Depuis le début de la crise sanitaire, la question de l'immunité taraude les experts : combien de temps est-on immunisé après une infection au covid? Et après vaccination? Des rappels seront-ils nécessaires dans le futur?
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Depuis le début de la crise sanitaire, la question de l'immunité taraude les experts : combien de temps est-on immunisé après une infection au covid? Et après vaccination? Des rappels seront-ils nécessaires dans le futur?Plusieurs études réalisées en 2020 ont rapporté une diminution rapide du niveau d'anticorps au cours des premiers mois suivant l'infection - notamment chez les personnes asymptomatiques ou atteintes de formes bénignes de covid. Une constatation qui a fait craindre à une faible durée de vie de ceux-ci, et par conséquent, à une immunité de (trop) courte durée.Mais contrairement aux idées reçues, la chute du niveau d'anticorps ne signifie pas une baisse de l'immunité. C'est en tous cas ce que rapporte une nouvelle étude de l'école de médecine de l'Université de Washington, publiée dans Nature. "Les médias grand public ont interprété la diminution rapide des anticorps comme étant le signe que l'immunité n'est pas durable", explique Ali Ellebedy, professeur d'immunologie à l'origine de l'étude. "Mais il s'agit d'une mauvaise interprétation des données. Il est normal que les niveaux d'anticorps baissent après une infection, mais ils ne descendent pas à zéro ; ils plafonnent. "Pour leur étude, les chercheurs se sont intéressés aux cellules productrices d'anticorps : les lymphocytes B. Lors d'une infection virale, ces cellules immunitaires se multiplient et circulent rapidement dans le sang, entraînant des niveaux d'anticorps très élevés. Une fois l'infection "guérie", la plupart de ces cellules meurent et les taux d'anticorps présents dans le sang chutent. Néanmoins, une petite partie de ces cellules continue de vivre, afin de produire des anticorps sur le long terme. Il s'agirait d'une preuve solide d'une immunité durable.Mais comment ça marche exactement ? Cette "brigade" de cellules productrices d'anticorps, appelées plasmocytes, migre vers la moelle osseuse et s'y installe dans la durée. Ces plasmocytes vont alors sécréter continuellement de faibles niveaux d'anticorps dans la circulation sanguine en prévision d'une autre rencontre avec le virus. Pour déterminer le niveau de protection, c'est donc la moelle osseuse qu'il faudrait examiner.Dans un premier temps, l'équipe d'Ali Ellebedy a recruté 77 participants afin d'analyser des échantillons de sang, tous les trois mois, environ un mois après l'infection initiale. La plupart des participants avaient eu des cas bénins de covid ; seulement six avaient été hospitalisés. Pour compléter leur recherche, les scientifiques ont ensuite recueilli les échantillons de moelle osseuse de 18 autres patients, sept à huit mois après leur infection, et encore quatre mois plus tard pour cinq d'entre eux. À titre de comparaison, les scientifiques ont également obtenu de la moelle osseuse de 11 personnes qui n'avaient jamais été infectées.Les résultats de leurs recherches ? Comme prévu, les taux d'anticorps présents dans le sang des participants ont effectivement chuté au cours des premiers mois après l'infection, pour ensuite se stabiliser. Certains anticorps étaient détectables jusqu'à 11 mois après l'infection.En outre, en analysant la moelle osseuse, les chercheurs ont bien retrouvé des anticorps spécifiques au covid dans 15 des 18 échantillons prélevés. Là encore, de telles cellules pouvaient encore être trouvées quatre mois plus tard chez les cinq personnes qui sont revenues pour fournir un deuxième échantillon de moelle osseuse. Par contre, aucun des patients du groupe témoin (non infectés par le virus) ne possédait de tels anticorps dans leur moelle osseuse."Ces cellules ne se divisent pas. Elles sont au repos, demeurent dans la moelle osseuse et sécrètent continuellement des anticorps. Elles le font à partir du moment où l'infection a disparu, et elles continueront à le faire indéfiniment", a déclaré le professeur Ellebedy.Les asymptomatiques peuvent également conserver une immunité de longue durée, ont spéculé les chercheurs. Reste à déterminer si ceux qui ont subi une forme plus grave de la maladie seraient protégés contre une potentielle réinfection. Le chercheur et ses collègues doivent également vérifier si le vaccin induit lui aussi ces plasmocytes à longue durée de vie.