Les touristes étrangers ont été bien moins nombreux aux Etats-Unis en 2025.

Donald Trump va-t-il continuer de plomber le tourisme vers les Etats-Unis? «Le voyageur oublie très vite les incidents passés»

En recul en 2025 avec le retour au pouvoir de Donald Trump, le tourisme international vers les Etats-Unis peine à retrouver son souffle. Le secteur fait face à une période d’incertitude, malgré quelques signaux plus encourageants pour 2026, dans un contexte diplomatique toujours tendu.

2025 n’aura pas été une année emballante pour le tourisme aux Etats-Unis. Et 2026 ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices. Plusieurs facteurs peuvent expliquer la période particulière traversée par un secteur qui représente quelque quinze millions d’emplois dans le pays et a généré 2.900 milliards de dollars de retombées économiques en 2024, selon les chiffres de l’US Travel Association. Parmi ceux-ci, la politique de Donald Trump occupe une place de choix. Selon une étude menée en avril dernier par Skift Research, une plateforme spécialisée dans l’industrie du voyage, 46% des personnes interrogées avouaient ainsi être moins susceptibles de visiter les Etats-Unis à cause de leur président.

Une tendance se vérifiant dans les chiffres: l’Office national du tourisme américain a enregistré une baisse du nombre de visiteurs étrangers dans le pays tous les mois entre mars et novembre 2025, comparé à 2024 (les données de décembre n’ont pas encore été dévoilées). Sur le total de l’année, cela devrait représenter une perte de 6,3% du nombre total de touristes étrangers, au nombre de 72,4 millions en 2024 (+9,1% par rapport à 2023), selon les estimations de l’US Travel Association. Cette dernière table sur une baisse des dépenses de ces visiteurs internationaux de 3,2%: les Etats-Unis pourraient être la seule grande économie touristique parmi les 184 pays suivis par le Conseil mondial du voyage et du tourisme à enregistrer une contraction en 2025, explique Skift.

«Les chiffres de 2025 ne sont pas encore disponibles, mais d’après les échos que nous avons, il y aurait une diminution de 15 à 20% du nombre de voyages vers les Etats-Unis par rapport à 2024 depuis la Belgique», explique Pierre Fivet, porte-parole de l’Abto, l’Association belge des tour-opérateurs. En 2024, 283.933 Belges avaient voyagé aux Etats-Unis: sur la période janvier-novembre 2025, la baisse enregistrée ne serait «que» de 8% au total, comparé à l’année passée, selon les chiffres officiels des autorités américaines (243.361 visiteurs belges entre janvier et novembre 2025, contre 264.641 sur la même période en 2024).

Un ESTA plus «intrusif» ?

Et ce ne sont pas les annonces ou les évènements de ces dernières semaines qui vont redonner le sourire aux spécialistes du secteur. Fin décembre, le service américain des douanes et de la protection des frontières a fait savoir qu’une refonte de la procédure d’ESTA, qui permet aux voyageurs des pays exemptés de visa (comme les Belges) de se rendre aux Etats-Unis, avait été proposée dans le Federal Register.

Dans un décret visant à «protéger les Etats-Unis contre les terroristes étrangers et autres menaces à la sécurité nationale», il est précisé que ces visiteurs pourraient avoir à fournir leurs profils sur les réseaux sociaux sur les cinq dernières années (information optionnelle depuis 2016 sur l’ESTA qui deviendrait obligatoire), leurs numéros de téléphone sur ce même laps de temps, leurs adresses mails sur les dix dernières années ou encore certains renseignements sur les membres de leur famille (noms, adresses…), entre autres. Le chemin administratif est encore long avant que cette refonte n’entre en vigueur et des modifications peuvent encore y être apportées. Mais cette information a été vivement critiquée sur les réseaux sociaux.

«Remplir l’ESTA est déjà fastidieux, mais là les Américains pourraient décourager des voyageurs», concède Frank Bosteels, CEO de la Belgian Travel Confederation, qui rappelle également que le prix de l’ESTA a augmenté (de 21 à 40 dollars), tout comme les droits d’entrée pour les parcs nationaux américains (250 dollars au lieu de 80 pour les touristes internationaux depuis le 1er janvier). «Tant que les éventuelles modifications de l’ESTA ne conduisent pas à des refus d’entrée liés à des opinions politiques, cela ne devrait pas avoir d’impact direct sur le tourisme. A ce stade, les touristes ne nous ont pas exprimé de craintes particulières à ce sujet», explique Olivier Vandenbroucke, à la tête du tour-opérateur belge USA Travel, ajoutant: «Sur l’année écoulée, on a surtout constaté un phénomène d’attentisme: les clients s’informent et demandent des offres, mais prennent plus de temps à confirmer leur réservation par rapport à 2024. L’impact négatif observé est très limité et concerne surtout quelques personnes, qui ont renoncé pour des raisons liées au contexte politique ou aux figures publiques, comme Donald Trump.»

Le cours du dollar toujours favorable

Les récentes décisions du président américain, qui a décidé de faire enlever son homologue vénézuélien Nicolás Maduro pour le juger aux Etats-Unis, et ses déclarations menaçantes à l’encontre de plusieurs pays vont-elles un peu plus plomber le tourisme dans son pays? Difficile de l’affirmer pour l’instant, alors que l’US Travel Association estimait il y a quelques mois déjà que les arrivées de visiteurs internationaux ne retrouveraient leur niveau de 2019 qu’à l’horizon 2029, ce qui coïncide avec l’année de la fin du second mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche. «Les gens arrivent à faire la part des choses avec le contexte diplomatique», assure Pierre Sohier de l’agence de voyage The Road Trip. «Les perspectives pour 2026 restent positives. Nous sommes au tout début de la saison de réservation et, à ce stade, les indicateurs sont bons», renchérit Olivier Vandenbroucke, selon qui «les grands événements à venir, comme les 250 ans des Etats-Unis, le centenaire de la Route 66 ou la Coupe du monde de football constituent des éléments de communication très positifs pour la destination». Même si les tarifs affichés (pour l’instant) pour la Coupe du monde de football devraient en refroidir certains,

Les voyageurs peuvent toutefois bénéficier de prix attractifs pour les vols vers les Etats-Unis, grâce aux réductions opérées par les compagnies ces derniers mois. Le cours du dollar, encore intéressant par rapport à l’euro (un dollar = 0,85 euro), reste un autre argument (positif) qui a son importance, davantage qu’une situation diplomatique détériorée, qui devient presque la norme aux yeux des voyageurs. «Nous avions déjà vu un effet similaire sur le tourisme il y a huit ans, lors du premier mandat de Trump. La première année, il y a eu une baisse. Mais l’année suivante, les chiffres se sont rétablis, une fois l’effet de nouveauté et toute l’attention médiatique passée», souligne Pierre Fivet, pour qui «malgré tous les événements négatifs dans le monde, l’expérience montre que le voyageur oublie très vite les incidents passés.»

Un avis partagé par Frank Bosteels: «Certaines personnes refusent de voyager vers des destinations pour des raisons idéologiques et restent confortées dans cette position. D’autres ont un regard peut-être plus opportuniste et vont se dire: « Tant qu’on peut voyager, on voyage, moi ça ne m’arrête pas ». Les voyageurs s’adaptent à tout ce qui semble inhabituel ou excessif, et ce qui choque au départ finit par être accepté.»

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