Les maîtres du jeu

Comment les clubs et les instances officielles se disputent le pouvoir dans le monde du foot

L’Euro a beau se jouer par équipes nationales, celles-ci n’existeraient pas sans les clubs qui sont aussi les grands pourvoyeurs de vedettes internationales. Leurs rapports avec les instances officielles du foot ne sont pas au beau fixe actuellement. Depuis que la coupe des champions est devenue la Champions League, les grands clubs européens ont commencé à se faire plus pressants pour défendre leurs intérêts. Au départ, ils étaient huit : le Real Madrid et le FC Barcelone, Liverpool FC, le FC Bayern Munich, la Juventus FC, l’AC Milan et l’Inter de Milan, ainsi que l’Ajax Amsterdam. Mais d’autres clubs rejoignent rapidement le premier noyau comme Manchester United FC, Borussia Dortmund, PSG (Paris-Saint-Germain), l’Olympique de Marseille, PSV Eindhoven et FC Porto.

En septembre 2000, les quatorze clubs décident finalement de constituer officiellement sous la forme du  » G-14 European Football Clubs Grouping  » (Groupement européen des clubs de football), un groupement européen d’intérêts économiques basé à Bruxelles. Objectif principal : se poser en interlocuteur fort afin de contrebalancer le pouvoir des fédérations internationales sur l’économie du ballon rond. Durant le mois d’août 2002, l’élargissement du groupe est voté à l’unanimité. Le Bayer Leverkusen, Valence, Arsenal et l’Olympique Lyonnais rejoignent les 14  » pionniers « .

Les rapports de force se sont corsés dernièrement avec la plainte déposée contre la Fifa par le G14 û qui a conservé son appellation d’origine û et son conseil belge, l’avocat Jean-Louis Dupont, déjà à l’origine de l’arrêt Bosman. Un dossier déposé devant la Commission suisse de la concurrence afin d’obtenir une compensation lorsque leurs stars sont sélectionnées dans leurs équipes nationales.

La Commission a ouvert une enquête pour établir s’il existe ou non des indices d’une restriction illicite à la concurrence en rapport avec l’application du règlement de la Fifa sur le statut des joueurs.  » La Fifa et l’Uefa multiplient les compétitions pour faire rentrer de l’argent et cela se fait au détriment des clubs, qui doivent mettre leurs joueurs à disposition sans contrepartie, explique Thomas Kurth, le directeur du G14. Nous voulons que les clubs soient inclus dans le système de redistribution des indemnités accordées pour les joueurs retenus en sélection nationale. C’est une question de principe avant d’être un problème d’argent.  » Même s’il devait en être ainsi, certains n’en évoquent pas moins la modique somme de 5 000 euros par jour et par joueur que les clubs espèrent récolter.

Il vrai que lorsque l’on se penche sur les rencontres amicales programmées ces derniers mois en préparation de l’Euro portugais, elles ont déclenché une pluie de forfaits pour des blessures parfois diplomatiques : de Zinedine Zidane (Real Madrid) à Michaël Owen (Liverpool), de Pipo Inzaghi (Inter de Milan) à David Beckham (Real Madrid).

Cette fameuse indemnisation de 5 000 euros représenterait une somme totale estimée entre 70 et 80 millions d’euros par saison. Elle serait répartie au prorata entre les clubs qui mettent leurs internationaux à disposition de leur sélection nationale alors qu’ils continuent pourtant à payer leurs salaires.

La pression des clubs les plus riches d’Europe ne s’arrête pas là. Le G 14 souhaite être associé à la réforme et à la conception des calendriers pour les compétitions européennes et internationales des années à venir. Et il a déjà annoncé qu’il ne participerait pas au prochain championnat du monde des clubs de la Fifa (compétition regroupant des équipes originaires des cinq continents) organisé en 2005 car les clubs estiment qu’ils auront déjà suffisamment de rencontres à disputer durant la saison prochaine.

Laurent Toussaint

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content