Aujourd’hui, parmi les dix fugitifs les plus recherchés par le FBI, Ryan Wedding fut un athlète renommé de snowboard. © GETTY

Des JO au narco: comment Ryan Wedding est passé d’athlète olympique à baron de la drogue (récit)

Ludovic Hirtzmann Journaliste correspondant au Canada

Le narcotrafiquant canadien Ryan Wedding, ex-snowboardeur aux Jeux olympiques de Salt Lake City, est l’un des dix criminels les plus recherchés par le FBI.

Virtuose du snowboard, Ryan Wedding domine aussi bien la poudreuse des Rocheuses que la poudre blanche de Colombie. Au tournant du millénaire, ce colosse canadien était l’un des sportifs les plus prometteurs de l’équipe nationale de surf des neiges de son pays. Au point de participer aux JO de Salt Lake City, en 2002. Près d’un quart de siècle plus tard, l’athlète de Colombie-Britannique est devenu un baron de la drogue.

Ryan James Wedding, 44 ans, est l’un des dix fugitifs les plus recherchés par le FBI américain et par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). L’ex-sportif de haut niveau est «lié aux cartels mexicains. Il déplace de grandes quantités de méthamphétamine et de cocaïne […] de l’Amérique du Sud jusqu’au Canada et au-delà, en passant par les Etats-Unis. Il a commandé l’exécution de meurtres un peu partout en Amérique du Nord», souligne la GRC, qui offre dix millions de dollars pour sa capture. Le FBI met sa tête à prix à quinze millions de dollars. Les agents spéciaux américains préviennent: «Considérez qu’il est armé et dangereux.»

Wedding est parvenu à rester sous les radars pendant près d’une décennie. Ce n’est que depuis 2025 que les autorités policières canadiennes et américaines médiatisent son histoire. Les réseaux criminels du Canadien, outre l’Amérique du Nord, s’étendent à l’Italie, au Royaume-Uni et à la Colombie. Les deux agences fédérales ont arrêté récemment seize des hommes de main de Ryan Wedding lors de l’«Opération slalom géant». Mais celui qu’on appelle aussi «le géant» ou «le chef» demeure introuvable, même si les enquêteurs pensent qu’il «pourrait résider au Mexique».

«Wedding a commandé l’exécution de meurtres un peu partout en Amérique du Nord.»

Un parcours atypique

Enfant, Ryan Wedding grandit dans une famille aisée de l’Ontario (centre-est du Canada). Son père, ingénieur, est un ancien champion de ski. Ses grands-parents sont propriétaire d’une station de sports d’hiver près de Thunder Bay. Son oncle est l’entraîneur de l’équipe féminine canadienne de ski alpin. La famille Wedding s’établit près de Vancouver, sur la côte ouest, alors que Ryan est âgé de 8 ans. L’enfant est doué pour la glisse. Adolescent, il intègre l’équipe nationale canadienne de snowboard en 1995. Le géant d’1,91 mètre remporte une médaille d’argent en 2001 aux championnats du monde junior de la discipline. C’est un prodige aux dires de l’époque. Les portes des JO de Salt Lake City lui sont ouvertes. Mais le jour des épreuves, le snowboardeur déçoit avec une 24e place. Il met fin à sa carrière, tente de vagues études universitaires, avant d’abandonner.

C’est dans les boîtes de nuit de Vancouver, où le costaud de 110 kilos officie comme videur, qu’il fait ses premières mauvaises rencontres. La grande ville de l’Ouest est une plaque tournante du trafic de drogue. L’ex-champion se lance dans la culture de cannabis. La GRC repère son manège en 2006 et découvre 6.800 plants de marijuana dans la ferme d’un proche. L’ancien skieur est absent le jour du raid des policiers. Deux ans plus tard, alors qu’il se rend en Californie avec un criminel russe et un trafiquant iranien blanchisseur d’argent pour acheter une vingtaine de kilos de cocaïne, Ryan Wedding est arrêté aux Etats-Unis, piégé par un certain Yuri Trofinov, un ex-agent du KGB devenu un infiltré pour le compte du FBI.

Le Canadien affabule durant son procès, charme la juge, allant jusqu’à affirmer qu’il fait aussi du bénévolat pour des organismes de lutte contre le cancer. «En tant qu’athlète, on m’a toujours appris qu’on n’a pas droit à l’erreur, pourtant, me voilà à demander précisément une seconde chance», plaide-t-il. Verdict: quatre ans de pénitencier en 2010, au lieu des dix années attendues. Après un séjour de 18 mois dans une prison de San Diego, où il rencontre des caïds de la drogue, il est transféré dans un centre de détention au Canada. Entre-temps, Ryan Wedding a changé de stature. Il s’est rapproché du cartel mexicain de Sinaloa lors de sa détention. Après avoir purgé sa peine, il disparaît d’ailleurs au Mexique, en 2015.

Ryan Weddin est passé de la poudreuse des Rocheuses à la poudre blanche de Colombie. © GETTY

Un Pablo Escobar moderne

Selon l’ancien champion de ski canadien Bobby Allison, interrogé par le magazine Rolling Stone qui prépare un documentaire sur Ryan Wedding, Le Roi de la neige. Des olympiques à narco, la grande force de ce dernier est qu’encore jeune compétiteur, il «n’avait déjà pas peur». «De nombreux jeunes disent qu’ils veulent aller vite […] mais ils se retiennent toujours, parce qu’il y a toujours la peur de tomber. Lui n’avait pas peur.»

L’empire de Ryan Wedding doit donc sa prospérité à la Colombie, où il s’approvisionne en cocaïne. Celle-ci transite par le Mexique pour être acheminée en camion vers Los Angeles et stockée dans des entrepôts. Des camionnettes convoient alors les stupéfiants à travers les Etats-Unis et au Canada. «Ryan Wedding est l’incarnation moderne de Pablo Escobar», a osé le directeur du FBI, Kash Patel. La procureure générale des Etats-Unis, Pam Bondi, confirme que l’organisation du trafiquant «importe 60 tonnes de cocaïne par an à Los Angeles. Le poids de 40 voitures de taille moyenne.» La multinationale du crime du Canadien génère des revenus d’un milliard de dollars par an. Kash Patel ajoute que Ryan Wedding est à la tête d’un réseau de narcoterrorisme qui blanchit des fonds iraniens, certains liés au Hezbollah, et transitent via l’île de Margarita, au Venezuela.

L’ex-as du snowboard demeure insaisissable, tant son réseau est bien structuré. L’une de ses conquêtes colombiennes gère un réseau de prostitution, participe à des exécutions, tandis qu’une autre chemine une part de ses expéditions de cocaïne depuis la Colombie. Son épouse officielle, une Mexicaine, blanchit de l’argent. Ryan Wedding dispose aussi d’une équipe de tueurs à gages, chargés d’éliminer tous ceux qui menaceraient son commerce. A la tête d’une société militaire privée, Windrose Tactical Solutions, son associé Gianluca Tiepolo, ex-militaire des forces spéciales italiennes, gère ainsi des stages de préparation militaire pour des hommes qui deviendront souvent, par la suite, les tueurs en question.

Si l’étau semble se resserrer autour de l’ex-champion, la collusion présumée entre le criminel et de hautes autorités mexicaines constituerait un sérieux frein à son arrestation.

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