© Belga Image

«Trump commettrait une erreur historique»: les 3 scénarios possibles au Groenland pour les Etats-Unis

La Maison-Blanche a confirmé étudier «plusieurs options» pour s’approprier le Groenland. Trois jours après l’intervention américaine au Venezuela, la menace d’une action de force en Arctique inquiète. Quels sont les leviers que peuvent activer les Etats-Unis face au Groenland?

Ce mardi 6 janvier 2026, par la voix de sa porte-parole, Donald Trump a fait savoir qu’il étudiait « plusieurs options » pour acquérir le Groenland. Quelles sont ces options à envisager pour une intervention américaine en Arctique?

Scenario 1: «Négocier!»

Trump, pour obtenir ce qu’il veut au Groenland, pourrait passer par la diplomatie. Marie-Anne Coninsx, première ambassadrice de l’Union européenne en Arctique de 2017 à 2019 et désormais associée senior à l’institut Egmont, explique: «Les Danois ont déjà signé des accords avec Washington depuis la Seconde Guerre mondiale. Les Etats-Unis ont déjà carte blanche pour y construire des bases et des aérodromes. Les Groenlandais et les Danois sont totalement prêts à coopérer.»

Un constat partagé par Tanguy Struye de Swielande, professeur de relations internationales à l’UCLouvain. «Quiconque s’y connaît en relations internationales dirait à Trump: négocie! Les réactions du Danemark et du Groenland n’ont jamais été fermées.»
Mais alors pourquoi faire autrement? «Trump fonctionne avec des lubies», tranche le professeur. Pour Marie-Anne Coninsx, c’est  incompréhensible: «Raisonner en termes de sécurité n’est pas fondé. Trump n’a pas besoin d’occuper le terrain pour avoir plus de sécurité, les USA peuvent déjà exploiter le Groenland.»

Scénario 2: contourner le Danemark

Au lieu de s’encombrer du protocole diplomatique européen, Trump semble vouloir pousser le Groenland à l’indépendance. Ce n’est pas un scénario impossible, selon Tanguy Struye de Swielande. «Via des mécanismes de désinformation ou de pressions économiques, Trump pourrait essayer de peser sur l’indépendance du Groenland. Si les Etats-Unis proposent deux ou trois milliards de dollars (contre 600 millions de subventions danoises), cela pourrait les aider à se décider.» L’avantage serait de sortir le pays de l’influence européenne. «Ce qui permettrait aux Etats-Unis de passer des accords de préemption et d’exploitation. Ils seraient les seuls à pouvoir exploiter les mines, un peu comme ce qui se produit en RDC, ou ce qui devrait se faire au Venezuela.»

«‘Nothing about us without us’. Les Groenlandais veulent décider de leur avenir, mais pas avec les Américains.»

Marie-Anne Coninsx

Concrètement, depuis 2009, un accord entre le Danemark et le Groenland a été signé. Si ce dernier veut déclarer son indépendance, «aucun pays ne peut s’y opposer», explique Anne Lagerwall, professeure de droit international à l’ULB. Pour Marie-Anne Coninsx, ça n’aurait aucun sens: «L’objectif de tous les partis au Groenland est l’indépendance à terme. Mais tous disent aussi: « Nothing about us without us« . Ils veulent décider de leur avenir, mais pas avec les Américains.»

Cette indépendance poussée par une intervention américaine aurait des conséquences. «Trump détruirait ses relations avec le Danemark, alors que c’est un pays qui l’a très fortement soutenu historiquemen, rappelle Tanguy Struye de Swielande. En plus du Danemark, toute l’Europe risquerait de tourner le dos aux Etats-Unis. Trump sous-estime le poids de l’économie européenne. S’il fait cela, il perdra toute une série d’avantages économiques cruciaux qu’il a avec l’UE.»

Scénario 3: l’intervention militaire

Le 3 janvier, le monde se réveillait sous le choc de l’enlèvement par l’armée américaine de Nicolás Maduro au Venezuela. Pourrait-on se réveiller demain avec des troupes au sol au Groenland? «Ce n’est pas à exclure», pour Tanguy Struye de Swielande, pour qui le précédent vénézuélien change la donne. Marie-Anne Coninsx tempère: «C’est un scénario totalement spéculatif et catastrophique. Je ne peux pas imaginer qu’un membre de l’OTAN accepte cela.»

Sur le plan légal, le constat est clair: «Ce serait une agression armée. L’article 2 paragraphe 4 de la Charte de l’ONU interdit le recours à la menace ou à la force», rappelle Anne Lagerwall. Au-delà de la violation territoriale, c’est l’existence même de l’alliance transatlantique qui volerait en éclats. «On n’a jamais osé imaginer un scénario où des alliés de l’OTAN recourent à la force entre eux», ajoute-t-elle.

La professeure s’inquiète d’ailleurs du peu d’attention portée à cette question par les Européens. «L’administration américaine ne semble plus du tout faire référence au cadre juridique international», analyse-t-elle. Contrairement aux interventions précédentes (Irak, Syrie) où Washington cherchait, même maladroitement, une justification légale, Trump semble acter la fin des règles communes: «C’est une évolution majeure qui devrait alerter nos dirigeants.»

L’Europe, prise de court, disposerait pourtant d’un levier de rétorsion. Si Tanguy Struye de Swielande déplore que l’Europe soit «militairement impuissante», il rappelle néanmoins que «l’Union peut mettre à la porte 75.000 militaires américains du sol européen. Les Etats-Unis perdraient alors toute leur projection de puissance.»

Le paradoxe d’un «non-sens stratégique»

Pourquoi Donald Trump s’obstine-t-il à brandir la menace de la force là où la diplomatie lui tend déjà les bras ? Marie-Anne Coninsx ne se l’explique pas: «L’agressivité de la Maison-Blanche est un non-sens stratégique. Utiliser la force ou l’occupation pour obtenir ce qu’ils pourraient avoir par le dialogue n’a aucun sens, ni militairement, ni économiquement.»

Le scénario d’une «vassalisation» économique du Groenland est celui privilégié par Tanguy Struye de Swielande. Ce calcul pourrait se payer au prix fort. «Trump commet une erreur historique en pensant que ses relations avec l’Europe n’ont aucune valeur», prévient le professeur de l’UCLouvain.  Une rupture qui, ironiquement, servirait les intérêts de l’ennemi numéro un de Washington: «Le grand gagnant serait la Chine. En voulant l’affaiblir, Trump ne fait que renforcer la position chinoise s’il persiste à diviser le bloc occidental.»

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Expertise Partenaire