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La fin du coronavirus est-elle prévisible ? Comment et pourquoi une épidémie s'arrête-t-elle ? Y a-t-il des règles, des mécanismes ? Questions à un million d'euros, à laquelle Donald Trump a répondu avec la roguerie qui le caractérise : " D'ici à avril, ou au cours du mois d'avril, en théorie, quand il commence à faire plus chaud , le virus disparaîtra comme par miracle. " Certes, sa remarque n'est pas idiote, mais aucun expert ne s'avance à prédire la fin de la flambée épidémique. Cet exercice a d'ailleurs le don de les énerver. " Nous ne savons pas, déclare d'emblée Michel Van Herp, médecin épidémiologiste chez Médecins sans frontières. Les virus ne se ressemblent pas. Le Covid-19 est un coronavirus inédit. Alors, prévoir... " L'évolution de l'épidémie s'avère d'autant plus difficile à prédire que, jusqu'en décembre, l'agent infectieux était inconnu des scientifiques, des médecins... mais aussi de nos organismes. " Comme ils n'ont pas encore combattu le virus, ils n'ont pas développé de défenses immunitaires, souligne le docteur Steven Van Gucht, virologue chez Sciensano, présidant le comité scientifique pour le coronavirus. Le Covid-19 ne rencontre dès lors aucune contrainte et sa transmission est très facile. " Par conséquent, impossible d'assurer qu'il répondra totalement aux modèles déjà connus, notamment à ceux liant les variations de température et la progression des épidémies. La grippe saisonnière, par exemple, suit un modèle de survenue hivernale. Depuis longtemps, les virologues ont établi que les virus respiratoires, comme ceux de la grippe (les influenzae) ou les coronavirus, sont sensibles aux saisons et se multiplient davantage en hiver. Le temps froid et sec les rend plus forts en renforçant la coque qui les entoure, quand l'ensoleillement et les rayons ultraviolets de l'été ont tendance à les fragiliser. C'est le cas dans les zones tempérées. Mais c'est loin d'être une loi absolue. Parmi les virus particulièrement adaptés à l'homme, les scientifiques observent pour certains une circulation saisonnière, pour d'autres une circulation toute l'année avec des flambées épidémiques. Ils sont d'ailleurs présents partout sur la planète, qu'importe le climat. La recherche ne comprend pas encore pourquoi un virus grippal est saisonnier dans une région, alors qu'il ne l'est pas dans une autre. " Les températures jouent probablement un rôle, mais celui-ci reste à déterminer parmi un ensemble d'autres facteurs ", poursuit le virologue. On sait que les températures froides amènent les individus à rester à l'intérieur, dans des espaces clos moins souvent aérés. On sait également qu'un faible taux d'humidité limite les virus. Toute la difficulté réside dans l'incapacité à différencier ces divers paramètres qui, de plus, ne s'excluent pas. A l'inverse, un virus émergent, c'est-à-dire un agent pathogène inconnu chez l'homme, surgit à n'importe quelle saison. Aussi personne n'attendait en 2009 une pandémie de grippe A (H1N1) dont les premiers cas sont apparus fin mars, début avril aux Etats-Unis, en Californie, et au Mexique. Soit durant une période où la grippe saisonnière ne circule pas. Alors, comment Covid-19 va-t-il réagir ? Quel est l'impact des variations de température sur lui ? On manque évidemment de données. Les premières recherches, comparant des régions chinoises aux climats différents, indiquent que la température et l'humidité ont peu d'impact sur la transmissibilité du virus. De même, le rôle du changement de saison, avec la fin de la période hivernale, a été étudié par une équipe de Harvard University. Selon elle, l'augmentation de la température et de l'humidité ne devrait pas entraîner à elle seule de baisse des infections sans la mise en oeuvre de mesures de santé publique à grande échelle. Pour mieux comprendre le Covid-19, les scientifiques disposent de deux indicateurs utiles. L'agent pathogène est le septième né de la famille des coronaviridae, à laquelle appartiennent deux autres redoutables rejetons, tels le syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers). Le premier, surtout, puisque leur homologie est forte : ils sont identiques à plus de 80 %. L'épidémie de Sras a débuté, en Chine, en novembre 2002 et s'est prolongée jusqu'en juillet 2003, puis de septembre à mai 2004, c'est-à-dire de l'automne à l'été. Ce qui suggère une saisonnalité, mais sans certitude, les mesures d'isolement et les préventions sanitaires ayant évidemment pesé. Quant au coronavirus du Mers toujours pas jugulé, il se transmet toute l'année dans les pays du Golfe, où les températures sont élevées. Dans son bilan le plus récent, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique qu'il a infecté 2 500 personnes et tué 858 d'entre elles entre 2012 et 2019. Ici, en tout cas, rien ne signe une saisonnalité. C'est même l'exception qui confirme la règle, ruinant l'idée selon laquelle un temps chaud " tue " les virus. En Iran, au Qatar, aux Emirats arabes unis ou au Nigeria, on constate que le Covid-19 circule, se moquant visiblement des températures. Tout comme à Singapour, au climat tropical et chaud toute l'année, et à Hong Kong, territoire où la température reste stable. " Cela démontre que la transmission peut se faire dans un pays où il ne fait pas froid ", pointe le virologue Steven Van Gucht. L'élévation de la température n'est donc pas l'arme absolue pour freiner l'épidémie. " Le basculement hémisphérique sera, pour nous, un indice permettant de lever une partie du voile ", souligne encore le docteur Michel Van Herp. Chaque année, en effet, les virus grippaux surviennent entre octobre et mars dans l'hémisphère Nord, entre avril et septembre dans l'hémisphère Sud, pendant l'hiver austral. En d'autres termes, les virus déménagent. Sera-ce le cas cette fois ? " Si non, cela voudra dire qu'il n'existe pas de relais dans un environnement tropical de l'hémisphère Sud. " Si oui, Covid-19 pourrait réapparaître l'hiver prochain, se transformant en virus saisonnier. Ou encore devenir endémique et ne pas disparaître sans vaccin. Tout est possible, même le scénario que personne n'a encore imaginé.