Gérald Papy

Netanyahou met le soutien américain à l’épreuve (chronique)

Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint

Face au jusqu’au-boutisme du Premier ministre israélien à l’encontre des Palestiniens, Donald Trump joue sa crédibilité internationale et son crédit aux Etats-Unis.

Au-delà de l’assaut d’amabilités de façade qui a ponctué la rencontre entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou le 29 décembre à Mar-a-Lago, en Floride, les relations entre les deux pays risquent d’entrer dans une zone de turbulences de plus en plus fortes au cours des prochaines semaines. Plusieurs décisions non concertées du Premier ministre israélien sont potentiellement sources de tensions si pas directement avec le président, du moins avec une partie de son entourage moins sensible au «talent» du chef du gouvernement israélien.

La reconnaissance par Israël du Somaliland, région de Somalie aux revendications indépendantistes qui n’ont été consacrées par aucun autre Etat, a été dénoncée par Donald Trump. L’adhésion de ce territoire aux accords d’Abraham, chers au président américain qui les a initiés pour normaliser les relations des pays arabes avec l’Etat hébreu, si elle fait partie du deal conclu par Netanyahou avec Hargeisa, ne compensera pas le discrédit à l’égard d’Israël et des Etats-Unis que la démarche inspire à d’autres Etats candidats à rejoindre, à terme, le processus d’Abraham et autrement plus importants. La violation de l’intégrité territoriale de la Somalie, membre de la Ligue arabe, que cette reconnaissance consacre, l’explique aisément.

L’occupation par Israël d’une zone méridionale de la Syrie en plus du plateau du Golan, actée depuis la guerre à Gaza, contrevient, elle, à l’intention de Donald Trump de nouer une relation de confiance avec le nouveau président syrien Ahmed al-Charaa et de positionner la Syrie comme un allié solide dans la région, dans le cadre, entre autres, de la lutte contre l’Etat islamique.

Surtout, la poursuite des attaques contre des Palestiniens dans la bande de Gaza en dépit du cessez-le-feu conclu le 10 octobre (400 personnes tuées ainsi que trois soldats israéliens) et l’approbation par le gouvernement israélien de la construction de onze nouvelles colonies et de la légalisation de huit autres en Cisjordanie mettent en péril le passage à la deuxième phase du plan de pacification de Gaza, qui reste la principale réalisation de Donald Trump comme faiseur de paix. A une lettre de quatorze pays occidentaux, dont la Belgique, la France, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, qui condamnait cette dernière initiative comme «une violation du droit international», le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a répondu que «des gouvernements étrangers ne vont pas restreindre le droit des Juifs à vivre en terre d’Israël». Certes, mais, tous membres des Nations unies, ils peuvent prendre des sanctions contre un Etat qui enfreint des résolutions du Conseil de sécurité. Le jusqu’au-boutisme du gouvernement Netanyahou les y poussera-t-il enfin? C’est peu probable.

Comme est encore peu vraisemblable à ce stade une pression significative de Donald Trump contre son allié. Il y va pourtant de sa crédibilité internationale, en regard du «plan de paix» pour Gaza, et de son crédit aux Etats-Unis alors que de plus en plus de partisans Maga se demandent si l’America First est compatible avec ce soutien inconditionnel et coûteux à Israël.

Gérald Papy est rédacteur en chef adjoint au Vif.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Expertise Partenaire