Le lien entre le stress et les cheveux blancs existent déjà depuis plusieurs siècles. Si en temps normal, le blanchiment des cheveux est progressif, certains racontent que la chevelure de Marie-Antoinette, alors âgée de 37 ans, vira brusquement au blanc dans la nuit précédant sa montée sur l'échafaud le 16 octobre 1793. C'est ce qu'on appelle le syndrome de "canitie subite".
...

Le lien entre le stress et les cheveux blancs existent déjà depuis plusieurs siècles. Si en temps normal, le blanchiment des cheveux est progressif, certains racontent que la chevelure de Marie-Antoinette, alors âgée de 37 ans, vira brusquement au blanc dans la nuit précédant sa montée sur l'échafaud le 16 octobre 1793. C'est ce qu'on appelle le syndrome de "canitie subite".De nombreux magazines se sont plus récemment étonnés de l'apparent vieillissement de l'ancien président américain Barack Obama au cours de son premier mandat (voir photo plus bas). Le stress chronique peut-il vraiment provoquer des cheveux blancs avant l'heure ? Il semblerait que oui. Des chercheurs ont en effet découvert la raison biologique de cette perte de pigmentation des cheveux.Ce processus commencerait avec le système nerveux sympathique, explique dans sa nouvelle étude Ya-Chieh Hsu, professeur de cellules souches et de biologie régénérative à l'Université Harvard. Par définition, les fonctions de ce système nerveux permettent de préparer le corps à l'action. C'est donc lui qui orchestre en partie notre rythme cardiaque, notre respiration, notre digestion, et qui pilote également notre système de comportement automatique qui nous aide à reconnaître une menace et à y répondre avant même d'avoir le temps d'y réfléchir. Ce système nerveux sympathique est donc intimement lié à notre réponse au stress. Il n'est donc pas surprenant qu'il puisse avoir une relation avec le blanchiment des cheveux.Petite nuance cependant : cette réponse du système nerveux sympathique face au stress n'a généralement lieu qu'en dernier recours. Il n'est activé qu'en cas d'extrême urgence, lorsque d'autres systèmes ont mis trop de temps à réagir, ou ont échoué, tout simplement. Il n'entrera donc pas en action face à des situations de stress léger - telles qu'une représentation sur scène-, et ce, en raison de l'énergie nécessaire pour l'activer. Pour ces facteurs de stress moins urgents, d'autres processus sont donc à l'oeuvre.Le professeur Hsu a alors concentré son attention en priorité sur ces autres processus. Selon elle, si le stress avait effectivement une influence sur la décoloration des cheveux, le système immunitaire devait forcément être impliqué. Et pour cause, il pourrait tout à fait libérer des cellules pour attaquer les cellules productrices de couleur dans le follicule pileux, ou déclencher la libération d'hormones de stress comme le cortisol des glandes surrénales. Ses recherches n'ont pourtant abouti à aucun résultat à ce niveau-là.Mais en induisant chimiquement du stress chez des souris - grâce à l'injection d'un composé appelé résinifératoxine - et en utilisant certaines contraintes destinées à amplifier ce stress - en inclinant les cages des animaux par exemple, le professeur Hsu s'est rendue compte que le système nerveux sympathique avait finalement bien un rôle à jouer dans le blanchiment des cheveux.Les recherches ont en effet montré que celui-ci endommageait de façon permanente une population de cellules responsables de la coloration des cheveux. Une découverte surprenante, selon les chercheurs : "Le système nerveux sympathique est vraiment le dernier système auquel nous aurions pensé. Nous savons qu'il est activé en cas de stress, mais normalement, on le considère plutôt comme un système d'urgence, en particulier pour des réponses de combat ou de fuite qui sont donc transitoires et réversibles une fois la menace disparue", explique le professeur Hsu. "Mais ici, nous constatons que le système nerveux sympathique peut épuiser de façon permanente une population entière de cellules souches. "Les victimes de ce processus ? Les cellules souches mélanocytaires, responsables de la production des cellules pigmentaires qui colorent la tige du cheveu au fur et à mesure de sa croissance. Le professeur Hsu a découvert que même lors d'un stress faible ou normal, le système nerveux sympathique était actif et produisait de la norépinéphrine chimique (NDLR : un neurotransmetteur).En réponse à cette noréphinéphrine, les cellules souches mélanocytaires commencent à produire beaucoup plus de pigments que nécessaire. La raison : les cellules interprètent ce signal de stress comme un signal de nouvelle croissance de cheveux. À long terme, ce "réservoir" sèche et ne peut plus produire de nouveaux pigments. "Le résultat ? Des cheveux dénués de couleur, devenus blancs ou gris", conclut la chercheuse. "Le stress est une partie inéluctable de la vie moderne, mais nous comprenons très mal la manière dont il affecte la biologie des cellules souches et le renouvellement des tissus", explique-t-elle. Cette nouvelle étude sur la couleur des cheveux pourrait donc être un excellent point de départ à ces futures recherches.