Au moment des premières découvertes de vestiges mayas, il fallait souvent des décennies de recherche à l'aveugle dans des jungles épaisses pour découvrir quelque chose.
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Au moment des premières découvertes de vestiges mayas, il fallait souvent des décennies de recherche à l'aveugle dans des jungles épaisses pour découvrir quelque chose. Il y a quelques années, le Lidar est venu révolutionner la recherche. C'est une technologie qui fonctionne comme un radar, mais les ondes radio sont remplacées par des ondes laser, rapporte le journal Le Monde. L'instrument est transporté dans un aéronef et envoie des ondes laser vers le sol qui les renvoie à son tour. Sur base des résultats, il est possible de reconstituer avec une grande précision la topographie d'un lieu en faisant disparaitre la végétation. Depuis que cette technologie est utilisée par les archéologues, de nombreuses structures ont été découvertes. Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Nature, l'équipe du professeur Takeshi Inomata (université de l'Arizona) rapporte avoir balayé une zone de plus de 800 km2 et repéré une vingtaine de sites. Le plus remarquable étant l'immense complexe cérémoniel du site d'Aguada Fenix, dans l'État mexicain de Tabasco, au sud-ouest de la péninsule du Yucatan.Le site présente une immense plateforme surélevée de 10 à 15 mètres qui forme un grand rectangle de 1400 mètres de long sur 400 mètres de large. Des petites ailes s'y sont accolées de part et d'autre, et de chacune de ses deux extrémités descendent deux rampes prolongées par des chaussées. Sur le côté ouest de cette plateforme apparaissent des places, d'autres voies de communication, ainsi que la trace de réservoirs.Selon les premières analyses réalisées au carbone 14, la grande plateforme daterait d'au moins 1000 ans avant Jésus-Christ. Malgré de premières fouilles, les archéologues n'ont pour l'heure découvert aucune sculpture, à l'exception de ce qui ressemble fort à la représentation d'un pécari, animal cousin du cochon.Le lidar, s'il est une technologie de pointe qui facilite la recherche ne dit pas tout. En effet, les relevés ne permettent pas de déterminer où vivaient les personnes qui ont construit cette gigantesque plateforme qui a nécessité le déplacement de 3.2 à 4.3 millions de mètres cubes d'argile et de terre. Les auteurs de l'étude émettent toutefois l'hypothèse d'un mode de vie des habitants combinant la culture du maïs et la mobilité de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs.Si les habitations n'apparaissent pas, c'est probablement parce qu'elles n'étaient pas en "dur", en pierre, mais plutôt en matériaux périssables qui ne laissent pas de traces.Malgré l'absence d'indices sur la vie quotidienne, les chercheurs ont établi quelques hypothèses sur base de l'analyse du site et de la société qui devait l'occuper. Takeshi Inomata et ses collègues écrivent ainsi que "Aguada Fenix ne présente pas d'indicateur clair d'inégalité sociale marquée, comme les sculptures représentant des personnes de haut rang". Ils n'ont pas non plus identifié de structure qui s'apparente à un temple ou à un palais.La plateforme serait avant tout un lieu de rassemblement, de rituels liés à la terre et à l'agriculture. Une architecture à visée publique en quelque sorte.En effet, les structures pyramidales apparaissent plus tard et sont associées aux dynasties royales mayas. La verticalité est donc le symbole d'une société très hiérarchisée. Selon les chercheurs, le site d' Aguada Fenix a été abandonné vers 750 avant Jésus-Christ pour des raisons inconnues.