Comme chaque année, le dernier week-end d'octobre a marqué le passage à l'heure d'hiver. Et cela sans doute pour l'une des dernières fois, puisque l'Europe a bien l'intention de supprimer définitivement ces changements. Les États membres devraient se mettre d'accord sur le choix de l'heure d'hiver ou d'été avant le 1er avril 2020. Au printemps 2021, nous repasserons ensuite pour la dernière fois à l'heure d'été soit pour y rester, soit pour reculer définitivement nos montres d'une heure au mois d'octobre suivant.
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Comme chaque année, le dernier week-end d'octobre a marqué le passage à l'heure d'hiver. Et cela sans doute pour l'une des dernières fois, puisque l'Europe a bien l'intention de supprimer définitivement ces changements. Les États membres devraient se mettre d'accord sur le choix de l'heure d'hiver ou d'été avant le 1er avril 2020. Au printemps 2021, nous repasserons ensuite pour la dernière fois à l'heure d'été soit pour y rester, soit pour reculer définitivement nos montres d'une heure au mois d'octobre suivant. Marijke Gordijn ne cache pas sa préférence pour cette seconde possibilité. Experte en chronobiologie, professeure invitée à l'université de Groningue et fondatrice de Chrono@Work, une entreprise qui applique sa connaissance des rythmes saisonniers et circadiens aux problématiques sociétales, elle est de longue date l'une des sommités du débat sur le changement d'heure. " Je suis enchantée par la disparition de ces changements continuels : c'est ce que je recommande depuis des années, car ce système a un impact bien plus grand qu'on ne le pense habituellement. Par contre, je suis assez inquiète que des voix s'élèvent en faveur d'un passage définitif à l'heure d'été. " L'heure à laquelle nous nous levons ou nous couchons reste largement régulée par notre horloge biologique et par le cycle naturel de la lumière et de l'obscurité. " La lumière du matin, en particulier, est très importante, souligne Marijke Gordijn. L'horloge biologique de la plupart des gens tourne un peu en décalage du déroulement des journées. L'exposition à la lumière matinale permet de la stimuler, tandis que la lumière du soir a au contraire pour effet de la ralentir davantage ! On comprend évidemment pourquoi vivre en permanence à l'heure d'été est donc une très mauvaise idée, puisque le soleil se lève et se couche plus tard. " Les conséquences d'un maintien de l'heure d'été seraient particulièrement marquées en hiver. " Sous nos latitudes, le soleil se lèverait après 8h30 pendant pas moins de quatre mois. Tout l'hiver, c'est donc dans le noir que se dérouleraient les embouteillages du matin et que nombre d'enfants devraient se rendre à l'école à vélo. On imagine aisément les dangers. " Si l'heure d'hiver est en réalité plus proche de notre rythme naturel, pourquoi tant de gens ont-ils spontanément une préférence pour l'heure d'été ? La spécialiste l'explique par sa connotation positive et par le tableau si séduisant des longues soirées à la belle saison. " Alors qu'en réalité, le nombre d'heures de lumière reste évidemment inchangé : nous décalons simplement notre rythme par rapport au cycle du jour et de la nuit. " Si l'Europe se décide pour l'heure d'été, le manque de lumière matinale risque aussi d'affecter notre santé, avertit Marijke Gordijn. Elle s'attend surtout à voir flamber le nombre de dépressions hivernales, contre lesquelles la lumière du matin semble jusqu'ici le meilleur remède... mais ce n'est pas tout. " Si l'horloge sociale, convenue, s'écarte de notre horloge biologique, on note un impact négatif sur la qualité du sommeil. Résultat, nous sommes fatigués et irritables, notre concentration, notre créativité et notre flexibilité diminuent. À plus long terme, un manque de sommeil chronique peut déboucher sur des problèmes de santé tels que des maladies cardiovasculaires ou des troubles métaboliques. " Un passage définitif à l'heure d'été risquerait tout particulièrement de causer des problèmes aux individus de type " lève-tard, couche-tard ", poursuit Marijke Gordijn. " Plus encore que les autres, ces personnes ont vraiment besoin de la lumière du matin pour corriger cette propension. Dans un système d'heure d'été permanente, elles en seraient privées tout au long de l'hiver. Du coup, elles auront encore plus de mal à s'endormir le soir et à se réveiller le matin ! Des mesures ont d'ailleurs révélé que ces individus souffrent déjà plus que les autres du changement d'heure : la plupart en ressentent encore les effets après quatre semaines. " La chronobiologie a actuellement le vent en poupe et, grâce à elle, nous comprenons de mieux en mieux l'impact de tout ce qui touche au temps et aux rythmes. En 2017, le Prix Nobel de médecine a même été décerné aux scientifiques qui ont découvert comment fonctionne précisément notre horloge biologique. " Celle-ci n'est pas qu'une vue de l'esprit : c'est une zone du cerveau bien réelle, le noyau suprachiasmatique, dont les quelque 20.000 cellules induisent des rythmes d'environ 24 heures, explique Marijke Gordijn. On a aussi découvert qu'elle va un peu plus vite chez les lève-tôt que chez les couche-tard - une tendance qui est donc littéralement gravée dans nos cellules, même si notre rythme naturel peut être modulé par la lumière. " Pour bien dormir et être en pleine forme tout au long de la journée, l'idéal serait de vivre autant que possible à l'heure solaire, celle où le soleil est à son apogée à midi, souligne encore la spécialiste. " Même en restant de façon permanente à l'heure d'hiver, nous serions encore en retard d'une heure sur ce scénario idéal. La Belgique se situe en effet tout à fait à l'ouest de la zone horaire de l'Europe centrale, qui est celle de notre heure d'hiver actuelle. Il serait même plus logique et plus sain de passer à l'heure britannique, puisque c'est la zone la plus proche de nous d'un point de vue géographique ! Mais la question qui se pose actuellement est uniquement celle de l'heure d'hiver ou d'été... et on ne peut qu'espérer que nos politiciens feront le bon choix ! "