Nous prêtons beaucoup d’attention à la guerre de Poutine en Ukraine et à l’intervention militaire de Trump au Venezuela. Pourtant, Xi Jinping devient un adversaire tout aussi dangereux.
En 2026, l’Europe se trouve assiégée par trois autocraties. Toujours obsédés par les images et les réseaux sociaux, nous prêtons beaucoup d’attention à la guerre de Poutine en Ukraine, et à l’intervention militaire de Trump au Venezuela. Pourtant, Xi Jinping devient un adversaire tout aussi dangereux. Par ailleurs, il recueille tous les bénéfices des sottises des deux autres. En effet, la guerre en Ukraine constitue une ineptie pour la Russie, comme l’intervention au Venezuela une ineptie pour les Etats-Unis. Une invasion de Taïwan constituerait d’ailleurs aussi une absurdité pour la Chine. Pour elle, la meilleure chose serait de rester calme, de phagocyter lentement Taïwan par son énorme poids économique et de laisser Poutine et Trump s’enliser dans leurs marécages. Il n’est pas sûr, toutefois, que Xi, avec son ego monumental, soit assez intelligent pour ça. Malheureusement pour eux, les Chinois n’ont plus des dirigeants de la subtilité de Deng Xiaoping, Jiang Zemin, Zhao Ziyang ou Hu Jintao.
Entre-temps, Xi affaiblit l’Europe de multiples façons. La première consiste à soutenir la Russie dans sa guerre d’éradication de l’Ukraine. Les échanges commerciaux entre la Chine et la Russie ne cessent d’augmenter, avec une partie croissante liée à la défense. Les Chinois offrent aussi des facilités financières, notamment pour contourner les sanctions, et ils soutiennent la Russie à l’ONU. Or, cette guerre coûte de plus en plus à l’Europe, maintenant abandonnée par Trump.
La deuxième manière d’affaiblir l’Europe passe par le commerce. Les produits chinois inondent le marché européen (voir l’explosion détestable des mini-colis, par exemple). Le déficit commercial ne cesse d’augmenter. Encore ne reflète-t-il pas tout le drame. Une partie des exportations chinoises passe par des pays tiers. Surtout, la Chine ne cesse de s’emparer des marchés tiers de l’Europe (Amérique latine, Afrique et Asie). Une partie du problème réside dans le comportement prédateur de la Chine, notamment par ses violations constantes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Néanmoins, une autre partie vient de sa brillante politique industrielle, élevant avec régularité la compétitivité/produits. Tout cela est renforcé par l’incohérence criante de la Commission von der Leyen, la présidente changeant régulièrement d’avis selon les pressions qu’elle subit.
En outre, la Chine a développé une capacité de pression très grande en investissant dans des secteurs stratégiques: les terres rares, la voiture électrique, les éoliennes, les batteries, les composants de base des médicaments. La menace d’une rupture des approvisionnements est ainsi devenue très substantielle.
Une nouvelle menace pointe à l’horizon: l’intelligence artificielle. La Chine, avec sagacité, a choisi un modèle de développement fort différent des Etats-Unis. Pas un système lourd, général et privé, mais dédié aux applications pratiques (notamment industrielles), en accès libre et à coût réduit. Le retard grandissant de l’Europe la confrontera vite à des choix douloureux.
Le troisième moyen d’affaiblir l’Europe consiste à recruter, par diverses faveurs, des politiciens retirés (comme Jean-Pierre Raffarin ou Yves Leterme), des parlementaires actifs (voir le cas Huawei au Parlement européen, l’extrême droite flamande en Belgique) ou des technocrates experts. De tels relais servent à affaiblir les initiatives européennes.
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Ces facteurs expliquent la non-pertinence croissante des Européens aux yeux des Chinois, bien illustrée par la récente visite d’Emmanuel Macron à Pékin. Quand le président français a évoqué l’Ukraine, il a été sèchement remis à sa place. Il est en outre reparti sans la moindre concession, et aussi sans la moindre commande. Ainsi parlaient les Européens aux derniers empereurs chinois au XIXe siècle. Un renversement symbolique. Mérité?