En utilisant les données d'une série de pays, des chercheurs ont analysé la relation entre les croyances et valeurs des différents pays et leurs PIB. Ils ont constaté que l'absence de religion avait tendance à précéder la croissance économique au cours du 20e siècle. Une découverte qui répond partiellement à un débat de longue date sur l'impact de la sécularisation sur l'économie. Par le passé, les sociologues avaient fait valoir les deux côtés.
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En utilisant les données d'une série de pays, des chercheurs ont analysé la relation entre les croyances et valeurs des différents pays et leurs PIB. Ils ont constaté que l'absence de religion avait tendance à précéder la croissance économique au cours du 20e siècle. Une découverte qui répond partiellement à un débat de longue date sur l'impact de la sécularisation sur l'économie. Par le passé, les sociologues avaient fait valoir les deux côtés. Par ailleurs, un lien entre la religion et la richesse est connu depuis des décennies, les chercheurs ayant observé que les nations les plus pauvres avaient tendance à être très religieuses. Bien que la nouvelle étude ne démontre par un lien de causalité entre l'absence de croyance et le développement économique, elle suggère que la richesse n'est pas en soi la cause de la laïcisation de la société. "Nos résultats montrent que la sécularisation précède le développement économique, et non l'inverse", confirme Damian Ruck (Université de Bristol), auteur principal de l'étude. "Cependant, nous suspectons que la relation n'est pas directement causale. Nous avons remarqué que la laïcisation ne menait au développement économique que si elle s'accompagnait d'un plus grand respect des droits individuels."Cette étude, publiée dans la revue Science Advances et repérée par The Independent, analyse des données prises depuis 1990 provenant de l'European Values Survey et du World Values Survey. Elles posent un large panel de questions, allant des valeurs familiales aux opinions sur l'homosexualité. Pour élaborer les valeurs des personnes antérieures à 1990, ils ont demandé le point de vue des personnes nées au cours des décennies précédentes, convaincus que leur opinion serait plus ou moins représentative du moment de leur naissance. "Au cours du 20e siècle, les changements dans l'importance des pratiques religieuses semblent avoir prédit des changements dans le PIB à travers le monde", explique le Dr. Alex Bentley (Université du Tennessee), co-auteur de l'étude. "Cela ne signifie pas nécessairement que la laïcisation a causé le développement économique, puisque les deux changements pourrait avoir été causés par un troisième facteur, avec des délais différents. Nous pouvons néanmoins exclure la croissance économique comme cause de la sécularisation dans le passé", poursuit-il. Un autre facteur a d'ailleurs été observé. L'analyse statistique suggère que la tolérance à l'égard des droits individuels prédit encore mieux une future croissance économique. Cela sous-entend que la tolérance serait le moteur ultime de la réussite d'une société. Permettre aux femmes l'accès au divorce et à l'avortement ont, par exemple, mené à l'inclusion de plus de femmes dans la population active au fil des ans. Les chercheurs souhaitent cependant poursuivre leur analyse pour mieux comprendre comment le lien s'effectue. "Très souvent, la laïcisation s'accompagne d'une plus grande tolérance à l'homosexualité, à l'avortement, au divorce... Mais cela ne veut pas dire que les pays religieux ne peuvent pas devenir prospères. Les institutions religieuses doivent trouver leur propre façon de moderniser et de respecter le droit des individus", conclut Damian Ruck.