Chassez le naturel…

Autour de la nature et du  » naturel « , de ses pièges et de ses théâtres, la 4e Biennale de la photographie de Liège, une initiative copieuse des  » Chiroux « , étonne, ravit, séduit

4e Biennale de la photographie à Liège. Jusqu’au 31 mars. Tél. : 04 220 88 88 ; www.chiroux.be

Il ne faut pas s’appeler Roland Barthes pour discerner un rapport parfois troublant et drôle entre l’allure d’un chien et celui de sa maîtresse, ou entre le profil d’un conquérant et celui d’un animal sauvage. L’étude de ces rapports a même été l’objet de savantes géométries signées du sieur Lebrun, peintre officiel du roi Louis xiv. Mais voilà, avec le clic immédiat du photographe, ces rapports s’exacerbent et se compliquent, puisqu’il en reste une trace instantanée. Alors plutôt chat ou chien ? Et quel est donc ce toutou qui en vous sommeille ? Que pense ce brave chiot lorsqu’on lui passe une cape Zorro ou Barbie sur le dos ? L’animal que voilà ainsi paré serait-il la projection de notre âme secrète ? Au Mamac (musée d’art moderne et contemporain) de Liège, ce sont bien ces rapports parfois ambigus entre l’homme et l’animal de compagnie que les £uvres se proposent d’éclairer souvent avec humour ( Nature humaine, nature animale).

Dans l’église Saint-André (dédiée – faut-il le rappeler ? – à un homme qui se battit contre sept démons chiens), on évoque le paradis et, avec lui, la virginité d’une nature idéale que cherchent à recréer artificiellement ou à détruire l’homme et ses machines ( D’un naturel cultivé). Dans l’Espace ING ( La Vie des chromes), on chante plutôt les vertus (et les vices) d’une nature à prix d’or, celle qu’on offre désormais du bout de bistrots chics où, pour le prix d’un beaujolais, on vous fait déguster l’eau d’une source himalayenne… Mais c’est dans l’ancienne piscine de la Sauvenière (fermée depuis trois ans pour cause de restauration) que l’interrogation touche avec le plus d’étonnement ( Changer de peau). En cause : notre représentation. Ou comment et par quels artifices (de moue, d’ajouts ou de dissimulations) aimons-nous nous présenter ? Des idéaux de la mode aux corps digitalisés, des distractions révélatrices aux sourires de circonstance et des critères relatifs aux confusions troublantes, tout se bouscule ici autour de cet implacable plongeon dans l’odeur chlorée de nos incertitudes.

Plus conventionnelles, deux expositions monographiques ont été organisées salle Saint-Georges. La première est consacrée au Tchèque Joseph Koudelka, l’un des monstres sacrés du reportage humaniste. Une £uvre tout en nuances, née au printemps de Prague, en 1968. Depuis, l’homme n’a eu de cesse de construire une £uvre emplie de poésie et d’empathie pour son temps, les gens du quotidien et les rencontres au hasard des voyages. La seconde fait découvrir l’£uvre de Clemens Kalischer, dont les reportages sont nés dans les années 1940, à New York (les dockers, les marins, les scènes dans le métro ou à Central Park, par exemple). Méfiant à l’égard des images à thème, le juif allemand devenu américain préfère cadrer net et sans romantisme son propre émerveillement face aux spectacles des instants.

On ne peut malheureusement détailler ni les 20 expositions ni les conférences, rencontres, séances de projection, concerts ou lectures organisées aux quatre coins de la cité mosane et même extra-muros, puisque, cette fois, la Biennale annonce des manifestations à Namur (une étonnante exposition de Lauren Grumfeld qui décortique les stéréotypes féminins américains) et à Charleroi (qui prolonge la rétrospective Kalischer). Au total, une centaine d’artistes ont ainsi été conviés autour du célèbre proverbe évocateur d’une nature qui, toujours, revient au galop. On passe donc allègrement de Beuys à Doisneau et de Martin Parr à Erwin Wurm, Seymour Jacobs, Mario Fonseca ou Doria Garcia en bousculant sans complexes classifications, chronologies et générations. Et c’est très bien ainsi.

G.G.

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