L'endroit d'où l'on vient et la langue que l'on parle influencent notre manière d'évoquer, de préciser, de dire des choses pourtant identiques. La BBC prend un exemple : selon votre langage, vous aurez plus de facilités à décrire la couleur ou la senteur du gazon.
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L'endroit d'où l'on vient et la langue que l'on parle influencent notre manière d'évoquer, de préciser, de dire des choses pourtant identiques. La BBC prend un exemple : selon votre langage, vous aurez plus de facilités à décrire la couleur ou la senteur du gazon. Les êtres humains sont souvent catégorisés comme des êtres visuels. Or, une étude récente menée au niveau mondial suggère que le fait de voir, sentir, goûter ou ressentir les choses varie fortement d'une culture à l'autre. Et cette différence se retrouve dans notre langue. La recherche s'est appuyée sur des tests menés sur une vingtaine de langues provenant des différents continents, autant dans des grandes métropoles que des villages indigènes plus isolés. Les participants ont dû décrire ce qu'on appelle des "stimulants sensoriels", comme une gorgée d'eau sucrée ou l'odeur d'une carte parfumée. Les résultats suggèrent que notre mode de vie, notre environnement et les éléments de notre quotidien peuvent tous influencer la manière dont nous percevons les choses, et à quel point il est nous est facile ou non de mettre des mots sur ces ressentis. "Nous pensons souvent que la langue nous donne des informations directes sur le monde", confirme Asifa Majid, professeure de langue et de cognition culturelle (Université de York), à la BBC. Cela influence la manière dont nous pensons la science moderne, et celle dont nous enseignons le monde. "Cela s'explique en partie par la quantité du cerveau qui est consacrée à la vision par opposition à l'odorat, par exemple. Mais un autre élément de crucial a été le langage. Les gens disent souvent qu'il y a beaucoup plus de mots pour parler des choses que nous voyons, et que nous luttons pour parler de celles que nous sentons", poursuit-elle.Certaines cultures sont beaucoup plus orientées vers l'odorat, l'ouïe ou le goût. Les recherches de Majid sur une communauté de chasseurs-cueilleurs en Malaisie, les Jahai, a permis d'identifier un vocabulaire pour qualifier les odeurs aussi varié et précis que le vocabulaire utilisé, par exemple, en anglais pour désigner les couleurs. Cela peut être dû à la vie et la chasse dans des forêts riches en odeurs. D'autres tribus sont en revanche plus précises pour désigner les variances de goût. Dans son expérience, Asifa Majid a notamment remarqué que les anglophones se trompaient dans la manière de qualifier un goût : "même si nous avons le vocabulaire, il semble y avoir une certaine confusion dans l'esprit des gens sur la façon d'adapter leur expérience gustative à la langue". En outre, les communautés linguistiques qui obtiennent des taux élevés pour la dégustation sont celles qui ont les cuisines les plus sophistiquées et qui cultivent des gammes de saveurs différentes. Des participants ont également eu des difficultés à répondre aux questions, car ils ne trouvaient pas de mots adéquats dans leur langue. Les facteurs culturels semblent donc jouer un rôle prédominant dans la manière dont les langages se sont développés et ont, ensuite, évolué et été utilisés. Ainsi, les communautés qui produisent de la poterie sont plus douées pour décrire les formes, et celles qui comprennent de nombreux musiciens spécialisés sont plus aptes à décrire des sons, même pour les non-musiciens. Si certains ont un terme très précis pour une sensation, une autre langue va la décrire différemment, car le concept, l'idée de cet élément n'est pas dans l'imaginaire collectif de cette culture, ou alors il est plus flou. En outre, de nombreux qualificatifs utilisés sont pour intraduisibles dans d'autres langues, car notre perception de l'élément, de la sensation n'est pas la même. Cette diversité sensorielle est également présente dans toutes les langues des signes étudiées. Cette recherche montre combien la diversité linguistique est précieuse et à quel point il est important de les préserver et de transmettre leurs richesses, même si les locuteurs natifs de cette langue sont sur le point de disparaitre.