : MR + Open VLD + CD&V + N-VA

Wallonie : MR + cdH

Bruxelles : PS + cdH + Défi + Open VLD + CD&V + sp.a

Flandre : Open VLD + CD&V + N-VA

Communauté française : PS + cdH

Communauté germanophone : PS + prodg + PFF

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