1. Mobilité

Pas de voiture autonome en ville sans 5G. C'est presque aussi simple que ça. L'intelligence d'un véhicule se décline de manière graduelle, sur une échelle variant de 0 (aucune aide à la conduite) à 5 (plus besoin de volant). A l'heure actuelle, les meilleurs modèles commercialisés, dont la fameuse Tesla, s'arrêtent au niveau 3 : grâce aux nombreux capteurs embarqués, la technologie peut piloter sur certaines routes, mais le conducteur physique doit pouvoir garder la main dans les situations complexes. Les véhicules partiellement autonomes, y compris de niveau 4, seraient ainsi incapables de franchir la place de l'Etoile à Paris, souvent considérée comme le test ultime. C'est là que la 5G entre en scène. Pour faire face à cette complexité et à la réactivité qu'implique un tel parcours, les véhicules ne doivent plus seulement analyser leur environnement immédiat. Ils doivent pouvoir communiquer entre eux à chaque instant, en signalant leur trajectoire mutuelle, leur vitesse et même la présence d'obstacles inattendus. Un tel système suppose aussi d'insérer des capteurs 5G, d'une durée de vie de quinze ans, dans l'infrastructure urbaine (panneaux, feux intelligents).
...

Pas de voiture autonome en ville sans 5G. C'est presque aussi simple que ça. L'intelligence d'un véhicule se décline de manière graduelle, sur une échelle variant de 0 (aucune aide à la conduite) à 5 (plus besoin de volant). A l'heure actuelle, les meilleurs modèles commercialisés, dont la fameuse Tesla, s'arrêtent au niveau 3 : grâce aux nombreux capteurs embarqués, la technologie peut piloter sur certaines routes, mais le conducteur physique doit pouvoir garder la main dans les situations complexes. Les véhicules partiellement autonomes, y compris de niveau 4, seraient ainsi incapables de franchir la place de l'Etoile à Paris, souvent considérée comme le test ultime. C'est là que la 5G entre en scène. Pour faire face à cette complexité et à la réactivité qu'implique un tel parcours, les véhicules ne doivent plus seulement analyser leur environnement immédiat. Ils doivent pouvoir communiquer entre eux à chaque instant, en signalant leur trajectoire mutuelle, leur vitesse et même la présence d'obstacles inattendus. Un tel système suppose aussi d'insérer des capteurs 5G, d'une durée de vie de quinze ans, dans l'infrastructure urbaine (panneaux, feux intelligents). La 5G s'imposera donc pour tous ces usages mouvants et critiques, qui ne peuvent compter sur un réseau exclusivement filaire ou sujet à des interférences. La généralisation de véhicules de niveau 5 semble exclue pour 2030, vu la durée de vie des modèles classiques encore vendus à l'heure actuelle. En revanche, le premier basculement pourrait venir du secteur du transport. Avant d'envisager une flotte de camions ou de bus entièrement autonomes, la 5G pourrait asseoir le règne de la conduite à distance, grâce à sa très faible latence. Lors du dernier Mobile World Congress à Barcelone, le plus grand salon de l'industrie de la téléphonie mobile, les visiteurs ont pu tester la conduite en temps réel - en dehors de routes fréquentées - du T-Pod, un camion sans conducteur situé à 2 000 kilomètres de là, en Suède. Une première étape susceptible d'enclencher la reconversion d'innombrables métiers du transport ou de la logistique. La concurrence économique de demain sera résolument technologique. D'après une récente étude du bureau américain ABI Research, l'industrie devrait contribuer à un quart des revenus engendrés par la 5G à l'horizon 2028. Cette dernière serait en effet en mesure d'introduire un changement de paradigme majeur dans la robotisation. Plutôt que de placer l'intelligence artificielle dans chaque robot, pour répéter une tâche déterminée dans un périmètre fixe, celle-ci pourrait être distribuée au départ du cloud, c'est-à-dire de serveurs à distance. Imaginez un parc de grues mobiles et autonomes, capables de démultiplier le boulot accompli en 24 heures par dix ou par cent. C'est le coeur d'un projet pilote mené au port de Qingdao (6e mondial), en Chine. D'après Ericsson et l'opérateur China Unicom, l'automatisation 5G permettrait d'y réduire de 70 % les coûts du travail par rapport à un site classique. La technologie redessinera progressivement les grandes usines de demain, de l'automobile à l'aérospatial en passant par les équipementiers électroniques. " La 5G sera l'autoroute digitale de chaque interaction dans l'industrie intelligente, résume Erik Josefsson, directeur des industries de pointe chez Ericsson. Ces réseaux stables et sécurisés introduiront de la flexibilité dans le processus industriel. " Mais les propriétés de la 5G pourraient aussi doper les ventes de grandes entreprises ou de plateformes commerciales en ligne, tous produits confondus. Avec, à un horizon sans doute plus lointain, l'émergence d'une innovation encore difficilement imaginable aujourd'hui : l'Internet tactile, grâce à ce que l'on appelle la technologie haptique. Microsoft y travaille, à l'instar d'Ultraleap au Royaume-Uni ou de Hap2U en Suisse. Cette technologie permet à l'utilisateur de ressentir exactement une texture ou un relief souhaité au départ d'un tout autre support. Comment ? En utilisant des ultrasons au contact de l'air, ou une combinaison de puces électroniques et de capteurs piézoélectriques au contact d'un écran tactile. Oubliez la simple vibration du clavier de votre smartphone. Dans plusieurs années, vous pourriez toucher, depuis votre salon, la maille d'un tee-shirt vendu sur Internet. Ou ce carrelage de salle de bains provisoirement en rupture de stock. Pour une expérience réussie, le lien entre le toucher sur un écran et la commande haptique doit évidemment être instantané. Sur les supports mobiles, la faible latence de la 5G sera dès lors décisive. La 5G se propagera tout autant dans les jeux et les divertissements du futur, également appelés à évoluer rapidement. Les deux sigles à retenir : VR (réalité virtuelle, en anglais) et AR (réalité augmentée). Dans le premier cas, le virtuel se substitue simplement à la réalité. Dans le second, des éléments virtuels s'y superposent. L'année dernière, des spectateurs sud-coréens d'un match de baseball ont pu voir un dragon en 3D survoler le stade, en orientant leur smartphone dans sa direction. En septembre dernier, lors d'un match de Bundesliga (le championnat allemand de football), les statistiques de chaque joueur sur la pelouse s'affichaient en temps réel, via l'écran du smartphone. Une expérience difficile sans la 5G. Et encore limitée par les propriétés techniques des rares appareils compatibles. " Dans un délai assez court, beaucoup de spectateurs seront prêts à payer plus cher pour assister à des événements augmentés ", affirme Jasmeet Seth. Un drone pour délivrer un défibrillateur d'urgence ou une dose d'insuline en express à une personne diabétique, quatre fois plus rapidement que l'équipe médicale. Une ambulance connectée, capable d'envoyer instantanément à l'hôpital les informations sur l'état de santé du patient, pour préparer sa prise en charge. Des soins dispensés à plusieurs milliers de kilomètres pour venir en renfort dans des zones sinistrées. La 5G va-t-elle vraiment révolutionner la médecine et les soins de santé, comme le prétendent les équipementiers ? C'est peut-être la plus grande inconnue. " La chirurgie à distance, on en parlait déjà quand la 4G a été lancée ", rappelle Jean-Michel Dricot. Le docteur Jacques Vanderstraeten, médecin généraliste à Bruxelles et par ailleurs expert des ondes électromagnétiques de la 5G, est plutôt dubitatif en ce qui concerne les usages au quotidien. " Je ne crois pas à la télémédecine dans une ville comme Bruxelles, où l'on peut facilement trouver un hôpital à proximité immédiate. Or, c'est précisément dans les villes qu'il est question de développer la 5G dans un premier temps. Par ailleurs, le monitoring à distance ne nécessite rien de plus que les générations existantes. " Si la 5G en améliorerait la réactivité, la 4G est déjà techniquement capable de prendre en charge un service de drones d'urgence. Leur utilisation à cette fin ne s'est pourtant pas généralisée ces dernières années. Mais les usages futurs restent prometteurs. En avril 2019, un chirurgien d'un hôpital de Pékin a réussi une opération du cerveau d'un patient situé dans une clinique à 3 000 kilomètres de là, en commandant à distance un bras robotique installé dans le bloc opératoire. La 5G ne se limitera pas aux domaines évoqués plus haut. En Europe de l'Ouest, et singulièrement en Belgique, son apport réel se mesurera à l'aune d'usages où les connexions filaires et wifi, elles aussi toujours plus performantes, n'entreront pas en concurrence. Avant de s'effacer à son tour, dans une dizaine d'années, au profit de la 6G. Potentiellement 8 000 fois plus rapide que la 5G, annonce déjà un chercheur de l'université de Sydney. A chaque décennie sa dose de science-fiction.