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Alerte au dépérissement des chênes: les forêts wallonnes doivent se réinventer face au changement climatique

Thomas Bernard
Thomas Bernard Journaliste et éditeur multimédia au Vif

Plusieurs essences d’arbres affrontent la menace permanente d’un climat qui se réchauffe. Parmi les espèces touchées, le chêne, l’une des plus présentes en Wallonie. Rendre la forêt résiliente prend du temps, mais constitue un enjeu fondamental.

Les alertes s’accumulent comme du petit bois: de nombreux arbres souffrent et dépérissent, avec une mortalité supérieure à la normale. En cause, les sécheresses et canicules plus intenses et à répétition de ces dernières années, qui influencent fortement leur développement.

Ces manifestations du réchauffement climatique sont déjà bien visibles dans les forêts wallonnes, alerte régulièrement le Département de la nature et des forêts (DNF), gestionnaire des forêts publiques en Wallonie. L’une des dernières alertes concerne les chênes, en état de dépérissement en Fagne-Famenne, une zone qui s’étend sur quatre provinces au sud du pays. Une situation qui rappelle l’urgence de repenser la résilience des zones boisées, où les défis sont nombreux.

A commencer par celui de la diversité: l’épicéa, le chêne, le hêtre et le douglas représentent environ 65% des forêts en Wallonie. Aucune de ces espèces végétales n’est vraiment épargnée par les bouleversements en cours. «Toutes ont leurs maladies et leurs problèmes. Pour le chêne dans la zone Fagne-Famenne, il s’agit notamment du déficit hydrique en été. Mais il rencontre des difficultés partout, en réalité. Cela favorise alors les attaques d’insectes, sur des arbres fragilisés», analyse Corentin Roland, chargé de mission ruralité chez Canopea.

«Plus on a de biodiversité, plus nos forêts seront à même d’encaisser des chocs climatiques.»

Le système immunitaire des forêts

La fédération des associations environnementales rappelle fréquemment le besoin de revoir certains espaces, où le manque de diversité crée d’importants problèmes. La crise du scolyte a notamment démontré que planter une seule essence sur de grandes surfaces revient à prendre des risques énormes. L’insecte a ravagé des forêts d’épicéas ces dernières années, nécessitant l’abattage et l’évacuation rapide des arbres infestés pour contenir sa propagation.

Il suffirait d’un nouveau printemps très sec et chaud durant une assez longue période pour favoriser le retour du nuisible. L’abattage des arbres, lorsqu’il n’est pas évitable dans cette situation, peut offrir une opportunité de stimuler la variété d’espèces par la suite. Un défi, même si les mentalités évoluent sur la question.

«Rendre nos forêts plus diversifiées et naturelles améliorera la biodiversité. C’est le système immunitaire de nos forêts. Plus on a de biodiversité, plus nos forêts seront à même d’encaisser des chocs climatiques, parce que les maladies et les insectes se propageront beaucoup moins vite. On applique à la nature un principe économique de base: éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier», insiste Corentin Roland.

L’adaptation des espèces indigènes

Si les espèces majoritaires en Wallonie affrontent toutes leur propre défi face au changement climatique, il faut se garder de déjà les condamner. Le hêtre s’est adapté à des altitudes impossibles en Belgique ou avec des taux d’humidité plus faibles. Sa disparition parfois annoncée doit être nuancée. «Chaque essence végétale, comme chaque espèce animale, se développe différemment à travers le monde, en valorisant certains gènes et pas d’autres, en fonction de l’environnement direct. On ne maîtrise pas suffisamment finement le potentiel d’adaptation de chaque espèce. Il y a plus de dix ans, le message concernant le hêtre était très pessimiste, mais cela reste risqué et dangereux de prédire des disparitions, car cela signifie qu’on n’en plante plus. Des essences ont effectivement déjà disparu ou pratiquement, comme l’orme. Mais la seule certitude dans ce domaine, c’est qu’il n’y en a pas. Le seul conseil à donner est de ne pas choisir une essence mais plusieurs», poursuit l’expert.

Pour rendre la forêt plus résiliente, outre la diversification, l’idée de récupérer des graines ailleurs, comme dans le sud de la France, par exemple, fait son chemin. Cela pourrait permettre de maintenir des essences indigènes avec d’autres qualités génétiques, notamment pour favoriser l’adaptation à un climat plus chaud.

La bonne essence au bon endroit

Dans les régions plus sensibles, en raison principalement de leurs sols, souvent lourds et peu profonds, le travail sur le dépérissement des arbres doit se faire avec intelligence et coordination. Les solutions rapides comme l’exploitation systématique de tous les arbres morts ou en voie de l’être, permettent un sauvetage financier immédiat, mais avec des conséquences négatives à plus long terme, souligne notamment le DNF. Les trouées au sein de la forêt risquent également d’encore accentuer la problématique liée à la chaleur, en augmentant la température locale. Ce qui renforcera in fine l’incidence des sécheresses à venir et amplifiera les dépérissements.

Dans sa lettre annuelle de 2025, l’Observatoire wallon de la santé des forêts (OWSF) faisait notamment le point sur les besoins des forêts wallonnes face à ces changements. Rappelant les risques réels qui pèsent sur certaines espèces, l’OWSF note aussi que certains peuplements se portent très bien, surtout lorsqu’ils sont situés adéquatement. «Les premiers réflexes sont évidemment de placer la bonne essence au bon endroit, en fonction des sols et des conditions climatiques, tout en prenant soin des sols pour l’avenir», conseille l’Observatoire. Avec une urgence principale: une diversification des peuplements, en essences et en structure, avec des arbres d’âges différents. Un mouvement qui s’opère, mais qui pousse encore trop lentement.

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