L'argument de la taille a longtemps été utilisé par la science pour justifier une infériorité de la femme par rapport à l'homme. À l'heure actuelle, ce genre de discours resurgit dans les milieux de l'ultra-droite par exemple où l'on prône parfois la non-mixité à l'école, car fille et garçon auraient une ''intelligence différente''.
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L'argument de la taille a longtemps été utilisé par la science pour justifier une infériorité de la femme par rapport à l'homme. À l'heure actuelle, ce genre de discours resurgit dans les milieux de l'ultra-droite par exemple où l'on prône parfois la non-mixité à l'école, car fille et garçon auraient une ''intelligence différente''.À la question, ''le cerveau d'un homme est-il différent de celui d'une femme ?'' La science répond oui. Néanmoins, ces différences sont faibles et ne doivent pas être exploitées par des politiques au discours discriminatoires. Alors oui, le cerveau de l'homme est 9 % plus gros que celui de la femme et lors de tests, les réponses seront différentes en fonction du sexe. Mais la réalité ne se réduit pas à ce constat.Les chiffres sont souvent sortis de leur contexte, explique le neuroscientifique Christophe Rodo, dans un podcast publié sur son site ''cerveau en argot". La différence entre le cerveau masculin et féminin est réelle, mais ce qui biaise les résultats, c'est que ces études se font sur un grand nombre de données et de sujets. "On ne compare jamais un seul homme avec une seule femme, mais toujours des groupes", explique le chercheur, ''les mesures obtenues ne sont donc que des moyennes. Dès lors, on devrait dire que les femmes ont en moyenne un cerveau plus petit que celui des hommes, tout comme elles ont, en moyenne, une taille plus petite que celle des hommes. Or, si la taille est inférieure, les organes le sont aussi. Les différences entre individus l'emporteraient donc sur les différences entre les sexes.La performance est-elle liée à la taille ?Même lorsque l'on rectifie les volumes, des différences demeurent entre le cerveau des femmes et des hommes au niveau physiologique et fonctionnel. Sur quoi portent ces différences concrètement ? L'aptitude communicationnelle, émotivité, l'orientation dans l'espace, la "bosse des mathématiques"... La liste est longue. Mais s'agit-il d'idées reçues ou de différences innées ? Par exemple, on entend souvent dire que les femmes sont plus performantes dans des compétences qui mobilisent la mémoire ou qu'elles peuvent effectuer plusieurs tâches simultanément, alors que les hommes performent davantage dans les domaines mathématiques et spatiaux. Ainsi, on compte par exemple 99 % de femmes assistantes maternelles contre 1 % d'hommes ou 95 % de chauffeurs hommes contre 5 % de femmes (chiffres INSEE).Des constats scientifiques devenus des mythesEn 1959, les chercheurs découvrent ce qui différencie fondamentalement l'homme de la femme : le chromosome Y. Chaque cellule de notre corps contient 46 chromosomes dont deux sont liés au sexe. Ce sont les fameux chromosomes X et Y. Les mâles possèdent les deux tandis que les femelles possèdent deux chromosomes X. Une fois le sexe différencié arrivent les différences hormonales avec les oestrogènes pour les femmes et la testostérone pour l'homme. Ces hormones pénètrent dans le cerveau et vont influencer la formation des circuits neuronaux. Puisque ces hormones sont différentes, les chercheurs vont conclure que le cerveau est sexué. Cependant, des études parues dans les années 90 ont démontré, à l'aide d'IRM, que les hommes utilisaient plutôt l'hémisphère gauche du cerveau, et les femmes davantage le droit. C'est aussi lors de cette décennie qu'une enquête statistique a démontré la supériorité des garçons sur les filles en termes de mathématiques, concluant que les femmes étaient défavorisées au niveau génétique.L'importance des stéréotypesMais depuis 2008, une trentaine d'études ont répété ces tests sur un échantillon de sujets plus nombreux. Les résultats ? Homme et femme ne sont pas déterminés génétiquement en termes de capacités cérébrales. Est-ce que le cerveau des filles aurait évolué ? Pas vraiment.Ce que démontrent les recherches récentes c'est que l'être humain est le produit d'une histoire culturelle et que les facteurs environnementaux ne sont pas négligeables. ''Si une société véhicule le stéréotype dont les femmes sont moins douées en mathématiques que les hommes, les femmes auront effectivement de moins bonnes performances'', explique Christophe Rodo.C'est en fait le niveau d'émancipation féminine qui déterminerait davantage le niveau de performances cognitives. C'est pourquoi, dans des pays comme la Suède ou la Norvège, où les différences en termes d'égalité sont moindres, les écarts de performance le sont aussi.L'origine des différences entre cerveau masculin et féminin est multiple : un apport génétique hormonal distinct d'un côté et une pression sociétale et environnement différents sur les deux sexes de l'autre. Toutefois, c'est le second facteur qui serait le plus déterminant.Félicia Mauro