Loïc Perrin, membre du Forum des jeunes. © DR

«Ne pas avoir consulté les 16-17 ans est regrettable»

Voter à 16 ou 17 ans, un effet bof? Abaisser l’âge pour se rendre aux urnes mérite mieux qu’un droit de vote corseté qui ne fait pas entrer ces jeunes dans la cour des grands, estime Loïc Perrin, 21 ans, délégué au dialogue européen de la jeunesse et membre du Forum des jeunes.

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Pouvoir voter à 16 ans, est-ce la bonne manière d’éveiller l’intérêt des plus jeunes à la politique?

On se réjouit de cette avancée démocratique, de cette façon de donner plus d’importance à la voix des jeunes et de reconnaître qu’ils sont des citoyens à part entière au sein de la société. Mais il est clair que cet abaissement du droit de vote à 16 ans ne doit pas être considéré comme une solution miracle unique. La demande que les jeunes expriment de pouvoir rencontrer les politiques ne peut se limiter à un passage par les urnes. Ils veulent plus de démocratie directe, être inclus dans la construction des politiques qui les concernent.

Les jeunes seront ravis?

Lorsqu’ils sont consultés sur la question du vote («pour ou contre»), sans autre explication donnée, les réactions sont généralement plutôt négatives. Selon une étude récente, près d’un jeune sur deux considère que les informations sur le système politique et institutionnel belge et sur les programmes des partis sont incompréhensibles pour eux. La peur de ne pas être assez informés les rend plutôt défavorables à la perspective d’aller voter. Ce que les jeunes veulent, c’est pouvoir émettre un vote éclairé. Le débat n’est donc pas d’être pour ou contre l’abaissement à 16 ans du droit de vote, il concerne plutôt les circonstances et les conditions dans lesquelles ce droit pourrait s’exercer. Il faut impérativement que cette décision s’accompagne sans tarder de mesures d’éducation et de sensibilisation aux enjeux du vote et de la politique. Or, nous n’avons à ce stade aucune garantie que ce travail de sensibilisation et d’information sera effectué, que ce soit en milieu scolaire ou sur le terrain médiatique.

Si on abaisse l’âge du droit de vote, il faut proposer un véritable droit de vote.

Ont-ils au moins eu leur mot à dire dans le débat?

Non, et il est regrettable que les premiers concernés n’aient été aucunement consultés en amont du projet, ni directement ni au travers des organes consultatifs de la jeunesse belge. Le Forum des jeunes a été auditionné à la Chambre, quand le projet de loi était déjà ficelé. Le signal ainsi donné est malheureux alors que 76% des jeunes sondés estiment avoir peu ou aucune influence sur le processus de décision politique. Inclure les jeunes dans l’élaboration de ce type de mesure aurait donc facilité leur appropriation de ce nouveau droit.

Ils ne devront voter que s’ils s’inscrivent au registre des électeurs de leur commune: où est la logique?

Nous étions plutôt en faveur d’une inscription automatique, comme pour tous les citoyens d’au moins 18 ans, et comme c’est le cas en Autriche, par exemple. L’option retenue introduit une démocratie à deux vitesses. Elle rend le droit de vote profondément inégalitaire entre les 16-17 ans, qui ont le choix, et les autres citoyens pour lesquels le droit de vote est obligatoire. Mais elle crée aussi une différence de traitement au sein même du groupe des 16-17 ans: ceux dotés d’un certain capital informatif seront plus susceptibles de se rendre aux urnes que ceux issus de milieux plus défavorisés et éloignés de ces enjeux. Qu’au moins cette démarche d’inscription puisse se faire en ligne! Cette condition au droit de vote représentera un frein pour les jeunes. Si on abaisse l’âge du droit de vote, il faut proposer un véritable droit de vote.

Cette décision ne dégage-t-elle pas, au final, un goût de trop peu?

Nous voulons rester optimistes mais il faut que ce premier pas soit suivi d’autres étapes: si on reconnaît aux jeunes le droit de voter pour les européennes et si on reconnaît dans le même temps leur maturité pour ces élections-là, pourquoi ne pas entamer une réflexion éclairée sur les autres niveaux de pouvoir? Cet élargissement requiert une modification de la Constitution mais il pourrait faire l’objet de réflexions dans le cadre de la prochaine réforme de l’Etat, en incluant les jeunes cette fois.

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