"Mon père, ma mère, mon frère, ma soeur, mes enfants sont tous des testeurs et ils sont tous morts en faisant leur boulot. C'est ce qui nous rend heureux, nous les lapins". Ralph se résigne à son destin parce qu'il n'a connu que la réalité du laboratoire.

En collaboration avec des cinéastes et stars de cinéma hollywoodien, l'association Humane Society International (HSI) a lancé une nouvelle campagne en créant un court-métrage d'animation. Le directeur Spencer Susser explique le choix du stop-motion. "Quand vous voyez l'horrible réalité de la façon dont les animaux sont traités, vous ne pouvez pas vous empêcher de détourner le regard. Ce que j'espérais faire avec ce film, c'était créer quelque chose qui transmet un message sans être trop lourd". En effet, de nombreuses photos circulent déjà sur le web représentant la cruauté envers les animaux. Pourtant, elles ont l'air de moins bien fonctionner que cette vidéo. Selon Adrien Heylen, professeur de création et recherche audiovisuelle à l'UNamur, cela s'explique par le pouvoir du cinéma : "le film permet de confronter nos émotions à une réalité tandis que les photos savent montrer celle-ci".

L'humour sarcastique de Ralph désarme : "au moins, je ne suis pas au chômage". Le lapin répète les justifications les plus fréquentes sur l'expérimentation animale. "Ce court-métrage utilise la démonstration par l'absurde : le personnage donne des arguments pour que le spectateur se construise lui-même des contre-arguments et s'oppose à ce qu'il est en train de se passer. On ne lui inculque pas ce à quoi il doit penser", éclaire M. Heylen.

Ralph est humanisé : il travaille comme un employé, il vit dans un appartement, il mange des céréales le matin. On a tous les codes de l'aliénation au travail comme les horaires prolongés ou le détachement de la nature. Pour le professeur Heysel, le fait que l'animal soit anthropomorphe permet de "supprimer la barrière qui nous sépare avec les autres espèces et d'entrer en empathie avec lui".

"C'est plus facile d'être touché quand il s'agit de nos animaux de compagnie", indique Ann De Greef, directrice de GAIA, association belge de défense des animaux. Avec sa dernière campagne, Gaia demande la fin des expériences sur les chats et les chiens. "Atteindre le monde politique reste toutefois difficile", reconnaît la directrice., GAIA
"C'est plus facile d'être touché quand il s'agit de nos animaux de compagnie", indique Ann De Greef, directrice de GAIA, association belge de défense des animaux. Avec sa dernière campagne, Gaia demande la fin des expériences sur les chats et les chiens. "Atteindre le monde politique reste toutefois difficile", reconnaît la directrice. © GAIA

Une méthode du passé ?

"Le film donne le point de vue du lapin afin de montrer ce qu'il traverse", indique le Pr Heylen. Une des pratiques atroces auxquelles Ralph se soumet illustre le test de Drazie. La procédure, encore utilisée dans certains pays, évalue l'irritation chimique des yeux et de la peau, sans soulagement de la douleur.

D'autres expériences consistent à appliquer du rouge à lèvres sur les muqueuses ou à faire avaler des médicaments aux animaux pour vérifier leur toxicité. Tout cela pour un mascara ou un shampooing. À la fin des tests, les animaux sont tués, normalement par asphyxie ou décapitation.

Depuis le 11 mars 2013, l'expérimentation des produits cosmétiques sur des animaux est interdite en Europe. La commercialisation des cosmétiques qui auraient fait l'objet d'expérimentations à l'étranger sur animaux est également illégale sur le territoire de l'UE. Le problème pour la conseillère scientifique de la HSI, Marina Pereira, c'est que "l'expérimentation animale est encore utilisée en Europe pour des produits chimiques, des drogues, du tabac, des pesticides et des médicaments".

"Il reste encore un travail important à réaliser", affirme la directrice de GAIA, Ann De Greef. Il faut savoir que la Belgique est dans le top 5 des pays membres de l'UE qui font des tests sur les animaux dans la catégorie de souffrance la plus grave. À ce jour, seule la Région wallonne interdit d'expérimenter sur des animaux des produits d'entretien grâce au Code wallon du Bien-être animal, entré en vigueur en 2019.

Des méthodes alternatives aux tests sur les animaux

"Il est facile de supposer que les entreprises sont le problème, mais la vérité est qu'elles sont une partie vitale de la solution", affirme Troy Seidle, vice-président de HSI. "Le test de Drazie a été développé dans les années 40. Dès lors, la science a fait énormément de progrès. Donc il n'y a plus d'excuses pour utiliser les animaux", soutient M. Pereira.

De nombreuses alternatives aux tests sur les animaux existent. Par exemple, on peut utiliser des organes artificiels développés à partir de cellules humaines. Ils simulent les activités, la mécanique et la réponse physiologique des humains. D'autres méthodes alternatives sont la culture de la peau provenant de la chirurgie, la reconstruction de muqueuses, les déchets d'abattoir ou bien encore l'intelligence artificielle. Ils procurent même des résultats plus fiables pour l'humain. "On dit souvent que les activistes sont antiscience, mais ce n'est pas vrai. Nous on souhaite une bonne science, basée sur de bonnes méthodes, qui ne fait pas de l'extrapolation des tests sur les animaux aux humains ", dit M. De Graaf. La complication, c'est que parfois un produit qui marche pour une espèce est toxique pour une autre. "Ce sont les humains et pas les lapins qui utilisent les cosmétiques", ajoute M. Pereira. Pour la directrice de GAIA, le problème c'est que "le budget destiné aux alternatives est moindre que celui pour les tests sur les animaux."

"Aujourd'hui ils existent plus de 2000 marques de beauté certifiées cruelty-free" fait savoir la scientifique M. Pereira. En outre, plusieurs applications et sites aident à reconnaître ces produits. "En arrêtant d'acheter des produits testés sur les animaux, on contribue à freiner ce système", conclut M. De Graaf.

Valentina Jaimes

"Mon père, ma mère, mon frère, ma soeur, mes enfants sont tous des testeurs et ils sont tous morts en faisant leur boulot. C'est ce qui nous rend heureux, nous les lapins". Ralph se résigne à son destin parce qu'il n'a connu que la réalité du laboratoire. En collaboration avec des cinéastes et stars de cinéma hollywoodien, l'association Humane Society International (HSI) a lancé une nouvelle campagne en créant un court-métrage d'animation. Le directeur Spencer Susser explique le choix du stop-motion. "Quand vous voyez l'horrible réalité de la façon dont les animaux sont traités, vous ne pouvez pas vous empêcher de détourner le regard. Ce que j'espérais faire avec ce film, c'était créer quelque chose qui transmet un message sans être trop lourd". En effet, de nombreuses photos circulent déjà sur le web représentant la cruauté envers les animaux. Pourtant, elles ont l'air de moins bien fonctionner que cette vidéo. Selon Adrien Heylen, professeur de création et recherche audiovisuelle à l'UNamur, cela s'explique par le pouvoir du cinéma : "le film permet de confronter nos émotions à une réalité tandis que les photos savent montrer celle-ci".L'humour sarcastique de Ralph désarme : "au moins, je ne suis pas au chômage". Le lapin répète les justifications les plus fréquentes sur l'expérimentation animale. "Ce court-métrage utilise la démonstration par l'absurde : le personnage donne des arguments pour que le spectateur se construise lui-même des contre-arguments et s'oppose à ce qu'il est en train de se passer. On ne lui inculque pas ce à quoi il doit penser", éclaire M. Heylen.Ralph est humanisé : il travaille comme un employé, il vit dans un appartement, il mange des céréales le matin. On a tous les codes de l'aliénation au travail comme les horaires prolongés ou le détachement de la nature. Pour le professeur Heysel, le fait que l'animal soit anthropomorphe permet de "supprimer la barrière qui nous sépare avec les autres espèces et d'entrer en empathie avec lui".Une méthode du passé ? "Le film donne le point de vue du lapin afin de montrer ce qu'il traverse", indique le Pr Heylen. Une des pratiques atroces auxquelles Ralph se soumet illustre le test de Drazie. La procédure, encore utilisée dans certains pays, évalue l'irritation chimique des yeux et de la peau, sans soulagement de la douleur.D'autres expériences consistent à appliquer du rouge à lèvres sur les muqueuses ou à faire avaler des médicaments aux animaux pour vérifier leur toxicité. Tout cela pour un mascara ou un shampooing. À la fin des tests, les animaux sont tués, normalement par asphyxie ou décapitation.Depuis le 11 mars 2013, l'expérimentation des produits cosmétiques sur des animaux est interdite en Europe. La commercialisation des cosmétiques qui auraient fait l'objet d'expérimentations à l'étranger sur animaux est également illégale sur le territoire de l'UE. Le problème pour la conseillère scientifique de la HSI, Marina Pereira, c'est que "l'expérimentation animale est encore utilisée en Europe pour des produits chimiques, des drogues, du tabac, des pesticides et des médicaments". "Il reste encore un travail important à réaliser", affirme la directrice de GAIA, Ann De Greef. Il faut savoir que la Belgique est dans le top 5 des pays membres de l'UE qui font des tests sur les animaux dans la catégorie de souffrance la plus grave. À ce jour, seule la Région wallonne interdit d'expérimenter sur des animaux des produits d'entretien grâce au Code wallon du Bien-être animal, entré en vigueur en 2019.Des méthodes alternatives aux tests sur les animaux"Il est facile de supposer que les entreprises sont le problème, mais la vérité est qu'elles sont une partie vitale de la solution", affirme Troy Seidle, vice-président de HSI. "Le test de Drazie a été développé dans les années 40. Dès lors, la science a fait énormément de progrès. Donc il n'y a plus d'excuses pour utiliser les animaux", soutient M. Pereira.De nombreuses alternatives aux tests sur les animaux existent. Par exemple, on peut utiliser des organes artificiels développés à partir de cellules humaines. Ils simulent les activités, la mécanique et la réponse physiologique des humains. D'autres méthodes alternatives sont la culture de la peau provenant de la chirurgie, la reconstruction de muqueuses, les déchets d'abattoir ou bien encore l'intelligence artificielle. Ils procurent même des résultats plus fiables pour l'humain. "On dit souvent que les activistes sont antiscience, mais ce n'est pas vrai. Nous on souhaite une bonne science, basée sur de bonnes méthodes, qui ne fait pas de l'extrapolation des tests sur les animaux aux humains ", dit M. De Graaf. La complication, c'est que parfois un produit qui marche pour une espèce est toxique pour une autre. "Ce sont les humains et pas les lapins qui utilisent les cosmétiques", ajoute M. Pereira. Pour la directrice de GAIA, le problème c'est que "le budget destiné aux alternatives est moindre que celui pour les tests sur les animaux.""Aujourd'hui ils existent plus de 2000 marques de beauté certifiées cruelty-free" fait savoir la scientifique M. Pereira. En outre, plusieurs applications et sites aident à reconnaître ces produits. "En arrêtant d'acheter des produits testés sur les animaux, on contribue à freiner ce système", conclut M. De Graaf.Valentina Jaimes