Dans une interview publiée fin mai par le groupe Vox Media, Bill Gates, l'ex-PDG de Microsoft, est sans équivoque : " Un virus peut faire 770 000 morts dans le monde en cent jours et près de 33 millions en 250 jours en cas de scénario défavorable. " Il ne parle évidemment pas de virus informatique ! Depuis la propagation du virus de la grippe H1N1 et l'épidémie d'Ebola, certaines maladies infectieuses sont devenues plus dangereuses pour l'humanité qu'une guerre nucléaire, une éruption volcanique ou un astéroïde. Sans traitements efficaces, elles conti...

Dans une interview publiée fin mai par le groupe Vox Media, Bill Gates, l'ex-PDG de Microsoft, est sans équivoque : " Un virus peut faire 770 000 morts dans le monde en cent jours et près de 33 millions en 250 jours en cas de scénario défavorable. " Il ne parle évidemment pas de virus informatique ! Depuis la propagation du virus de la grippe H1N1 et l'épidémie d'Ebola, certaines maladies infectieuses sont devenues plus dangereuses pour l'humanité qu'une guerre nucléaire, une éruption volcanique ou un astéroïde. Sans traitements efficaces, elles continuent d'afficher un taux de mortalité de 50 à 90 %. C'est donc assez naturellement que les chercheurs explorent de nouvelles pistes, en caressant le rêve de moins en moins fou de programmer un jour le vivant. Ainsi, de grands laboratoires investissent dans la biologie de synthèse, une discipline qui doit non seulement permettre à l'homme d'écrire des séquences partielles ou entières d'ADN - et ainsi, de créer artificiellement la vie -, mais surtout de construire autour du gène une série de compilateurs, de langages de haut niveau, pour se concentrer sur sa fonction. Bill Gates, lui-même, finance un programme colossal de modélisation des maladies. Mais c'est à un autre géant de l'informatique, IBM, que l'on doit une des plus belles percées de l'année. Au terme de douze ans de travail avec l'institut de bioingénierie et de nanotechnologies de Singapour, les équipes d'IBM Research ont annoncé avoir modélisé une macromolécule capable d'éradiquer tous les virus existants. Pour fabriquer ce " tueur " parfait, les chercheurs ne se sont pas attaqués au coeur même du virus (son ARN ou ADN), mais plutôt à sa surface. Comment ? En ciblant les glycoprotéines, ces molécules constituées par la liaison entre une protéine (ensemble d'acides aminés) et un glucide (sucre). Ce sont elles qui s'arriment aux cellules saines et permettent au virus de les contaminer. Mais elles ont un défaut : quelle que soit la nature du virus, ses " harpons " ne subissent jamais de mutations. Pour l'heure, la molécule d'IBM a montré son efficacité in vitro, réduisant à néant les capacités d'attaque et de réplication des virus de la grippe, du chikungunya, de l'herpès et même d'Ebola. Si ces tests s'avèrent efficaces en dehors des laboratoires, la supermolécule pourrait être utilisée en prévention et insérée dans des lingettes, des savons ou des sprays dès 2018. " Si vous avez un certain nombre de patients d'Ebola dans un hôpital et que vous voulez contrôler l'infection, vous pourriez vaporiser la salle avec des macromolécules en suspension dans l'eau. Elles devraient se lier au virus et empêcher de nouvelles infections ", affirme, à Forbes, James Hedrick, l'un des chercheurs d'IBM ayant travaillé sur le projet. Par Dorian Peck.