Un Belge sur sept souffre régulièrement de migraine. Rien qu'en Flandre et à Bruxelles, cette maladie est à l'origine d'un million de jours de congé maladie, selon le neurologue Jan Versijpt de l'UZ Brussel. Pourtant la migraine est encore fortement stigmatisée. En cas de mal de tête, il est difficile d'établir un diagnostic précis. Le médecin doit en effet souvent se baser sur ce que raconte le patient. Le mal ne peut être visualisé. C'est pourquoi de nombreux employeurs n'acceptent que difficilement un mal de tête comme motif d'absence. Pourtant les migraines perturbent profondément le cerveau même si elles laissent indemne le reste du corps. C'est comme un train qui tourne dans la tête, toujours sur un même rail, et qui va les faire vaciller.
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Un Belge sur sept souffre régulièrement de migraine. Rien qu'en Flandre et à Bruxelles, cette maladie est à l'origine d'un million de jours de congé maladie, selon le neurologue Jan Versijpt de l'UZ Brussel. Pourtant la migraine est encore fortement stigmatisée. En cas de mal de tête, il est difficile d'établir un diagnostic précis. Le médecin doit en effet souvent se baser sur ce que raconte le patient. Le mal ne peut être visualisé. C'est pourquoi de nombreux employeurs n'acceptent que difficilement un mal de tête comme motif d'absence. Pourtant les migraines perturbent profondément le cerveau même si elles laissent indemne le reste du corps. C'est comme un train qui tourne dans la tête, toujours sur un même rail, et qui va les faire vaciller. Les personnes qui souffrent d'attaques migraineuses sont incapables de fonctionner normalement. La douleur qui cogne dans leur tête les rend folles. Elles ne supportent plus la lumière et aucun son. Elles sont souvent prises de vomissement. Certains se donneraient des gifles pour être débarrassés de la douleur. Surtout en cas de migraines chroniques qui fait qu'elles vivent plus souvent avec des migraines que sans. Il n'existe pas de traitement contre cette maladie. Ce n'est souvent qu'après une longue période de tests et d'essais que le patient arrive à trouver une combinaison de traitement qui arrive à en diminuer les symptômes ou tout du moins à les espacer. "La migraine est incurable" confirme Versijpt. "Par contre c'est l'une des rares maladies à disparaître avec la vieillesse. Le pic étant chez les trentenaires." Avant, cette maladie était considérée comme une pathologie qui ne touchait que les femmes hystériques. "Cela ne fait que quelques dizaines d'années que cette maladie est prise au sérieux. Nous savons aujourd'hui qu'il s'agit d'un problème organique avec des origines biologiques. Mais le retard pris dans son étude ne peut être rattrapé en deux ou trois coups de cuillère à pot." Un problème d'équilibreLe neurologue Koen Paemeleire de l'UZ Gent, l'un des plus grands experts du mal de tête en Flandre, dit que ce retard pris dans la recherche est surtout dû au fait que la migraine n'est pas vraiment une pathologie grave et encore moins une maladie mortelle. C'est pour cette raison aussi qu'elle n'a souvent pas été diagnostiquée par les médecins et les chercheurs. " C'est une perturbation du cerveau, mais on n'en voit rien sur les scanners. Or ce que l'on ne voit pas n'existe pas pour beaucoup. L'évolution de l'imagerie médicale a cependant permis de voir enfin qu'il y avait bien quelque chose. Le cerveau est composé de centaines de milliards de cellules nerveuses et encore autant de cellules de support. Tout cela forme un réseau qui doit être en équilibre pour fonctionner. On s'est rendu compte qu'une perte de cet équilibre entraînait des migraines. Paemeleire y voit même un lien avec l'évolution. "On pourrait dire que les migraines découlent du fait que notre cerveau est devenu trop gros. Il est en charge de trop de fonctions. Il ne représente que 2% de notre masse corporelle et consomme pourtant jusqu'à 20% de notre énergie. On peut comparer cet organe à une Ferrari qui a un gros moteur, mais qui n'a qu'un petit réservoir. Les migraines sont peut-être un signe qu'il faut ralentir la cadence pour permettre au réservoir de se remplir à nouveau. Les migraines sont souvent liées à un apport défectueux d'énergie. Sauter un repas, ne pas assez dormir, boire trop de café ou trop d'alcool. Chez un patient sur quatre, c'est le stress. Ce sont des facteurs qui viennent perturber l'équilibre du cerveau. "Pour 50% des migraineux, c'est un facteur génétique qui rentre en compte, pour les autres ce sont des facteurs extérieurs. Cela dépend souvent d'une combinaison de plusieurs choses et cela varie d'une personne à une autre. Un tiers des patients aperçoivent des auras lumineuses, des étoiles ou encore des éclairs dans les coins de leur vision. Chez les enfants - qui malgré le fait que leur cerveau ne soit pas encore arrivé à maturité en ont aussi -, cela peut prendre des formes encore plus étranges. Comme s'ils étaient plongés dans Alice aux pays des merveilles. La migraine touche aussi toutes les classes sociales, mais semble plus présente dans les couches sociales inférieures pour sa forme chronique. Cela aurait à voir avec un plus grand stress, mais aussi parce que ces personnes seraient plus susceptibles de souffrir d'obésité et de dépression. De façon plus surprenante, les femmes sont trois fois plus touchées que les hommes. " Et on ne sait toujours pas à quoi c'est dû. On soupçonne que c'est lié aux hormones puisque beaucoup de filles commencent à souffrir de migraines lors de leurs premières règles."Le mal de tête est la conséquence de ce qui se passe dans les méninges et dans les vaisseaux sanguins qui circulent dans et autour du cerveau. C'est souvent un signal d'alarme qui signale que quelque chose ne va pas. La douleur se diffuse dans toutes les zones du cerveau. Ce qui fait que la douleur ressentie va être beaucoup plus importante chez les personnes anxieuses. Le lien entre le signal du cerveau et la douleur va être réalisé par un nerf spécifique : le trigeminus. Un autre messager de la douleur est le peptide relié au gène calcitonine ou encore le CGRP. Il permettrait d'élargir les vaisseaux sanguins autour du cerveau. Il a été découvert il y a un quart de siècle et a été trouvé dans du sang qui provenait d'un cerveau en proie à une migraine. Une réelle avancée pour Paemeleire. "Jusqu'à présent les patients étaient traités avec des médicaments qui sont développés pour d'autres maladies. Parfois on ne savait même pas pourquoi certains traitements fonctionnaient. On espère qu'avec des traitements contre le CGRP ce sera différent. Mais même là ce sera pour prévenir les attaques migraineuses, pas pour guérir. Très très cher Versijpt précise que pour l'instant les traitements contre les CGRP sont faits à base d'anticorps monoclonal. Un traitement connu pour être très onéreux. "Je pense qu'il est important que dès aujourd'hui nous réfléchissions à un éventuel remboursement de ces traitements. Cette maladie touche une large partie de la population et cela pourrait signifier d'importants coûts pour la sécurité sociale. De quoi représenter un vrai dilemme pour les autorités.