Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

07/12/17 à 17:19 - Mise à jour à 17:19

Bruxelles n'accueillera pas l'Euro 2020: lamentable!

La décision prise par l'UEFA de désigner Wembley, faute de garantie sur la construction du Stade national, démontre combien la Belgique est en panne de moteur. Et le petit jeu du MR, ces derniers jours, fut particulièrement indigne.

Bruxelles n'accueillera pas l'Euro 2020: lamentable!

La maquette du projet de stade national tel que présenté à la presse en mai 2016. © BELGA/Thierry Roge

Jusqu'où faudra-t-il que l'on touche le fond pour que l'on se ressaisisse? Bruxelles, capitale de l'Europe, n'accueillera donc pas de matchs de l'Euro 2020, qui se déroulera dans treize villes du continent. Pour la remplacer, l'UEFA a préféré désigner ce jeudi Wembley et Londres, qui aura... quitté l'Union européenne en 2019. Faute de garanties suffisantes pour la construction du Stade national. Les esprits grincheux se réjouiront: ce n'est jamais que du foot, le projet était de toute manière mal emmanché et trop dispendieux, alors que les priorités sont ailleurs. Peut-être. Il s'agit pourtant d'un échec retentissant dont on ne peut être fier, qui illustre de façon dramatique le manque d'ambition de notre pays, perdu dans l'enchevêtrement de ses niveaux de pouvoir. Et les petits jeux de politique politicienne auxquels on a assisté ne font rien pour restaurer notre dignité.

Oui, Bruxelles aurait dû accueillir plusieurs matchs de cet Euro 2020 très symbolique pour la construction européenne. Bien sûr. Michel Platini en était convaincu, quand il était président de l'UEFA, c'est même lui qui avait dû insister en 2012 pour que l'on soit candidat - un comble! Nos autorités politiques, tous niveaux de pouvoir confondus, auraient dû en faire un objectif majeur pour restaurer l'image de marque de notre capitale. Mieux: elles auraient dû viser le match d'ouverture ou la finale, pour imposer son statut de siège des institutions européennes. Fallait-il, pour ce faire, rénover le Stade Roi Baudouin ou en construire un nouveau? À la limite, peu importe. Le plus important était de s'engager dans un projet collectif. En ajoutant une dimension éducative, pour inciter les jeunes de ce pays à pratiquer du sport, à viser le haut niveau. Mais qu'a-t-on vu à la place? D'inutiles palabres, des pertes de temps, des intérêts contradictoires et des agendas politiques opposés. Jusqu'au flop final.

À vrai dire, on peut saluer à rebours la détermination de la majorité PS-MR de la Ville de Bruxelles et de son échevin, Alain Courtois, qui en avait fait une affaire personnelle depuis le drame du Heysel... en 1985. On peut saluer, aussi, l'audace de la Région bruxelloise: le ministre-président, Rudi Vervoort (PS), a osé décider, dès son arrivée au pouvoir, même s'il s'est lancé dans un projet risqué sur un terrain appartenant à la Ville de Bruxelles, mais situé en territoire flamand. Dans n'importe quel pays du monde, on aurait pourtant trouvé logique de choisir un lieu disponible, accessible le long du ring, et l'on aurait mis de côté les bagarres d'ego pour faire advenir l'idée. Mais la Belgique n'est plus un pays comme un autre, c'est une triste coquille vide où prédominent les querelles mesquines et les disputes identitaires.

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Voilà à quoi les ambitions belges sont réduites, désormais: à des petits jeux mesquins, à un sinistre "c'est pas moi, c'est lui".

Alors, on a vu ce que l'on a vu. La N-VA a fait tout ce qui était en son pouvoir pour, sournoisement, miner un projet trop belge à ses yeux. Le gouvernement fédéral de Charles Michel est resté complètement silencieux, coincé par son alliance avec les nationalistes, alors qu'il aurait dû être le plus ardent défenseur de cette ambition. Le comble du mauvais goût a toutefois été atteint ces derniers jours. Des fuites ont fait état du mouvement d'humeur du Premier ministre, lundi en bureau de parti: ce dossier était "mal torché et cochonné depuis le début par des amateurs qui auraient dû s'interroger sur l'opportunité de faire un stade bruxellois sur un terrain flamand". Ce jeudi matin, le vice-Premier MR, Didier Reynders, a même osé dire qu'il était évident que l'on aurait dû rénover le Roi Baudouin. N'est-ce pas gonflé de la part de ceux qui n'ont rien fait pour aider à trouver à une solution? Car le projet était bien évidemment stratégique pour l'image de la Belgique. Et il le reste, car nous n'avons plus de stade homologué par l'UEFA. Impuissants et inaudibles jusqu'ici, les libéraux du fédéral préfèrent tout faire aujourd'hui pour rejeter la faute sur une majorité bruxelloise PS-CDH-DéFi qu'ils rêvent de mettre par terre. Voilà à quoi les ambitions belges sont réduites, désormais: à des petits jeux mesquins, à un sinistre "c'est pas moi, c'est lui".

Les seuls qui sourient aujourd'hui, ce sont les nationalistes flamands. Ironie de l'histoire: ce jeudi, ils préféraient d'ailleurs défiler dans les rues de Bruxelles pour soutenir les nationalistes catalans. Les détracteurs du projet du stade constateront, eux, que notre absence de l'Euro 2020 ne générera pas davantage de moyens et d'enthousiasmes pour mener des projets mobilisateurs en matière d'éducation, de santé ou de mobilité. Car ce manque d'ambition est devenu un mal chronique de la Belgique. Nous ne sommes plus que des spectateurs. Et gageons que nous serons nombreux devant nos écrans de télévision à espérer que les Diables rouges restaurent un peu de notre grandeur. En 2020. Quand les supporters belges seront nombreux à faire le déplacement à Wembley.

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