L'humain est considéré comme un être créatif ce qui, selon certains, est une manifestation de notre intelligence. La créativité semble traduire la curiosité ou une envie de changer nos habitudes en parfaite connaissance de cause. Quand on est face à plusieurs options, nous ne nous dirigeons pas toujours vers l'option la plus sûre ni vers celle que nous connaissons. Cette décision est souvent interprétée comme une forme de curiosité, elle-même considérée comme une étape vers la créativité. Mais que se passe-t-il réellement dans notre cerveau?

Selon les chercheurs français, la créativité ne serait pas de la curiosité, mais une erreur décisionnelle. Ils expliquent que l'interprétation de la créativité repose sur l'hypothèse selon laquelle nous évaluons nos options sans jamais faire d'erreur, mais qu'elle résulterait en fait d'un problème se trouvant dans la région du cerveau impliquée dans la prise de décision.

Les premiers travaux publiés dans la revue Neuron en 2016 affirment que nos capacités à évaluer les options et les réviser sont surestimées. "L'un d'entre nous avait montré que notre capacité à faire le bon choix sur la base d'indices partiels est limitée par des erreurs de raisonnement au moment de combiner ces indices, et non par des hésitations au moment du choix. Nous nous sommes donc demandé si ces erreurs de raisonnement pouvaient être responsables d'une partie des choix considérés comme relevant de la curiosité par les théories actuelles", explique Valentin Wyart.

De nouveaux travaux publiés par la suite dans Nature Neuroscience confirment leur hypothèse. Les chercheurs ont étudié le comportement d'une centaine de personnes dans un jeu de machine à sous. Il était demandé aux participants de choisir entre deux symboles, tous deux associés à des récompenses incertaines. Tout au long du jeu, les scientifiques ont analysé les participants à l'aide d'un modèle théorique tenant compte des erreurs d'évaluation des symboles. Les résultats ont prouvé que la moitié des choix, normalement considérés comme relevant de la curiosité, sont en fait des erreurs d'évaluation de la part du cerveau. "Ce résultat est important, car il implique que de nombreux choix vers l'inconnu le sont à notre insu, sans que nous en ayons conscience", explique Valentin Wyart, directeur de l'équipe de recherche. "Nos participants ont l'impression de choisir le meilleur symbole et non pas le plus incertain, mais ils le font sur la base de mauvaises informations résultant d'erreurs de raisonnement."

Pour comprendre ces erreurs de raisonnement, les chercheurs ont enregistré l'activité cérébrale de plusieurs participants grâce à un système d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle dans le but d'étudier le fonctionnement de leur cerveau. Ils ont découvert que l'activité du cortex linéaire antérieur (région impliquée dans la prise de décision) se modifiait en fonction des erreurs d'évaluation des participants. Plus l'activité du cortex était élevée au moment du choix des options, plus les erreurs l'étaient.

Selon Vasilisa Skvortsova, chercheuse co première signataire de l'article, notre cerveau utiliserait ses propres erreurs pour produire des choix vers l'inconnu. Il s'agirait donc d'un processus utilisé pour ne plus reproduire les mêmes schémas, mais qui ne s'appuierait donc pas du tout sur la curiosité. "C'est une vision radicalement différente des théories actuelles qui considèrent ces erreurs comme négligeables", insiste Valentin Wyart, qui revendique l'importance de la prise en compte de ces erreurs, constitutives de la créativité.

Auteure: Margaux Glamocic