Sécurité Belgique
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De l’extrême droite, aux menaces terroristes, à la guerre hybride russe: la sécurité belge au cœur d’inquiétudes

Le Vif

Entre radicalisation violente d’extrême droite et pression hybride russe, la Sûreté de l’État dresse un tableau préoccupant de la sécurité en Belgique.

La Sûreté de l’Etat (VSSE) continue de surveiller les éventuels glissements vers la commission d’actions violentes concrètes au sein de mouvements extrémistes en Belgique, rapporte-t-elle dans son rapport annuel. Si la menace terroriste émanant des milieux d’extrémisme de gauche est évaluée «invraisemblable» en Belgique, la sous-culture de l’accélérationnisme dans les mouvements d’extrême droite représente par contre une composante dangereuse à court et à moyen terme.

Le milieu d’extrémisme de gauche s’est fait remarquer publiquement par des actions violentes l’année dernière, rappelle la Sûreté de l’Etat. Elle cite des émeutes lors de manifestations, des actes de résistance à l’encontre de la police et l’intimidation d’adversaires politiques à l’occasion de contre-manifestations antifascistes. Ces actions et la légitimation du recours à la violence constituent «un point d’attention permanent». Le rapport ajoute néanmoins que la majorité des militants d’extrême gauche se consacre principalement à la diffusion non violente de leur message.

Accélérationnisme d’extrême droite

La VSSE indique que la majeure partie des activités du milieu extrémiste de droite en Belgique gravite aussi autour de la diffusion de l’idéologie ou du vécu de l’expérience en groupe, bien qu’une menace violente en émane «incontestablement».

Le rapport se fait plus alarmiste au sujet des accélérationnistes, qui diffusent l’idée de précipiter le déclin perçu de la société en déclenchant une guerre civile raciale. Ces groupes représentent la menace la plus importante de violence des milieux d’extrémisme de droite car ils déclarent pouvoir atteindre leur objectif en perpétrant des attentats contre des minorités.

Dans «certains cas limités», la VSSE a détecté l’intention et la capacité de commettre ces violences. Elle estime donc qu’un attentat terroriste inspiré par l’accélérationnisme est «possible à court ou moyen terme». «Il n’en demeure pas moins que faire la part des choses entre intentions réelles et “grands discours” est une véritable gageure», souligne la Sûreté de l’Etat.

Menaces terroristes

La menace terroriste d’inspiration salafiste-djihadiste n’a pas disparu en Belgique et en Europe dix ans après les attentats de Paris, constate le service civil de renseignement et de sécurité belge.

Elle reste la première menace en matière de terrorisme et représentait l’an dernier 80% des dossiers discutés lors des Joint Intelligence Centers (JIC) (mécanisme de coordination nationale permettant aux services de renseignement et de sécurité de se coordonner en cas de détection de menace).

En Belgique, les personnes en lien avec la planification de telles attaques étaient toutes consommatrices de propagande d’organisations terroristes comme l’EI ou Al-Qaïda (AQ), principalement en ligne. Elles étaient souvent jeunes: l’âge médian des personnes faisant l’objet de JIC salafiste-djihadiste était de 22 ans et le plus jeune avait 12 ans.

Dans la grande majorité des cas, ces personnes avaient cependant un projet «peu avancé, peu sophistiqué ou peu réalisable», précise la Sûreté de l’Etat.

«L’Etat islamique et Al-Qaïda n’appartiennent pas au passé, l’attaque du 14 décembre 2025 à Bondi Beach en Australie en est un nouvel exemple tragique», confirme l’administratrice générale Francisca Bostyn, qui ajoute: «Les conflits qui persistent au Moyen-Orient restent un terreau de radicalisation

La VSSE explique d’ailleurs que la situation à Gaza sert tout particulièrement de catalyseur à une nouvelle forme de violence et est activement exploitée par des organisations terroristes à des fins de propagande. «La rhétorique utilisée peut inciter des individus à commettre des actions violentes», prévient la Sûreté de l’Etat.

Une menace hybride russe…

La Russie continue à intensifier sa menace hybride en Europe, avec des conséquences aussi sur la situation sécuritaire en Belgique, constate aussi la Sûreté de l’Etat (VSSE) dans son rapport annuel. Le service civil de renseignement et de sécurité belge étudie encore les liens potentiels entre Moscou et les récents incidents impliquant des drones.

La menace hybride qui émane de la Russie n’est pas un phénomène nouveau mais elle n’a cessé de s’amplifier depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine, explique la VSSE. Dans son «Intelligence Report 2025», le service décrit un arsenal «vaste et diversifié» avec des cyberattaques paralysant certains sites Web des autorités, des campagnes de désinformation, une ingérence dans le processus décisionnel et des cas d’espionnage.

Ces actions ont l’objectif d’intimider, de semer la confusion et de faire paraître la menace russe plus importante qu’en réalité. Elles peuvent aussi causer des dégâts économiques, tester la réaction des autorités, recueillir des renseignements ou encore détourner l’attention des services de sécurité. «De telles actions visent à tester notre résilience, à semer le doute et à saper la confiance dans nos institutions», confirme Francisca Bostyn, administratrice générale de la Sûreté de l’Etat.

Depuis 2022, la Belgique a d’ailleurs expulsé des dizaines d’officiers de renseignement russes sous couverture diplomatique. La VSSE indique par ailleurs continuer ses investigations au sujet des drones qui ont survolé des aéroports, des domaines militaires et d’autres infrastructures sensibles en Belgique à l’automne dernier. Le service cherche à établir si ces survols s’inscrivaient ou non dans le cadre d’une campagne hybride menée par la Russie.

«La prudence reste de mise», souligne néanmoins le service. «S’il peut être tentant de croire que derrière tout objet volant se cache le spectre de la Russie, c’est précisément l’objectif visé par ces actions hybrides.»

La Belgique, n’est pas (encore) prête à faire face

Dans un pays comme la Belgique, dont on déplore régulièrement la «lasagne institutionnelle», la dispersion des compétences, y compris en matière sécuritaire, ne facilite pas les choses, d’autant que la police est inondée de signalements de drones potentiels.

Autre constat: que les drones aient pu survoler près de sites sensibles sans que les engins ou leurs pilotes soient identifiés est «un indicateur qu’on a affaire à un acteur bien préparé et organisé. S’il s’agissait de gamins voulant « juste » perturber l’aéroport, ils auraient été appréhendés», assure une source sécuritaire, convaincue que, tôt ou tard, la Belgique découvrira le smoking gun (le pistolet fumant), qui permettrait de confondre le(s) responsable(s).

Sollicités par le ministre de la Défense, l’Allemagne n’a pas tardé a proposer son aide. Et celle-ci est indispensable à court terme. «Supposons qu’on ne fasse pas appel à l’Allemagne. Il faudrait alors commander des systèmes de détection et de neutralisation en nombre, former nos militaires à leur utilisation et acquérir de l’expertise», selon l’ex-colonel Roger Housen. Certes, ce processus est enclenché par le ministre de la Défense, mais il est terriblement chronophage. «Or, la menace est déjà présente

(Avec Belga)

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