Guillaume Gautier

La chronique de Guillaume Gautier | Soulier d’or: le foot belge a-t-il existé entre juillet et décembre?

Guillaume Gautier Journaliste

Le Soulier d’or a récompensé Ardon Jashari, au terme d’une soirée qui a donné l’impression que l’actuelle saison du foot belge n’avait pas vraiment commencé.

A-t-on vraiment joué au football en Belgique, entre juillet et décembre? Invisibilisée aux yeux d’une partie du grand public par le conflit entre les opérateurs belges et DAZN, la Pro League s’est donnée en spectacle lors d’une cérémonie du Soulier d’or qui semblait surtout tournée vers la fin de la saison, bouclée en mai dernier, plutôt que vers les événements des derniers mois.

Il y a bien sûr Ardon Jashari, milieu de terrain débordant de talent parti monnayer son pied gauche sur le tapis rouge et noir de Milan. Le Suisse est le premier joueur à être chaussé d’or sans encore évoluer sur le sol belge, exploit que même les Thibaut Courtois et Kevin De Bruyne n’avaient pas pu réaliser avant leur départ pour Chelsea. Il faut dire que, traditionnellement, les électeurs étaient bien plus réactifs en décembre, à l’approche du verdict, qu’au bout du printemps, quand ils préfèrent remplir leurs données personnelles pour s’enregistrer sur un vol vers l’étranger qu’un bulletin de vote. Cette réalité-là a changé, parce que le football ne s’arrête plus jamais et qu’il est même possible de voter depuis son transat en sélectionnant quinze noms (trois par catégorie) sur l’écran de son smartphone, au bout du troisième mail de rappel envoyé par Het Laatste Nieuws –le journal flamand organisateur du scrutin– aux moins réactifs des votants. Dans les coulisses du média du nord du pays, il se dit d’ailleurs qu’on n’avait jamais vécu cette situation, avec un premier tour où les votes ont été plus nombreux qu’au second.

C’est ainsi que le football belge a sacré un joueur qui l’avait déjà quitté, allégorie plus-que-parfaite du championnat de transit que la Pro League est aujourd’hui. Sur le podium du gardien de l’année, Colin Coosemans a également devancé Anthony Moris et Senne Lammens, qui font désormais parler les gants loin de la Belgique, alors que Sébastien Pocognoli est revenu de Monaco pour recevoir son trophée de meilleur coach de 2025. Romelu Lukaku n’a, quant à lui, même pas dû jouer de match lors du deuxième tour du scrutin pour être élu meilleur Belge à l’étranger, lui dont la dernière apparition lors d’une rencontre officielle remonte au 9 juin, lors de la victoire des Diables Rouges face aux Gallois.

Ce match, beaucoup des électeurs l’ont probablement vu à la télévision. Tout comme ceux de Hans Vanaken et Adem Zorgane, personnages majeurs du Club de Bruges et de l’Union Saint-Gilloise en Ligue des champions. Tout ça n’a probablement pas fait les affaires du favori annoncé, Chrístos Tzólis, et de ses chiffres exceptionnels en championnat lors d’une première partie de saison où personne n’a vraiment convaincu ceux qui voyaient quand même les matchs «en vrai». Joueur de highlights, parfois inconstant, voire fantomatique avant de sauver son équipe par une apparition d’exception, le Grec aurait été le vainqueur des lignes de stats et des résumés vidéos, désormais vecteurs de communication principaux entre les pelouses de Pro League et les supporters qui ne vont pas au stade.

Faut-il s’inquiéter de ce résultat inattendu? Le plus sain est probablement de se rappeler que dans un sport collectif, les récompenses individuelles sont souvent absurdes. Au point d’offrir un triplé à un Club de Bruges qui n’a ni été champion de Belgique ni fini l’année civile en tête du championnat.

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