Les choses semblaient simples, en ce qui concerne l'obésité ou l'anorexie : qui mange trop grossira, et qui mange trop peu maigrira. C'est une vérité incontournable, qui a conduit à l'idée que le métabolisme de notre corps pourrait se décrire sous la forme de simples additions et soustractions. Et, donc, que nous ne devons pas manger plus (ni moins) que la quantité d'énergie que nous dépensons au fil de la journée. Pour perdre du poids, nous devrions donc manger moins ou augmenter notre dépense énergétique, par exemple en bougeant plus. Nous répercutions cette croyance dans ce magazine il n'y a pas longtemps encore. Pourtant, nous nous trompions probablement, et de nouvelles études expliquent clairement pourquoi.
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Les choses semblaient simples, en ce qui concerne l'obésité ou l'anorexie : qui mange trop grossira, et qui mange trop peu maigrira. C'est une vérité incontournable, qui a conduit à l'idée que le métabolisme de notre corps pourrait se décrire sous la forme de simples additions et soustractions. Et, donc, que nous ne devons pas manger plus (ni moins) que la quantité d'énergie que nous dépensons au fil de la journée. Pour perdre du poids, nous devrions donc manger moins ou augmenter notre dépense énergétique, par exemple en bougeant plus. Nous répercutions cette croyance dans ce magazine il n'y a pas longtemps encore. Pourtant, nous nous trompions probablement, et de nouvelles études expliquent clairement pourquoi.Aujourd'hui = hierUne des explications les plus communément avancées de l'épidémie actuelle d'obésité est que nous sommes trop sédentaires et que nous dépensons beaucoup moins d'énergie que nos grands-parents. Mais est-ce bien le cas ? Jusqu'il y a peu, nous manquions de données vraiment sûres pour confirmer cette théorie. Le chercheur américain Herman Pontzer a comblé cette lacune. Il s'est rendu en Tanzanie pour y mesurer la dépense énergétique chez les Hazda, un des rares peuples de chasseurs-cueilleurs existant encore au monde. Leurs habitudes de vie et d'alimentation sont probablement encore très proches de celles de nos aïeux. Herman Pontzer a donc comparé les résultats avec ceux d'Américains actuels et d'agriculteurs vivant dans les économies dites de survie au Nigeria, en Gambie et en Bolivie. Avec des résultats surprenants.La comparaison nous apprend que les chasseurs-cueilleurs Hazda, qui sont physiquement nettement plus actifs que les Américains moyens et leur mode de vie sédentaire, ne dépensent pourtant pas beaucoup plus d'énergie au fil de la journée. Le seul groupe qui en dépensait relativement plus était celui des fermiers qui devaient vivre de la récolte de leurs champs. Voilà qui va à l'encontre de ce que nous avons longtemps cru et que nous répétons encore. Car Herman Pontzer a utilisé des méthodes de mesure très fiables, ce qui plaide fortement pour la validité de ses résultats (1). Ainsi, par exemple, les chasseurs-cueilleurs emportaient chacun un GPS pour mesurer avec précision les distances qu'ils parcouraient. Le chercheur a également enregistré, au moyen de molécules marquées, quelle quantité d'énergie ils dépensaient sur la journée et il a également quantifié, par analyse de la respiration, leur dépense énergétique au repos et pendant la marche.Les Hazda disposent de réserves graisseuses beaucoup plus faibles que les Américains, mais leur volume n'est pas en rapport avec leur dépense énergétique quotidienne ni avec la quantité d'activité physique. Le fait qu'ils étaient peu ou très actifs ne semble donc avoir aucune influence sur l'ampleur de leurs réserves graisseuses. Encore une notion qui contredit ce que nous avons longtemps imaginé, mais le constat n'est pas en porte-à-faux par rapport à ce qui s'observe chez l'Occidental de base, pour lequel il n'est pas non plus possible de mettre en rapport direct l'activité physique développée et le niveau des réserves de graisses.Herman Pontzer est arrivé à la conclusion que les grandes différences d'habitudes de vie, comme le fait de bouger beaucoup ou peu, n'exercent finalement qu'un effet minime sur la quantité d'énergie dépensée en moyenne sur une journée. En résumé, être beaucoup ou très peu assis n'a pas beaucoup d'impact sur la dépense énergétique totale, et donc sur le poids corporel.À l'économieHerman Pontzer a été également très surpris par ces observations qui donnent à réfléchir, puisque l'activité physique réclame de l'énergie, et chaque effort entraîne une consommation de sucres ou de graisses. Pour comprendre par quel mécanisme ce supplément de dépense énergétique n'augmente pas la dépense énergétique totale sur la journée, il a lancé une nouvelle étude (2) incluant 5 groupes différents de personnes habitant au Ghana, en Afrique du Sud, aux Seychelles, en Jamaïque et aux États-Unis, toujours en utilisant des méthodes de recherche très fiables.Cette fois, l'activité physique n'a montré qu'une petite augmentation de la dépense énergétique totale par jour - aux environs de 200 kilocalories. Un supplément important d'activité physique n'entraînait donc pas d'augmentation significative au bilan de la journée. Chez l'homme moyen, il semble donc exister une sorte de plafond pour la dépense énergétique quotidienne (nous parlons ici de personnes "normales" et pas de grands sportifs, entraînés à l'extrême, par exemple pour des marathons, des triathlons, des courses cyclistes, ou d'autres activités physiques de longue durée au cours desquelles ils brûlent des milliers de kilocalories supplémentaires).La seule explication possible qu'entrevoient Herman Pontzer et son équipe est que le corps s'impose un fonctionnement sur le mode de l'économie pour d'autres activités. Lesquelles exactement ? Impossible de le dire car cela ne faisait pas partie de l'étude, mais Herman Pontzer a bien quelques idées à ce sujet. On peut ainsi observer que les personnes qui ont effectué un effort important ont tendance à bouger moins pendant le reste de la journée. Cela peut se remarquer parfois à des détails en apparence, comme le fait de rester assis plus longtemps, de bouger moins les jambes, d'aller se coucher un peu plus tôt ou dormir un peu plus longtemps. Et tout cela peut contribuer à faire des économies d'énergie pour le corps, qui met vraisemblablement aussi d'autres activités en veilleuse, comme l'entretien quotidien de l'ensemble des tissus qui composent notre corps ou une diminution de la fertilité, qui s'observe clairement non seulement chez les animaux mais également chez les femmes pendant les périodes d'activité physique intense.Un combat difficileQuid donc de la lutte contre le surpoids ? "Si vous vous y mettez vraiment, vous augmenterez votre dépense énergétique, du moins à court terme, concède Herman Pontzer. Cependant, notre corps est une machine dynamique et complexe, le résultat de millions d'années de combat pour la survie. Cela a initié des mécanismes qui permettent de maîtriser notre dépense énergétique totale et d'éviter de voir nos réserves s'envoler trop rapidement. Si vous souhaitez maigrir, vous devrez faire attention à votre alimentation, par exemple en ne mangeant pas plus qu'il ne faut. Un surplus d'activité physique ne suffira pas. Il n'existe d'ailleurs aucune solution simple au problème de l'obésité. Perdre du poids, c'est possible, les preuves n'en manquent pas, mais cela reste un combat difficile."Jan Etienne