La fusion IPM-Rossel est une opération inédite dans le monde de la presse francophone. © BELPRESS

Pourquoi la fusion entre IPM et Rossel va prendre plus de temps que prévu

Clément Boileau
Clément Boileau Journaliste

Plusieurs mois après l’annonce des deux groupes, l’Autorité Belge de la Concurrence n’a toujours pas été officiellement saisie. Une décision d’ici la fin de l’année n’est légalement plus possible.

Plus de quatre mois après avoir annoncé leur fusion, les groupes IPM (La Libre, la DH, l’Avenir) et Rossel (Le Soir, Sudinfo) n’ont toujours pas notifié officiellement l’Autorité Belge de la Concurrence (ABC). En conséquence, il est acquis qu’aucune décision de l’ABC ne pourra légalement tomber d’ici la fin de l’année, comme l’espéraient Bernard Marchant, CEO de Rossel, et François le Hodey, patron d’IPM, dont la famille est censée entrer à hauteur de 10% au capital de Rossel contre la cession des titres d’IPM.

Lors de leurs communications respectives fin juin dernier, les deux patrons avaient tablé sur une «finalisation» du projet en fin d’été, avant soumission à l’ABC et, idéalement, une mise en place de leur stratégie dès le 1er janvier 2026. Il n’en sera rien.

«Plus de temps»

Contacté, François le Hodey assure pourtant que le dossier avance «fort bien», tout en admettant que les deux parties ont «besoin d’un peu plus de temps». Ce dernier souligne la complexité de cette opération inédite dans le monde de la presse francophone, qu’il s’agisse de «due dilligence» comptable, d’aspects juridiques, mais aussi en termes de conventions.

«Les chiffres à fournir à l’ABC ne sont pas toujours facilement accessibles»

Par ailleurs, l’Autorité étudierait déjà le dossier «informellement», avec beaucoup de demandes d’information à la clé (notamment sur le marché de la presse francophone). Or «les chiffres à fournir ne sont pas toujours facilement accessibles», plaide François le Hodey. Et il est vrai que l’Autorité, même si elle n’est pas officiellement saisie du dossier, a déjà procédé à des auditions. Certains intervenants n’y sont d’ailleurs pas allés par quatre chemins pour expliquer le caractère monopolistique de l’opération, plaidant pour des garde-fous crédibles en cas de feu vert de l’ABC.

«La création du premier monopole belge d’édition de quotidiens risque d’être très, très sérieusement conditionnée à de solides dispositifs de protection de l’indépendance éditoriale de chacune des rédactions concernées», a ainsi déclaré Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes (EFJ).

Monopole de fait

Tant pour IPM que pour Rossel, la fusion annoncée est présentée comme inévitable pour assurer la pérennité des titres détenus par les deux éditeurs. Qui entendent bien démontrer auprès de l’ABC qu’une telle opération ne créerait pas un monopole au sein de la presse francophone, la véritable concurrence étant représentée selon les eux par les Gafam (et avec elles, l’IA) qui se taillent la part du lion de l’audience et de la publicité. Sans parler de la concurrence avec la RTBF, déloyale selon Rossel et IPM, du fait de sa production digitale d’information en accès libre.

Bref, le dossier demeure épineux, d’autant qu’en cas de «feu rouge» de l’ABC, il n’y a, pour ainsi dire, pas de plan B. «L’ABC doit prendre en compte les conséquences d’un ‘non’, arguait, voilà quelques mois, François le Hodey. Sous-entendu: gare au bain de sang social si l’opération est jugée anticoncurrentielle et, par là, retoquée.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Expertise Partenaire