Armée trop flamande? Les francophones se rebiffent

12/11/10 à 10:19 - Mise à jour à 10:19

Source: Le Vif

Encore un pan de la Belgique qui s'effrite, se lézarde et que se disputent Nord et Sud. Ses plus beaux morceaux pourraient basculer dans le jardin flamand, en cas de disparition du pays. Les francophones se rebiffent.

Armée trop flamande? Les francophones se rebiffent

© Belga

Elle s'est longtemps crue aux abris. Miraculeusement épargnée par les projectiles qui pleuvent dru sur le champ de bataille communautaire. Un colonel, jouant les francs-tireurs, s'est chargé de sortir brutalement l'armée de sa planque et de la jeter dans la mêlée. Et cette fois, c'est un francophone qui a tiré le premier. Le commandant de la base aérienne de Florennes savait qu'il allait au casse-pipe en montant à l'assaut de son propre ministre de la Défense, Pieter De Crem (CD&V), et de la haute hiérarchie militaire. Le colonel Luc Gennart se doutait bien que la position est solidement tenue par les Flamands. Tel était le but de l'opération. Sus à la "flamandisation" de l'armée : le cri de guerre de l'officier a porté loin. Le fer est porté dans une plaie longtemps camouflée.

"Chair à canon"

"Monsieur le ministre, vous portez la responsabilité du fait que l'armée, ciment de la Nation, passe dans le champ communautaire." Député MR, Denis Ducarme se fait solennel en commission de la Chambre, en sommant Pieter De Crem (CD&V) de justifier ses passages à l'acte qui alimentent le soupçon des francophones. Un Etat tremble sur ses bases, et son ministre de la Défense est accusé de saper un des derniers et des plus solides piliers du régime fédéral. De man£uvrer, à un rythme croissant, pour que la Flandre fasse main basse sur les plus morceaux les plus nobles de l'armée. Sur ses leviers de commande, largement confiés à des généraux néerlandophones. Mais aussi sur son expertise, ses activités les plus sophistiquées et les plus prometteuses sur le plan économique, qui sont sur le point d'être rapatriées sur le sol flamand. "L'art du renseignement pour les Flamands, et les Wallons réduits à de la chair à canon", nous résume de façon imagée Denis Ducarme. Les élus francophones se réveillent, s'effraient à la perspective d'une armée à deux vitesses, dont les ordres seraient dictés par un haut commandement transformé en chasse gardée flamande par auto-cooptation.

Une armée qui finirait par n'avoir plus de belge que le nom. Et encore... "Le jour où la survie du pays devait se poser, la plus-value générée par les activités militaires se retrouverait sur le territoire flamand. Je ne crois pas au hasard...", reprend l'élu MR. Un mandataire PS n'oserait plus jurer de rien : "L'actuelle génération de responsables militaires flamands opère toujours dans un schéma "belgicain", tout en obéissant à la logique de la loi du nombre qui les favorise. Mais je n'exclus pas qu'aux étages inférieurs de la hiérarchie les officiers supérieurs ou généraux de demain n'aient un autre agenda." Autre connaisseur de la chose militaire, le sénateur Armand De Decker (MR) écarte l'issue extrême, "parce que je ne crois pas au séparatisme". Appel à la vigilance, cependant : "Le défaut de bilinguisme que le ministre De Crem invoque dans le chef des officiers francophones est un mauvais prétexte."

L'armée s'invite ainsi dans le débat communautaire, à la marge. Sans être attendue ni désirée le moins du monde à l'agenda de la réforme de l'Etat. La grande muette est le cadet des soucis actuels de la N-VA. Les nationalistes flamands tablent sur son évaporation future dans un ensemble européen, à l'image d'un pays qu'elle n'aurait plus à servir. Mais leur empreinte est bien là : "Le poids de la N-VA se fait sentir dans l'instrumentalisation des outils de la Défense au profit d'une seule communauté linguistique, la Flandre en l'occurrence. Ce que Pieter De Crem pratique systématiquement", dénonce notre élu PS. Le terrain se prépare, sous les yeux des francophones...

PIERRE HAVAUX

Nos partenaires