Cachez ces femmes qui s'aiment car la "morale" ne saurait les voir. Longtemps ce mot d'ordre aussi tacite qu'hypocrite a infusé les sociétés occidentales. A rebours des préjugés, quelques pionnières ont rué dans les brancards pour porter haut et fort la voix des personnes LGBTQI+. La photographe américaine autodidacte Joan E. Biren (Washington, 1944) fai...

Cachez ces femmes qui s'aiment car la "morale" ne saurait les voir. Longtemps ce mot d'ordre aussi tacite qu'hypocrite a infusé les sociétés occidentales. A rebours des préjugés, quelques pionnières ont rué dans les brancards pour porter haut et fort la voix des personnes LGBTQI+. La photographe américaine autodidacte Joan E. Biren (Washington, 1944) fait partie de cette avant-garde. A la fin des années 1970, celle qui avait rejoint de The Furies Collective, une utopie homosexuelle séparatiste, se rend compte à quel point les rares images faisant place aux lesbiennes sont peintes aux couleurs du fantasme masculin. Ces silhouettes blanches, élancées et blondes n'ont rien à voir avec une réalité rousse, noire, grise... Dans la foulée, la militante comprend combien les conséquences de ce schéma idéologique sont lourdes: ces représentations, en apparence anodines, refusent aux intéressées toute possibilité d'identification et, donc, de construction. Il n'en faut pas plus pour que Biren, alors âgée de 27 ans, s'achète un appareil photo et se mette à "montrer la véritable histoire de la communauté lesbienne". Totalement novatrice à l'époque, JEB décide de rendre visible des femmes en couple d'âges et de milieux différents au coeur de leur vie quotidienne - travaillant, jouant, élevant une famille et s'efforçant de refaire un monde à leur image. Cette matière première inédite, elle la compile en 1979 dans un ouvrage autopublié qui fera date: Eye To Eye: Portraits of Lesbians. Fait notable, ce livre, pour la première fois, indique les prénoms des femmes photographiées, avec leur visage visible et reconnaissable. Réimprimé après quarante ans, Eye to Eye n'a rien perdu de sa force, ni de son actualité. Le combat pour la tolérance est toujours aussi nécessaire.