L'image édulcorée que les jeunes amoureux ont l'un de l'autre cède la place, au bout d'un certain temps, à une image plus réaliste. Une évolution bénéfique pour la relation, de l'avis général. Car cette image réelle des forces et des fragilités de chacun serait déterminante pour une relation épanouie et durable.

C'est pourtant ce que dément une étude de la psychologue américaine Sandra Murray. La clé du succès réside, selon elle, dans la capacité à conserver un a priori favorable envers l'autre. Dans les relations amoureuses réussies et durables, elle a constaté à chaque fois que les partenaires regardaient les qualités de l'autre de manière plus positive qu'il ne le faisait lui-même. Autrement dit, si vous avez une bonne relation avec votre partenaire, c'est que vous entretenez votre illusion positive.

Illusion positive

Le tout serait donc de conserver cette illusion positive autant que possible. Cela ne veut pas dire qu'il faut à tout prix garder des lunettes roses. Il n'est pas interdit, à certains moments, de trouver son partenaire exaspérant. " Mais il est possible de tempérer cette exaspération lorsqu'on se rend compte que ce qui agace, ce sont justement ces choses que l'on trouvait fantastiques à d'autres moments. Et notamment ces 'talents' qui, un jour, nous ont séduits ", explique le pédagogue Luk Dewulf. Il réalise actuellement une étude auprès de couples, partant de sa longue expérience de coach en développement de talents.

" Permettez-moi d'abord de définir le 'talent' comme un don unique, une disposition naturelle. Le talent se voit dans chaque activité que nous pouvons réaliser sans effort et qui nous donne satisfaction. Quand nous faisons ce en quoi nous sommes bons, nous ne voyons pas passer le temps ; nous rechargeons alors nos batteries. Chacun de nous possède une combinaison unique de talents. Et il n'est pas rare que l'on choisisse un partenaire sur base de ses talents : ils complètent si bien les nôtres que nous les surestimons. Ce qui contribue à l'illusion positive à l'égard de votre partenaire. Mais ces mêmes talents peuvent dans certaines circonstances nous exaspérer à un tel point que notre partenaire tombe de son piédestal. Et la chute sera d'autant plus rude que le piédestal était élevé ! L'illusion positive se transforme alors d'un coup en illusion négative, et le prince ou la princesse... en crapaud. Cela peut être angoissant mais ne signifie pas nécessairement la fin de la relation. "

Il n'est pas rare que l'on choisisse un partenaire sur base de ses talents : ils complètent si bien les nôtres que nous les surestimons.

Petite abeille

" Prenez par exemple le talent que l'on pourrait qualifier de 'petite abeille' à savoir celui des femmes qui s'affairent du matin au soir. À la fin de la journée, elles veulent avoir le sentiment d'avoir réalisé quelque chose, sans quoi elles éprouvent un sentiment de frustration. Se détendre constitue pour elles un choix conscient : 'Maintenant, je vais lire un livre ou regarder un film'. Mais sur le chemin qui les mène au fauteuil, elles vont encore rapidement ranger ce qui traîne, démarrer le lave-vaisselle ou la machine à laver, pour ne pas perdre une minute. Les personnes qui possèdent ce talent sont souvent attirées par des jouisseurs du moment, capables, sans problème, de profiter du moment présent. Ils savent aussi rester calmes et réfléchir dans des situations chaotiques. Les jouisseurs du moment ont la faculté d'apaiser les petites abeilles, tandis que celles-ci arrivent à activer les jouisseurs du moment. Ils vivent donc généralement une vie commune harmonieuse. "

Jusqu'à ce qu'ils soient confrontés à des circonstances génératrices de stress. La petite abeille, qui voit s'allonger la liste des choses à faire, se transforme en un hamster qui fait tourner sa roue à toute vitesse, n'est plus capable de faire des choix et ignore les signaux corporels l'avertissant qu'il est temps de se poser. " C'est alors que le jouisseur du moment, allergique à toute cette agitation, lui demande d'arrêter. La petite abeille continue son manège, tandis que le jouisseur du moment, en réaction, se réfugie dans la passivité. Avant de tenter une nouvelle fois de calmer la petite abeille : 'Assieds-toi quand même 5 minutes' et de se faire rabrouer aussi sec : 'Si tu te bougeais, je ne serais pas obligée de tout faire toute seule'. "

La dispute qui s'ensuit est humainement naturelle, souligne le spécialiste. " Mais revenir au calme et faire preuve de compréhension mutuelle ne marchera que s'il l'on perçoit que l'autre n'est pas de mauvaise volonté mais qu'il a simplement exagéré ou surinvesti un talent que dans des circonstances normales, moins stressantes, on apprécie et trouve justement très complémentaire. "

Ne veut pas ou ne peut pas ?

La dispute n'est pas toujours inévitable. Une bonne perception des talents mutuels et de la manière dont ils interfèrent peut faire la différence. Un exemple : " Lorsque des personnes dotées du talent 'détecteur d'humeur' entrent quelque part, elles sentent rapidement qu'il y a eu conflit. Elles voient aussi à la mimique d'une personne qu'une remarque l'a blessée, par exemple. Bref, elles sentent beaucoup mieux les choses que les 'penseurs perpétuels'. Ces derniers ont besoin de plus de temps pour rassembler les pièces du puzzle mais le font par ailleurs très consciencieusement. Pas étonnant donc que les détecteurs d'humeur et les penseurs perpétuels, grâce à ces talents qui se complètent si bien, forment généralement un couple harmonieux. Il y a une situation déstabilisante typique de ces couples : lorsque le penseur perpétuel rentre du travail, le détecteur d'humeur remarque immédiatement que quelque chose le tracasse. 'Qu'as-tu', lui demande ce dernier. 'Rien, rien', réagit le penseur perpétuel. Cette réponse ne satisfait pas le détecteur d'humeur : 'Pourquoi ne veux-tu pas me dire ce qui ne va pas ?' Et en un rien de temps, les esprits s'échauffent. Alors que pour le penseur perpétuel, il n'est peut-être pas question de ne pas vouloir mais de ne pas encore pouvoir raconter. "

Si le détecteur d'humeur comprend ce que cela représente d'être penseur perpétuel, il pourra simplement lui accorder plus de temps. Et vice versa. Ainsi, un penseur perpétuel qui comprend bien le talent de son partenaire pourra le rassurer et lui expliquer qu'il sera à même de lui confier ce qui ne va pas dès qu'il y verra plus clair lui-même.

Au travail

Sur la plateforme www.mytalentbuilder.com, vous trouverez un test en ligne (en français, néerlandais et anglais, avec un code disponible dans un ouvrage publié en anglais et néerlandais) vous permettant d'identifier le top 15 de vos talents, par ordre d'importance. À l'origine, Luk Dewulf, Peter Beschuyt et Els Pronk ont développé le cadre de référence de 39 talents pour aider à découvrir ses talents dans un milieu professionnel ou pédagogique et les exploiter au mieux. Mais aussi pour obtenir, grâce au test des leviers correspondant, une indication de la mesure dans laquelle quelqu'un maitrise ses talents ou court le risque de les exagérer. Cet outil est largement utilisé depuis une dizaine d'années dans le monde (inter)national des entreprises, des soins et de l'enseignement. Mais on peut aussi en retirer quelque chose dans le couple. " Quand on connait bien ses talents et ceux de son partenaire, et surtout qu'on perçoit bien le 'revers' de ces talents, on peut, lors de difficultés, ajuster sa relation de manière plus constructive, conclut Luk Dewulf. On glisse moins facilement dans une spirale d'actions et de réactions négatives qui ne font que renforcer l'illusion négative et risquent de faire éclater le couple. "