La ligne claire

Plein d’idées négatives ou fausses. Des rumeurs infondées, beaucoup d’ignorance : frappé par les propos des femmes atteintes d’un cancer du sein et qu’il rencontre en consultation, le Pr Jean-Marie Nogaret publie pour elles un livre de vulgarisation… et de bonnes idées

(1) Le Cancer du sein, un regard optimiste vers l’avenir (Labor, La Vie en questions). Les droits d’auteur sont destinés à la recherche.

Il aurait pu l’intituler :  » Tout ce que votre médecin n’a pu, n’a pas su ou n’a pas osé vous dire sur le cancer du sein.  » Mais, dans le livre qu’il vient d’écrire (1), le Pr Jean-Marie Nogaret, chirurgien et responsable de la clinique de chirurgie mammaire et pelvienne à l’Institut Bordet (Bruxelles) a aussi voulu mettre en évidence ses espoirs et son réel optimisme. C’est sans doute sa manière, aussi, de briser l’image négative de cette maladie, désormais vaincue dans un grand nombre de cas et dont les traitements ne cessent d’évoluer. Pour changer le regard – et le comportement – des femmes, voici quelques grandes recommandations qu’il livre au Vif/L’Express.

Conseil n° 1

Vous avez un cancer du sein ? Prenez votre temps…

Un cancer du sein évolue en mois et en années. Je suis parfois heurté de rencontrer des femmes qui viennent juste d’apprendre leur maladie, qui demandent à me rencontrer en urgence et qui m’annoncent que le lendemain même, ou le surlendemain, elles passeront déjà entre les mains d’un chirurgien. Je crains que cette hâte, cette immense urgence dans laquelle elles sont précipitées, ne soit qu’une source supplémentaire d’anxiété pour les malades. Il existe, effectivement, des formes de cancers qui évoluent excessivement vite. Mais elles sont assez rares… et, quelle que soit la rapidité de réaction des médecins, ces derniers ne pourront alors probablement pas changer le cours de la maladie. Dans tous les autres cas, on peut prendre son temps, organiser sa vie sociale, professionnelle, familiale et s’armer au mieux avant de débuter les traitements.

Conseil n° 2

Mettez la chance de votre côté

Les courbes de survie à cette maladie correspondent à la taille de la lésion. Cela signifie qu’outre ces quelques cancers agressifs dont nous parlions précédemment, la règle est simple : plus un cancer est détecté tôt, sous la forme de petite tumeur, plus les chances de guérison augmentent.

Conseil n° 3

Deux avis valent mieux qu’un

Actuellement, et c’est très choquant, on opère encore 50 % de femmes pour des lésions bénignes qu’il était inutile d’aller retirer. Nos techniques par microbiopsies ont considérablement évolué : il est désormais possible de savoir, avant toute intervention chirurgicale, s’il s’agit d’une tumeur maligne. Donc, une mise au point complète, avec un diagnostic de certitude préopératoire, s’impose. D’autre part, à ce stade, et avant tout geste mutilant, rien n’empêche les femmes de demander l’avis d’un autre spécialiste, travaillant dans un autre centre. Bien au contraire.

Conseil n° 4

Le meilleur des thérapeutes, c’est… le radiologue

On l’a dit : une détection précoce de cellules cancéreuses ouvre davantage les portes de la guérison. Il est donc essentiel de se soumettre à un contrôle régulier. Depuis deux à trois ans, les femmes entre 50 et 69 ans sont appelées à passer gratuitement un dépistage de masse : un mammotest. Cela permet sans doute de sensibiliser des femmes qui ne se seraient pas rendues spontanément au dépistage. Mais il ne faudrait pas oublier que 50 % des cancers du sein frappent avant 50 ans ou après 70. L’un des effets pervers des campagnes de dépistage des 50-69 ans, c’est qu’elles laissent croire aux autres 50 % de femmes que les risques de cancer du sein ne les concernent pas !

D’autre part, les recommandations scientifiques actuelles préconisent d’allier mammographie et échographie, effectuées et relues par des radiologues formés à ce type d’examens spécifiques : ce double examen, le dépistage de masse ne le propose pas d’office. En revanche, les femmes qui se rendent dans des centres de sénologie spécialisés, où ce double examen est effectué, peuvent immédiatement bénéficier d’un dépistage probablement meilleur, et cela à un coût non prohibitif.

Conseil n° 5

Tous les traitements ne sont pas toujours utiles

Certains traitements sont proposés parce que, statistiquement, on estime qu’ils augmentent davantage les chances de guérison des femmes. Dans l’avenir, les enseignements tirés de certaines grandes études cliniques et les possibilités de déterminer, pour chaque malade, le traitement auquel elle réagira le plus éviteront sans doute de se lancer dans des thérapies inutiles.

Actuellement, il est étonnant de rencontrer encore des femmes suivies par un thérapeute unique, qui décide de tout et dont les modalités thérapeutiques n’ont pas fait l’objet d’un consensus multidisciplinaire. De plus, les femmes sont concernées par leur traitement : il faut le leur expliquer. Quand une chimiothérapie (qui comprend de nombreux effets secondaires) est suggérée parce qu’elle va ajouter de 2 à 12 % de chances de survie, il est plus que logique, aussi, de leur demander leur avis. Elles ont parfaitement le droit d’estimer que cela n’en vaut pas la peine…

Conseil n° 6

N’hésitez pas à vous passer d’un chirurgien

Enlever une tumeur, source de métastases, c’est, toujours et encore, le  » bon  » geste à poser. Mais, grâce à de nouveaux traitements (les néo-adjuvants) proposés avant la chirurgie, on parvient à réduire considérablement la taille de certaines tumeurs. De plus, nos thérapies ont beaucoup évolué, si bien que les chirurgies sont moins mutilantes qu’auparavant. Elles laissent également davantage de place à une reconstruction. Pour certaines femmes, c’est très important. En revanche, on s’aperçoit souvent que, pour les conjoints ou compagnons, cela semble l’être souvent moins ou même pas du tout. Ou alors, moins qu’elles ne l’imaginent…

Conseil n° 7

L’arme des psys

Certains chirurgiens ou oncologues se sont battus pour que des psychologues soient enfin intégrés à leur groupe de travail. Selon les meilleures recommandations européennes, les cliniques du sein – dont l’installation officielle sera un plus en Belgique – travaillent avec de tels thérapeutes. A tout stade de la maladie, quand les traitements sont terminés et même, parfois, des mois plus tard, ils aident et soutiennent les femmes. Ces dernières ne sont pas sans savoir (sinon, elles risquent de le découvrir !) que chirurgiens, oncologues et autres médecins ne sont, a priori, pas formés à la psychologie, ni très armés en matière de soutien. Ce qui ne devrait d’ailleurs pas les empêcher de témoigner de l’humanité ou de l’empathie…

Conseil n° 8

Les femmes ne sont pas des numéros

Le désir de se battre et de vaincre la maladie est un réel atout. Mais les femmes ont d’autres cordes à leur arc. C’est à elles de se soumettre au meilleur dépistage possible. Et puis, et cela soit dit sans culpabilisation aucune, elles doivent aussi savoir qu’elles peuvent influencer certaines causes du cancer du sein, cette pathologie en augmentation dans les pays à haut niveau de vie. Ainsi, et parmi d’autres facteurs de risques, on relève une consommation excessive d’alcool et, aussi, une alimentation trop riche en graisses animales. Idem pour l’insuffisance d’exercice physique et pour un traitement hormonal de substitution (à la ménopause) pris trop longuement et sans contrôle. Conclusion : la balle n’est pas seulement dans le camp des chirurgiens et des cancérologues.

Entretien : Pascale Gruber

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content