Le service des douanes de Liège est l’un des plus importants d’Europe, et les autorités du pays comptent bien en faire le centre névralgique européen. © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Liège veut devenir le centre névralgique des douanes européennes: «Il faut remettre l’e-commerce dans un processus de contrôle»

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

L’Europe cherche un endroit pour implanter son Agence douanière, et Liège est candidate. La principauté a le profil idéal pour convaincre les 27, et les enjeux sont de taille. Mais le climat tendu autour de l’aéroport, ces derniers mois, pourrait compromettre ses chances.

«En Chine ou aux Etats-Unis, il y a une centralisation des douanes, entame Kristian Vanderwaeren, administrateur général de l’Administration générale des Douanes et Accises. En Europe, il y a 27 administrations. Ca fonctionne aussi, mais il faut les aider à agir de manière commune.» C’est pourquoi les gouvernements fédéral, régional, mais aussi la Ville de Liège ont inscrit la Cité ardente comme candidate pour accueilli le siège de l’Agence douanière européenne . La décision, qui devrait tomber vers la mi-février, sera prise par le Conseil et le Parlement européen, qui disposeront chacun de 27 voix.

Liège sera mise en concurrence avec des métropoles aux allures bien plus costaudes comme Lille, Rome, Porto, Malaga, Zagreb, Bucarest, La Haye ou Varsovie. Et pourtant, l’espoir est là. Les défenseurs du dossier se targuent d’avoir créé un écosystème favorable à l’implantation de cette autorité douanière, assure l’économiste Marc Bourgeois. L’université de Liège a, par exemple, développé un ensemble de formations depuis le master jusqu’aux formations continues pour les agents et intermédiaires des douanes. «Liège et Anvers ont pris les choses à bras le corps en amont. A l’échelle européenne, il y a encore de nombreuses défaillances au niveau de la formation des douaniers, surtout sur les questions de l’e-commerce.» Liège, qui voit passer un milliard de lots issus de l’e-commerce par son aéroport chaque année, commence à connaître la musique. L’ULiège est d’ailleurs sur le point de conclure, avec d’autres universités européennes, des partenariats afin de créer un réseau sur le sujet.

Un centre de douanes à Liège, ça rapporte quoi ?

L’arrivée de l’Agence douanière européenne susciterait la création de 250 emplois. Dans un premier temps, l’immense majorité de ces emplois serait destinée à des travailleurs détachés de la Commission par des Etats européens. «Mais même l’arrivée d’emplois étrangers crée de l’emploi supplémentaire, assure Marc Bourgeois. Il faudra des équipes de gardiennage pour les bâtiments, des services de logement… Avoir une masse de fonctionnaires européens, ça fait vivre une ville, et ça lui offre une certaine notoriété.» Kristian Vanderwaeren ajoute que des emplois supplémentaires seront créés au fil que l’Agence grandira.

Outre l’emploi, la région liégeoise pourrait bénéficier de l’implantation de l’Agence douanière et de sa direction au niveau de l’e-commerce. Liège demeure un centre de transit européen majeur en la matière, avec le cinquième aéroport cargo du continent. «La Belgique est le troisième Etat européen à enregistrer le plus de droits de douane, les flux de marchandises sont énormes, particulièrement depuis le Covid. L’Agence douanière européenne pourrait nous permettre d’avoir une quick response team», explique encore Vanderwaeren. A proximité de Bruxelles et de ses institutions, alors que l’Organisation mondiale des douanes est également implantée dans la capitale, Liège (et la Belgique) pourrait être en passe de devenir (un peu plus) un important carrefour douanier européen, voire mondial.

Car pour l’heure, seulement 0,06% des colis de l’e-commerce transitant par nos douanes sont inspectés. Un filet aux mailles bien trop larges pour arrêter les vagues de produits non conformes déferlant en Europe. Le siège de l’Agence douanière européenne permettrait de traiter un maximum de données, devenues un enjeu capital sur le contrôle de l’e-commerce, en ligne directe et efficace vis-à-vis de Bruxelles. «Les objectifs assignés sont donc en raccord avec la transformation du système économique mondial, il faut remettre l’e-commerce dans un processus de contrôle», souligne Marc Bourgeois.

Un terrain politique convaincu mais fébrile

En matière douanière, la Belgique est donc à la pointe de l’Europe, assurent les deux interlocuteurs. Pourtant, ces derniers mois, les douanes liégeoises ont fait l’actualité à travers plusieurs grèves des agents qui se disent «épuisés» alors qu’un nouveau règlement horaire sera imposé aux douaniers. «On a été contraint d’instaurer un nouveau système de shifts pour s’adapter à l’émergence de l’e-commerce», admet Vanderwaeren. Cette concertation délicate entre autorités et syndicats pourrait néanmoins refroidir les décideurs européens, même si le travail de nuit est facilité par l’Arizona.

Politiquement, tous les élus se disent naturellement favorables à l’installation du siège des douanes européennes dans la principauté, de Willy Demeyer (bourgmestre de Liège, PS), à Adrien Dolimont (ministre-président wallon, MR), en passant par les ministres fédéraux Maxime Prévot (Affaires étrangères et européennes, Les Engagés) et même Jan Jambon (Commerce extérieur, N-VA). Une unité rare en Belgique, qui démontre peut-être l’importance du dossier.

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