Quitter la Terre, rejoindre l'espace, voler en impesanteur tout en observant la planète bleue, ses continents et ses océans. Une expérience qui en fascine plus d'un, mais vécue par quelques élus seulement. " Il y a le coup de pied aux fesses au décollage, se rappelle l'astronaute français Jean-François Clervoy, de l'Agence spatiale européenne, vétéran de trois missions spatiales avec la Nasa. Puis le ciel qui devient noir à 30-40 kilomètres d'altitude. Et, bien sûr, l'impesanteur : cette sensation de flotter, ou plutôt de ne plus sentir qu'on pèse quelque chose, d'oublier qu'on est un poids... Mais ce qui marque le plus sur le plan philosophique et spirituel, c'est la vue de la Terre. C'est spectaculaire. " Outre les professionnels, de richissimes passionnés ont aussi pu s'offrir, à partir de 2001, un voyage de quelques jours à bord de la Station spatiale internationale (ISS), moyennant 20 à 35 millions de dollars. Ce tarif, la disponibilité limitée des places dans les fusées Soyouz et l'arrêt de ce programme touristique en 2009 n'ont permis qu'à sept multimillionnaires d'en profiter. Et depuis ? L'espace est redevenu l'apanage des pros, mais continue de faire rêver.
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Quitter la Terre, rejoindre l'espace, voler en impesanteur tout en observant la planète bleue, ses continents et ses océans. Une expérience qui en fascine plus d'un, mais vécue par quelques élus seulement. " Il y a le coup de pied aux fesses au décollage, se rappelle l'astronaute français Jean-François Clervoy, de l'Agence spatiale européenne, vétéran de trois missions spatiales avec la Nasa. Puis le ciel qui devient noir à 30-40 kilomètres d'altitude. Et, bien sûr, l'impesanteur : cette sensation de flotter, ou plutôt de ne plus sentir qu'on pèse quelque chose, d'oublier qu'on est un poids... Mais ce qui marque le plus sur le plan philosophique et spirituel, c'est la vue de la Terre. C'est spectaculaire. " Outre les professionnels, de richissimes passionnés ont aussi pu s'offrir, à partir de 2001, un voyage de quelques jours à bord de la Station spatiale internationale (ISS), moyennant 20 à 35 millions de dollars. Ce tarif, la disponibilité limitée des places dans les fusées Soyouz et l'arrêt de ce programme touristique en 2009 n'ont permis qu'à sept multimillionnaires d'en profiter. Et depuis ? L'espace est redevenu l'apanage des pros, mais continue de faire rêver. Des millionnaires seraient même prêts à tenter l'aventure contre 100 000 ou 250 000 dollars, selon de très sérieuses études menées par Tauri Group et Futron. " Il pourrait y avoir 45 000 passagers dans les années 2030, souligne Christophe Bonnal, ingénieur et senior expert à la direction des lanceurs du Centre national d'études spatiales (Cnes, en France). Si vous multipliez ça par 200 000, ça fait beaucoup d'argent. " Selon les prévisions, le secteur pourrait engendrer d'ici à quelques années des revenus allant de 600 millions à 1,6 milliard de dollars par an. Une petite dizaine de sociétés privées se sont donc lancées dans l'aventure, espérant pouvoir offrir une expérience la plus proche possible de celle des astronautes, contre un prix " raisonnable ". La piste la plus prometteuse est celle du vol suborbital, quand on atteint les 100 kilomètres d'altitude et la ligne de Karman, cette frontière invisible séparant la Terre et l'espace. " Ce genre de voyage offrirait presque toutes les sensations fortes que connaissent les astronautes, une poussée à plusieurs g (l'attraction gravitationnelle de la Terre), l'impesanteur pendant quatre ou cinq minutes. Et même si la vue est moins impressionnante que depuis l'ISS, qui orbite à environ 400 kilomètres d'altitude, la courbure de la Terre sera déjà visible ", estime Jean-François Clervoy. Sauf que le tourisme spatial et la science des fusées sont des défis techniques et commerciaux considérables. Presque toutes les entreprises pionnières ont jeté l'éponge. Seuls deux acteurs demeurent véritablement en lice : Blue Origin, fondée par Jeff Bezos, patron d'Amazon et homme le plus riche du monde, et Virgin Galactic, propriété de Richard Branson, le milliardaire à la tête de l'empire Virgin. Chacun, avec des stratégies très différentes, prétend pouvoir organiser les premiers vols habités d'ici à la fin de l'année. Richard Branson a pour lui de s'être associé dès 2004 à Burt Rutan. A l'époque, ce génial ingénieur vient de remporter l'Ansari X Prize. Ce prix doté de 10 millions de dollars récompensait le véhicule de trois places capable de se rendre à 100 kilomètres d'altitude à deux reprises. Pour le décrocher, Burt Rutan avait utilisé un avion porteur - le White Knight - emmenant un avion-fusée - le SpaceShipOne - à 15 kilomètres d'altitude. Celui-ci enclenchait alors ses moteurs et grimpait verticalement jusqu'à la ligne de Karman. Séduit par le concept, Branson lance Virgin Galactic, et les deux hommes conçoivent White Knight Two et SpaceShipTwo. Ce dernier doit emporter, à près de Mach 3,5 (4 300 km/h), six passagers et deux pilotes. Le but est d'offrir aux touristes trois à quatre minutes d'impesanteur, une vue imprenable sur la Terre et un retour en vol plané, le tout en trois heures et pour 250 000 dollars. Le premier prototype sort en 2008 et, chaque année qui suit, Branson annonce être " presque prêt ". Sauf que son programme a connu de sérieux revers. Un accident dans l'usine d'assemblage californienne fait trois morts en 2007. Et le crash du SpaceShipTwo coûte la vie à un pilote en 2014, freinant sérieusement les ambitions de l'excentrique Britannique. Virgin Galactic a, depuis, développé un nouveau modèle de SpaceShipTwo, le VSS Unity, qui a déjà réussi 11 " vols lâchés-planés ", démontrant sa capacité à se reposer sur Terre en toute sécurité. Mais il n'a jamais allumé ses moteurs, étape la plus critique. Richard Branson reste confiant, il estime pouvoir satelliser ses premiers clients " à la fin de 2018 ". Et il faut croire qu'il peut être convaincant, puisque 700 billets ont déjà été vendus, dont certains à de grandes stars, comme Harrison Ford, Leonardo DiCaprio ou la chanteuse Lady Gaga. Blue Origin, de son côté, n'a pas misé sur des avions, mais sur la New Shepard, une fusée réutilisable coiffée d'une capsule de six places. Après un décollage vertical, l'engin accélère à près de Mach 4 (environ 5 000 km/h) jusqu'à atteindre 40 kilomètres d'altitude. Là, la propulsion est coupée et, sous l'effet de l'inertie, la fusée monte à 100 kilomètres. La capsule se détache alors du lanceur et les touristes décrochent leurs ceintures. Ils peuvent alors profiter de l'impesanteur et du paysage pendant quatre minutes. Pendant ce temps, le lanceur retombe vers la Terre et rallume son moteur à 1,5 kilomètre d'altitude afin d'atterrir. La capsule, elle, redescend plus lentement grâce à trois parachutes et des rétrofusées qui s'allument juste avant de toucher le sol. En tout, le vol dure environ une dizaine de minutes.Jusqu'à présent, l'entreprise a réalisé un parcours sans faute. New Shepard a déjà effectué quatre vols et les pires pannes - moteur, expulsion de la cabine, parachutes déchirés - ont été simulées et résolues. La stratégie de communication est également différente. Loin des annonces fanfaronnes de Virgin Galactic, Blue Origin diffuse ses informations au compte-gouttes. " Rien de surprenant quand on connaît la paranoïa de Jeff Bezos ", glisse un spécialiste du secteur. Même le prix du billet n'a pas été annoncé. Qui sera le premier à propulser de riches touristes dans l'espace ? La réponse est quasi unanime. " Il est impossible que Virgin Galactic propose des vols habités d'ici à la fin de l'année. Branson y parviendra un jour, il le doit aux personnes qui ont acheté les billets, mais pas cette année ", tranche Jean-Luc Wibaux, fondateur de l'agence Un ticket pour l'espace. " En 2004, Branson annonçait qu'il serait en 2008 dans le prochain vol avec sa famille. C'était il y a dix ans. Depuis, il a appris que mettre au point un moteur de fusée, c'est compliqué ", renchérit Jean-François Clervoy. Pas sûr non plus que SpaceShipTwo soit capable de dépasser les 80 kilomètres d'altitude. Or, on ne peut se dire vraiment astronaute qu'à partir de 100 kilomètres... Jeff Bezos, lui, est plus crédible et pourrait proposer des vols habités d'ici à la fin de l'année. L'espace à portée des millionnaires est tout proche. Mais pourra-t-on un jour décoller depuis l'Europe ? Ce n'est pas demain la veille. La faute à Itar, la réglementation américaine qui interdit l'exportation de technologies spatiales hors des Etats-Unis. Et même si les exceptions existent, il faudrait, en plus, une autorisation européenne spécifique aux vols suborbitaux. " Il existe un groupe de travail européen qui tente de définir progressivement la réglementation sur le sujet ", confie Jean-François Clervoy. En France, les certifications de vols pourraient être délivrées par la DGAC, qui régule le domaine aérien, ou le Cnes, spécialiste du spatial. Dans les deux cas, il n'est pas sûr que les normes retenues autorisent les projets de Branson ou de Bezos. Mais si tous ces obstacles sont un jour franchis, l'idéal serait de décoller depuis une ligne côtière de la Méditerranée. Une question de sécurité, puisque les engins se retrouveraient rapidement au-dessus de l'eau, mais surtout un enjeu touristique, puisqu'il sera possible de distinguer les Alpes, des kilomètres de côtes, le reflet du soleil sur la mer et même une partie du Sahara. De quoi faire rêver encore un peu plus.