Comment percevons-nous aujourd'hui l'amour et les relations amoureuses ? L'image que nous nous en faisons est-elle correcte ? Selon la thérapeute de couple Rika Ponnet, la réponse est non. Elle regrette l'image négative que l'on peut avoir de la relation amoureuse résultant du fait que nous placions la barre trop haut, nous en attendions trop.
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Comment percevons-nous aujourd'hui l'amour et les relations amoureuses ? L'image que nous nous en faisons est-elle correcte ? Selon la thérapeute de couple Rika Ponnet, la réponse est non. Elle regrette l'image négative que l'on peut avoir de la relation amoureuse résultant du fait que nous placions la barre trop haut, nous en attendions trop. Les personnes en quête d'un partenaire sont souvent mises en garde : elles devraient garder la tête sur les épaules, ne pas laisser libre cours à leur coeur. " Je suis révoltée contre ce discours rationnel, qui a pour but avant tout de se protéger. Cette manière de voir l'amour est triste, alors qu'il peut s'avérer si beau et si épanouissant. Visons le plus haut possible et laissons nos émotions et nos aspirations les plus profondes nous guider. " Cette approche rationnelle de l'amour explique aussi la popularité de l'émission Mariés au Premier Regard. " Ce genre d'émission nourrit la conviction qu'il existe pour tout un chacun une personne qui lui convient, sur base d'une formule ou d'un algorithme scientifique. " Une logique qui dirigerait également les speed dating : " Les candidats se rencontrent avec à l'esprit une série de critères et de souhaits auxquels doit correspondre un partenaire potentiel en matière d'âge, d'apparence physique, de diplômes, de boulot, de hobbys, de goûts musicaux, d'habitudes alimentaires... 'Si la personne rencontrée ne répond pas à tel ou tel critère, je ne m'y risque pas', entend-on parfois. Mais comment être réceptif à l'amour si l'on ne choisit qu'avec sa tête ? Car les relations de couple se fondent sur une logique non pas rationnelle, mais émotionnelle. " Selon la spécialiste, cette vision biaisée n'empoisonne pas uniquement la quête d'un partenaire, mais aussi le moment où une relation s'enlise : " Focaliser sur les différences alimente la conviction que l'autre ne nous convient pas, ce qui ne fait que creuser le fossé. Imaginez que dans un couple, il aime les city-trips, alors qu'elle penche pour des vacances sportives dans la nature... Peuvent-ils en conclure qu'ils sont trop différents et que c'est la raison pour laquelle leur relation bat de l'aile ? En réalité, le noeud du problème réside au plus profond de nos désirs et dans nos besoins d'attachement inassouvis. Depuis notre plus tendre enfance, nous cherchons tous à nous lier, à nous attacher à quelqu'un. Les conflits entre partenaires trouvent leur origine dans le fait que ces besoins ne sont pas rencontrés. " La peur est mauvaise conseillère, y compris et peut-être surtout en amour. Nous sommes envahis de crainte aujourd'hui : de ne pas suffire, d'être blessé et rejeté, de rater. Ces peurs nous incitent à faire des choix rationnels pour nous donner l'impression de maîtriser les événements de notre vie. " Je plaide justement pour que chacun regarde ses peurs en face, cherche d'où elles viennent, examine ce qu'il en fait et en quoi elles le paralysent. Si vous avez peur d'entamer une relation, demandez-vous ce qui peut vous arriver de pire. Que l'autre vous rejette et vous abandonne un jour ? D'accord, une rupture fait des dégâts. Mais vous devez aussi faire confiance à votre capacité d'assumer des problèmes ou des événements douloureux. Nous sommes tous compétents en amour. J'insiste vraiment là-dessus. " Si tout le monde est doué pour les relations amoureuses, comment se fait-il que tant de couples ont actuellement l'impression de patauger ? " Il est important d'accepter que chacun suive sa propre route. Aucun scénario n'est écrit. La manière dont nous aimons, dont nous cherchons à établir le lien et nous ouvrons à l'amour dépend de notre histoire émotionnelle. L'amour prend dès lors beaucoup de formes différentes, qui ne sont malheureusement pas toutes socialement acceptées. Ainsi, j'ai eu une cliente qui entretenait depuis dix ans une relation amoureuse avec un homme marié. Elle savait qu'il ne quitterait jamais sa femme pour vivre avec elle, ce qui ne manquait pas de faire réagir son entourage. Mais elle a pris conscience que ce mode de vie lui convenait. Cet homme était l'amour de sa vie, mais une relation au quotidien n'était pour elle pas envisageable. Elle a donc pris le parti de s'accommoder du manque d'une présence permanente. Les conseils et mises en garde de son entourage traduisaient avant tout leurs propres peurs et représentations. " Il n'a encore jamais existé autant de formes différentes de couple qu'aujourd'hui, et jamais les histoires d'amour n'ont été aussi compliquées. Pourtant, les histoires qui s'écartent du parcours traditionnel " amoureux-fiancé-marié jusqu'à ce que la mort nous sépare " sont encore jugées selon des normes moralisatrices, selon Rika Ponnet. " Nous faisons souvent le procès des relations amoureuses et des ruptures en termes de coupable et de victime : elle est infidèle, il est séducteur... La situation est généralement plus nuancée. Je ne dis pas que les gens ne doivent pas prendre leurs responsabilités ou ne doivent pas réfléchir à l'impact de leurs actes sur leur partenaire. Mais n'envisager certains comportements ou séparations que d'un point de vue coupable-victime n'est pas adapté. " Celui ou celle qui décide de rompre la relation le fait car son désir d'attachement n'est plus comblé, souligne Rika Ponnet : " Sur base de ma longue expérience en tant que médiatrice, je peux dire que les gens ne se séparent généralement que lorsqu'ils ont tout essayé et qu'ils se sentent profondément malheureux. Cela peut être libérateur de se dire, après une séparation, qu'il ne s'agit pas d'un échec personnel mais l'expression d'un désir d'amour. Et que même si la décision a été difficile, elle se justifiait. Si vous avez décidé de mettre un terme à une histoire qui ne vous rendait plus heureux, vous ne devez pas ignorer la peine de votre partenaire, mais pas non plus vous sentir coupable le reste de votre vie. " Mais revenons à l'amour romantique, que Rika Ponnet voit comme notre ultime aiguillon : " L'amour romantique part d'un lâcher prise inconditionnel et non de la peur. Écoutez vos aspirations les plus profondes, faites preuve de réceptivité, acceptez d'être touché par l'autre et expérimentez ce que l'autre éveille intuitivement en vous. Ce n'est que si vous osez plonger que vous pourrez vivre pleinement l'amour et la vie. " Attention, l'amour que Rika Ponnet défend si vivement n'a rien à voir avec les love stories hollywoodiennes ! Ces relations romantiques synonymes de bonheur constituent l'un des grands malentendus de l'amour, selon elle. " Dans cette vision de l'amour, les deux protagonistes se regardent dans les yeux... et le soleil brille pour le reste de leur vie. Or, dans la vraie vie, l'amour entraîne aussi peine et souffrance, perte et impuissance. Il s'agit là des deux revers d'une même médaille. Entrer en connexion avec un partenaire reste notre besoin le plus profond : aimer et être aimé. Mais si nous voulons vivre l'amour, il faut accepter le revers de la médaille - la souffrance - qui est inévitablement lié. Nous avons tous la capacité d'y faire face. "