Le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) mute, comme tous les virus. Il existe en fait deux virus distincts: VIH-1, qui représente la quasi-totalité des infections dans le monde, et VIH-2. VIH-1 est divisé génétiquement en quatre groupes (M, N, O et P). Au sein du groupe M, responsable de la pandémie, il existe neuf sous-types, représentés par des lettres allant de A à K. Abbott a annoncé mercredi dans un communiqué avoir identifié un dixième sous-type, "L", chez trois personnes.

A priori, les traitements antirétroviraux devraient fonctionner. "Puisque le sous-type L fait partie du groupe majeur du VIH, le groupe M, on peut s'attendre à ce que les traitements actuels soient efficaces contre lui", dit à l'AFP Mary Rodgers, cheffe du programme de surveillance virale mondiale chez Abbott. Cette nouvelle mutation avait été identifiée dans deux échantillons de sang prélevés en 1983 et 1990 dans ce qui est aujourd'hui la République démocratique du Congo. Mais pour ajouter un sous-type à la nomenclature officielle, il fallait un troisième cas indépendant, selon des règles établies en 2000. Ce cas a finalement été découvert dans un troisième échantillon suspect qui avait été prélevé en 2001. Son séquençage n'avait à l'époque pas été possible parce que la quantité de virus était trop faible, a expliqué Abbott. Mais les scientifiques, grâce à de nouvelles technologies, sont parvenus récemment à isoler le virus et à confirmer qu'il correspondait aux souches de 1983 et 1990.

Ce sous-type n'est donc pas nouveau. Il est probablement toujours en circulation en RDC et peut-être ailleurs, selon les chercheurs. Mais jusqu'à preuve du contraire, la souche est rare, n'ayant été identifiée que trois fois. Abbott dit que le séquençage est disponible pour les scientifiques qui voudraient en trouver d'autres en circulation. L'intérêt de la classification génétique est de s'assurer que les tests de diagnostic détectent toutes les souches. C'est le cas de ce sous-type L, confirme à l'AFP Mary Rodgers. "Cette découverte souligne que pour mettre fin à l'épidémie du VIH, nous devons continuer à devancer le virus et à utiliser les dernières technologies et tous les moyens disponibles pour en comprendre le périmètre", poursuit la chercheuse, co-autrice de l'étude publiée dans une revue spécialisée, le Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes.