Dans la course internationale au développement d'un vaccin contre le Covid-19, l'entreprise pharma Pfizer est en tête. Les premiers résultats - préliminaires - de son étude dite de phase III ont suscité espoir et soulagement dans le monde ce lundi. Le candidat vaccin (BNT162b2) que la société américaine développe en partenariat avec BioNTech, un laboratoire allemand, semble être efficace à 90 %, alors qu'avec la grippe, il n'est efficace qu'à 50 à 70 %.
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Dans la course internationale au développement d'un vaccin contre le Covid-19, l'entreprise pharma Pfizer est en tête. Les premiers résultats - préliminaires - de son étude dite de phase III ont suscité espoir et soulagement dans le monde ce lundi. Le candidat vaccin (BNT162b2) que la société américaine développe en partenariat avec BioNTech, un laboratoire allemand, semble être efficace à 90 %, alors qu'avec la grippe, il n'est efficace qu'à 50 à 70 %. Un résultat assez inattendu dans la communauté scientifique, qui ambitionne tout au plus un vaccin d'une efficacité de 60-70 % pour contrer les infections au Covid-19. "C'est vraiment un chiffre spectaculaire", admet Akiko Iwasaki, immunologiste à l'université de Yale, cité par le New York Times. "Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit aussi élevé. Je me préparais à quelque chose comme 55%", ajoute-t-il. Une efficacité aussi élevée présente un avantage important, souligne Pierre Van Damme dans Het Nieuwsblad: "Avec une efficacité de 90 %, l'immunité de groupe est renforcée relativement rapidement. De nombreuses personnes sont alors immunisées contre le virus, qui se répand beaucoup plus difficilement dans la population."Les études menées par Pfizer et BioNTech ont porté sur 43.538 volontaires, précise NPR. "Chaque participant a reçu deux injections espacées de vingt et un jours", ajoute la radio publique américaine. Une moitié de la cohorte a reçu un placebo. Les essais cliniques vont continuer jusqu'à ce que 164 personnes contractent le virus. "Aucun problème de sécurité inquiétant ou effet secondaire grave n'a été mis en évidence jusqu'à présent", affirme Pfizer. Des scientifiques tempèrent cependant cette euphorie, et font remarquer que les informations publiées par Pfizer sont prometteuses, mais encore incomplètes, et qu'elles n'avaient pas, à ce stade, été examinées par des pairs (peer reviewed) et publiées dans une revue médicale. "Nous devons rester un peu prudents", a déclaré Michael Head, chercheur principal en santé mondiale à l'Université de Southampton au Royaume-Uni, cité par le site Politico. Au-delà du gros effet d'annonce, pour certains scientifiques, il ne s'agit pas d'une preuve concluante que le vaccin est sûr et efficace, le résultat initial de plus de 90 % d'efficacité pourrait même changer à mesure que l'essai se poursuit.Dans un entretien dans l'émission de la VRT De Afspraak, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a réagi, lui aussi, avec prudence. "Vous ne m'entendrez pas dire que nous aurons déjà un vaccin au printemps. C'est un message positif, mais nous devons être réalistes. Il s'agit d'un communiqué de presse d'une entreprise, ce qui n'est pas la même chose qu'une recherche scientifique indépendante. De toute façon, nous traverserons un hiver très difficile, en termes d'hospitalisations et de contaminations", poursuit-il.Une autre donnée importante est de savoir combien de temps une personne sera protégée du virus avec une dose de ce vaccin. Les données limitées que Pfizer a publiées ne révèlent en effet que le comportement du vaccin sept jours après la deuxième des deux doses, commente le site Politico. Plus de recul est nécessaire à cet égard. "On ne peut pas exclure, par exemple, que les groupes vulnérables devront se faire vacciner contre un nouveau coronavirus tous les deux ou trois ans", note Pierre Van Damme dans Het Nieuwsblad. On ne sait pas non plus si le vaccin sera efficace pour les personnes âgées, dont le système immunitaire est généralement plus faible que celui des jeunes adultes et des enfants. Une étude préliminaire suggère que les personnes âgées réagissent au vaccin, mais pas aussi fortement que les jeunes ou les personnes d'âge moyen. L'essai de Pfizer examine également l'efficacité du vaccin chez les personnes de couleur, qui ont été hospitalisées et sont mortes à un taux disproportionné aux États-Unis.Interrogé dans La Libre, Éric Muraille, biologiste et immunologiste à l'ULB, explique: "Il faut prendre en considération qu'à ce jour, il n'y a jamais eu de vaccin à ARN qui ait obtenu une autorisation de mise sur le marché pour être utilisé chez l'humain. Nous n'avons donc aucun recul par rapport à cette technologie de vaccin chez l'humain. Ce qui rend particulièrement difficiles et hasardeux les pronostics à long terme." Le biologiste nuance : "Si les résultats préliminaires du vaccin sont effectivement encourageants, ils ne permettent cependant pas d'affirmer que Pfizer va obtenir une autorisation pour ce vaccin. Ceci dit, Pfizer ne se mouille pas. Ils annoncent leurs résultats préliminaires et laissent le public conclure qu'il y aura bientôt un vaccin. Mais tant que l'autorisation n'a pas été donnée, le vaccin de Pfizer reste un candidat vaccin et rien de plus."Pfizer reste pourtant confiant et annonce sa volonté de mettre son vaccin - qui coûtera une trentaine d'euros pour deux doses - sur le marché, le plus rapidement possible. La société pharma espère après avoir obtenu en urgence, d'ici la fin du mois de novembre, toutes les autorisations nécessaires des autorités sanitaires. La société avance que 50 millions de doses pourraient être produites encore cette année, assez pour vacciner 25 millions de personnes. Pour y parvenir, des vaccins sont déjà en production chez Pfizer à Puurs, près d'Anvers, avant même que la société n'obtienne toutes les autorisations, croit savoir Het Nieuwsblad. Pour la fin de 2021, le groupe pharmaceutique vise la production de 1,3 milliard de doses. Dans ce but, Pfizer continue de recueillir des données sur la sécurité de son vaccin afin de prouver à la Food and Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis qu'il est sûr et efficace. La FDA veut que les développeurs de vaccins suivent au moins la moitié des participants aux essais pendant deux mois après leur dernière dose de vaccin ou de placebo. Ils doivent observer les éventuels effets secondaires, qui peuvent se manifester de façon plus sevère au cours de cette période.L'annonce a réjoui et suscité espoir d'être débarrassé du virus à l'horizon 2021, il faudra toutefois encore attendre avant que le vaccin ne puisse être distribué au plus grand nombre de personnes. Compte tenu des stocks limités - Pfizer ne produit le vaccin que sur deux sites, à Kalamazoo, dans le Michigan, et à Puurs - les autorités ont prévenu que le grand public devrait atteindre l'an prochain avant d'avoir accès au vaccin, souligne le Wall Street Journal. Les premières doses seront réservées aux personnes les plus vulnérables et aux personnels de santé.Comme le fait remarquer Het Nieuwsblad, deux doses sont nécessaires pour une inoculation. 1,3 milliard de doses peuvent vacciner quelque 650 millions de personnes, alors qu'il y a plus de 7 milliards de personnes dans le monde. La population devra donc encore compter un petit temps sur les gestes barrière et le port du masque pour se protéger du Covid-19 pendant une bonne partie de l'année prochaine, au moins jusqu'à l'été, avancent les experts. Le vaccin développé par Pfizer pose aussi un important défi logistique. Il doit en effet être transporté et stocké à -70 degrés Celsius. Les pays qui l'achètent doivent fournir une infrastructure de réfrigération assez poussée. Par ailleurs, une dose de ce vaccin ne peut supporter une réfrigération normale que pendant 24 heures au maximum et la température ambiante pendant deux heures au maximum après la décongélation. "Ces vaccins sont très instables à température ambiante, on va donc devoir déployer des congélateurs qui vont suivre ces doses de vaccins", explique le virologue de la KULeuven Emmanuel André sur les ondes de RTL. "En termes logistiques, administrer ces vaccins à des millions, voire des milliards, ça va être compliqué." Emmanuel André se veut lui aussi prudent quant à l'effet d'un vaccin sur la circulation du virus. "Cela ne suffira pas pour rompre la transmission du virus dans la société ", nuance le virologue. "On va progressivement immuniser notre société avec ces vaccins, mais on ne va pas atteindre l'efficacité qu'il y a dans l'imaginaire collectif avant un an".Étant donné le nombre important de personnes à vacciner de par le monde, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) espère vivement que d'autres fabricants de vaccins atteindront leurs objectifs (lire aussi l'encadré ci-dessous). L'immunologiste américain Anthony Fauci a déclaré qu'il s'attendait à ce que le vaccin du géant pharmaceutique américain Moderna - aussi en phase III d'essais aux États-Unis et qui utilise également la technologie de l'ARNm - soit "tout aussi efficace". Il devrait obtenir des résultats dès le mois prochain. Pour autant, la vaccination ne pourrait se faire qu'à partir du printemps prochain. Frank Vandenbroucke pense, de son côté, que nous ne serons pas vaccinés au printemps prochain. Il a confié à la VRT: "Il faut des mois pour qu'un tel vaccin arrive sur le marché. C'est un processus très compliqué. Ce n'est pas seulement une pilule que vous recevez d'un pharmacien. Il existe des méthodes de stockage spécifiques, dont la production doit démarrer", ajoute le ministre de la Santé. La Belgique n'a pas encore signé avec la société pharmaceutique Pfizer, Frank Vandenbroucke déclare que ce vaccin fera l'objet d'une discussion avec les ministres compétents.