Les masques sont essentiels dans la lutte contre le covid-19. Ils ralentissent la propagation du SRAS-CoV-2 et assurent une évolution plus douce de la maladie. Ceci étant dit, nous ne pouvons ignorer que tous les types de masques ne constituent pas une barrière suffisamment efficace. Mais à quel point cela est-il problématique ?
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Les masques sont essentiels dans la lutte contre le covid-19. Ils ralentissent la propagation du SRAS-CoV-2 et assurent une évolution plus douce de la maladie. Ceci étant dit, nous ne pouvons ignorer que tous les types de masques ne constituent pas une barrière suffisamment efficace. Mais à quel point cela est-il problématique ?Les masques chirurgicaux sont une protection efficace contre les infections virales. Les plus efficaces d'entre eux sont sans aucun doute les masques de protection respiratoire dits FFP : il en existe plusieurs types : FFP1 (filtration de 80 % des aérosols), FFP2 (filtration de 94 % des aérosols) et FFP3 (filtration de 99 % des aérosols)). Ceux-ci protègent bien celui qui les porte contre les virus, mais doivent rester réservés aux interventions chirurgicales présentant un risque de propagation d'agents pathogènes, comme l'intubation.On ne peut en dire autant de ceux en tissu, qu'ils soient faits à la main ou non. S'il est désormais évident pour tout le monde qu'un foulard ou un bandana, comme initialement proposé par le gouvernement, ne peut être considéré comme un masque, il n'est pas dit que les masques buccaux en coton que nous avons fabriqués ou achetés nous-mêmes en masse nous protègent tellement mieux. Même leur fonction de protection envers les autres, est discutable.Un masque en tissu devrait avoir 12 à 16 couches pour être aussi efficace qu'un masque chirurgical, selon une méta-analyse complète publiée dans The Lancet. La plupart des masques en tissu ne sont constitués que de deux à quatre couches et ne contiennent pas de filtres supplémentaires puisque pour beaucoup de gens cela donne une impression de suffocation.L'Organisation mondiale de la santé (OMS) reste également vague sur l'utilité du port d'un masque en tissu, mais souligne que ces derniers ne peuvent être considérés comme des équipements de protection individuelle. Elle déconseille même explicitement aux travailleurs de la santé, aux groupes à risque et aux personnes de plus de 65 ans leur utilisation."Un masque en tissu ne sert à rien", déclare Marc Boone, dermatologue et docteur en sciences médicales à l'hôpital Erasme de Bruxelles. En raison de son intérêt pour les allergies, il a développé au fil des ans une expertise dans le domaine des masques. Il milite pour qu'on arrête de porter des masques non chirurgicaux."Le virus qui cause le covid-19 est d'environ 0,1 micron, un dix millième de millimètre", explique Boone. Imaginez : un cheveu a une épaisseur de 50 microns. Le virus est donc 500 fois plus fin qu'un cheveu. Il est contenu dans des porteurs qui se manifestent sous forme de gouttelettes de salive ou d'aérosols de moins de cinq microns d'épaisseur. Les masques artisanaux munis d'un filtre peuvent, au mieux, arrêter des particules allant jusqu'à 2,5 microns. On peut comparer les mailles entre les fibres de coton à des portes de cathédrale qu'on aurait ouvertes aux souris. Le plus important est que l'espace dans lequel vous entrez ne soit pas contaminé. Or pour éviter cela, il faut un masque avec une porosité de maximum 6 microns, car c'est la taille des gouttelettes qui sortent de notre bouche".Boone s'est rendu compte cet été à quel point les masques en tissu étaient un problème. Un nombre relativement important de patients sont venus le voir pour des allergies causées par le pollen. Or ils portaient des masques en tissu. Ces derniers laissaient visiblement passer le pollen en masse alors que ce dernier est 250 fois plus gros qu'un virus.Boone s'inquiète aussi du fait que certaines personnes considèrent leur masque en tissu comme un accessoire de mode. Ces masques n'ont pas de filtres et ne suivent pas le visage, ce qui crée une fente de ventilation entre la peau et la partie supérieure du masque. Les gens se plaignent que leurs lunettes s'embuent lorsqu'ils portent un masque. C'est la conséquence logique d'un masque qui ne s'adapte pas correctement. Celui qui porte quelque chose comme ça ferait mieux de ne rien mettre du tout.Que les choses soient claires, l'homme ne plaide pas pour qu'on arrête de porter des masques, mais bien pour qu'on arrête de porter ceux en tissus et qu'on encourage les gens à porter des masques chirurgicaux."J'ai été agréablement surpris lorsque des études ont montré que des masques chirurgicaux avec une capacité de filtrage de 1 micron sont relativement étanches et retiennent bien les petites particules virales dans une pièce infectée. Si vous voulez un résultat équivalent avec un masque en tissus, il devrait avoir 12 couches et contenir de préférence un filtre, idéalement un filtre HEPA. De tels masques ne sont pas adaptés à une utilisation sur le long terme: essayez de respirer avec ça sur le nez".Un des arguments contre les masques chirurgicaux est que, au fil du temps, c'est un sacré budget et qu'ils sont particulièrement mauvais pour la nature. Ils sont fabriqués en polypropylène, une matière plastique qui a besoin de 450 ans pour être décomposée par la nature. De nombreux masques de ce type finissent effectivement dans les rues et dans les océans. "Le climat et l'environnement sont très importants pour moi", déclare Boone. "Je souffre personnellement de graves problèmes pulmonaires dus à la pollution de l'air. Mais nous ne pouvons perdre de vue notre but à atteindre pour le moment. Le covid ne peut vraiment pas être comparé à la grippe. Au service de virologie de l'hôpital Erasmus, j'ai vu trois patients souffrir d'une perte aiguë de mémoire à court terme en un mois. Ce virus détruit beaucoup de choses sur son passage".Malgré les allégations de Boone, on ne peut pas dire que le port de masques même imparfaits à grande échelle soit complètement absurde. Selon les recherches, "l'utilisation généralisée de masque non résistant au covid pourrait tout de même ralentir la propagation du coronavirus. Le masque en coton doit effectivement être amélioré, mais les masques que nous portons déjà pourraient potentiellement changer le cours de cette pandémie, surtout si nous les portons presque tous".Aux États-Unis, il semble qu'après l'introduction des masques à différents moments dans différents États, le taux de croissance quotidien ait diminué de 1 % après cinq jours et de 2 % après 21 jours. L'Institut de mesure et d'évaluation de la santé de Seattle a récemment prédit que 770 000 vies pourraient être sauvées dans le monde d'ici la fin de 2020 si davantage de personnes portaient des masques en combinaison avec le respect des distances de sécurité. C'est pourquoi la communauté médicale se prononce en faveur de l'obligation générale de porter un masque. L'Italie, la Pologne et certaines parties de l'Espagne exigent même que le masque soit porté en plein air et la British Medical Association conseille au gouvernement britannique de faire de même.En Belgique, le port du masque buccal n'est obligatoire qu'à l'intérieur de lieux publics où se rassemblent de nombreuses personnes, dans les transports publics, chez le coiffeur et le médecin. Boone ne plaide pas seulement pour le port de masques chirurgicaux, il est également le défenseur d'une obligation générale du port d'un masque, même chez les enfants, car ils sont tout aussi contagieux que les adultes, estime-t-il. Il est de la responsabilité de chacun d'éradiquer le corona des lieux partagés. Si nous devons attendre le bon vouloir de la population, on peut encore attendre longtemps. Le port obligatoire d'un masque chirurgical avec une capacité de filtrage de 1 micron est le seul moyen d'éliminer le comportement imprévisible de la population. Sans cette obligation, tous ceux qui portent un masque par solidarité pour leurs semblables sont en danger. En combinaison avec les autres mesures d'hygiène, cela peut éviter un nouveau confinement que nous ne pouvons vraiment plus nous permettre. Au lieu d'une restriction complète de la liberté, nous pouvons choisir de réduire notre liberté en nous obligeant à porter un masque. Mais un masque efficace et pas un fait de bouts de tissu".Le gouvernement peut encore corriger les erreurs commises au début de la pandémie. Au départ, les virologistes affirmaient que les masques ne servaient à rien. J'ai failli tomber à la renverse quand le virologiste Steven Van Gucht est venu me dire qu'il ne portait pas de masque pour aller au supermarché. Ou lorsque Koen Geens a pensé qu'un bandana ou une écharpe pouvait remplacer un masque buccal ! Malheureusement, tout cela est resté dans les esprits et a fait que le port du masque obligatoire n'a obtenu que peu de soutien.