Avec l’attaque américaine au Venezuela, le droit international a été piétiné à double titre. Une fois par Donald Trump, qui a les yeux rivés sur les midterms, une fois par l’absence de soutien européen aux règles de droit.
Entre la dénonciation des crimes commis par le dictateur, le soutien au peuple vénézuélien et la qualification d’«inacceptables» des méthodes américaines, le spectre des éléments de langage fut particulièrement large dans les rangs belges pour désigner l’attaque américaine contre Caracas et l’enlèvement de Nicolás Maduro et de son épouse. Constat identique à l’échelon européen où les dirigeants ont exprimé toute la palette possible des réactions à cette fracassante opération militaire. La sidération passée, l’ambivalence est restée. Et cela, même si, indéniablement, «Absolute Resolve» viole la charte des Nations unies qui interdit le recours à la force dans les relations internationales. Même si elle balaie l’immunité juridictionnelle d’un chef d’Etat. Même si elle piétine le principe de non-interventionnisme dans les affaires d’un autre Etat.
Les événements du week-end dernier prouvent que la fin peut désormais justifier les moyens. Dans le chef de Donald Trump, ils confirment ce que nombre de décisions précédentes laissaient déjà présager. Si le droit international est un obstacle à la concrétisation de ses intérêts économiques, comme ici remettre la main sur les importants stocks de pétrole vénézuéliens, ou de ses visées géopolitiques, il l’ignorera.
Obsolescence programmée
Mais aujourd’hui, l’Europe doit également balayer devant sa propre porte. A cause de sa dépendance en matière de sécurité à l’égard des Etats-Unis, autant que par souci de ne pas entraver le processus de paix en cours pour l’Ukraine et par peur de représailles économiques, le manque de condamnation ferme et unanime par le Vieux Continent valide que la realpolitik supplante le respect du droit international, que la prééminence des normes multilatérales est devenue obsolète.
Le droit international est donc piétiné à double titre. Une fois par le locataire de la Maison-Blanche, qui a les yeux rivés sur les midterms, une fois par l’absence de soutien européen aux règles de droit. Si l’un est assurément plus dangereux que l’autre, ils font néanmoins chacun tomber les garde-fous les uns à la suite des autres et ouvrent potentiellement la voie à d’autres comportements impérialistes similaires. De plus, chaque pas qui éloigne les nations du respect du droit international limite les possibilités de retour en arrière. Notamment parce qu’aujourd’hui, les régimes autocratiques dans le monde dépassent en nombre les pays démocratiques. Parce que les grands leaders du monde actuel s’inscrivent dans une logique d’opposition et non de coopération. Parce que la lutte pour s’approprier un maximum de ressources énergétiques est au cœur des bouleversements actuels. Et rien ne semble actuellement pouvoir supplanter cette dynamique. Le projet d’annexion du Groenland par Donald Trump s’inscrit exactement dans cette veine.
La prééminence des normes multilatérales est devenue obsolète.