On pourrait croire que c'est comique et plutôt pratique pour économiser de l'argent lors des sorties du samedi soir, mais les personnes atteintes de cette maladie ne sont pas du même avis.

"Pendant plus d'un an, je me suis réveillé toutes les nuits pour aller vomir"

En 2011, Nick Hess, un Américain d'une trentaine d'années, remarque que quelque chose ne tourne pas rond. Après avoir eu des douleurs abdominales, le jeune homme voit son comportement changer: troubles de la concentration, difficultés à articuler et surtout, son haleine sentait l'alcool. Dans la même année, l'homme a un accident de voiture et doit se soumettre à un test d'alcoolémie, quelle fut la surprise de Nick en voyant que le test était positif alors qu'il n'avait pas bu une goutte d'alcool. Le trentenaire a donc cherché des réponses, mais les médecins ne le prennent pas au sérieux et le soupçonnent de boire en cachette. "Pendant plus d'un an, je me suis réveillé toutes les nuits pour aller vomir", se souvient-il. "L'effet pouvait durer des jours entiers, mais parfois ça m'arrivait d'un coup: paf, et j'étais bourré!", explique-t-il.

Alors qu'ils étaient sur le point d'abandonner les recherches, la femme de Nick découvre le syndrome d'auto-brasserie en lisant un article dans l'International Journal of Clinical and Experimental Medicine. Le médecin a donc analysé les selles de son mari et a trouvé cinq fois plus de levures dans l'intestin du jeune homme que dans celui des autres. "Il avait 5 fois plus de levures qu'un sujet normal", précise le médecin à la BBC. "C'est la plus grande quantité que j'ai jamais observée chez un individu, dans toute ma carrière".

Une auto-fermentation

Les levures retrouvées dans son intestin sont les mêmes micro-organismes que ceux employés pour le brassage de la bière. Quand les personnes atteintes du syndrome d'auto-brasserie mangent de l'amidon (contenu par exemple dans le pain, les pâtes, les pommes de terre et le riz), les levures fermentent et produisent des molécules d'éthanol (alcool) puis sont ensuite transportées dans le sang, ce qui augmente le taux d'alcoolémie et les rend ivres sans boire une goutte d'alcool.

Nick n'est pas le seul à avoir dû se justifier après un accident de voiture. Au Japon, un homme s'est fait arrêter au volant en état d'ivresse et a dû expliquer la maladie dont il souffrait aux agents de police.

La levure est normalement éliminée par le foie et les voies digestives, mais si la flore intestinale est trop endommagée, comme après la prise d'antibiotiques, les bactéries meurent et laissent place aux levures, qui ont le champ libre pour se multiplier. Il est cependant difficile de déterminer la cause de cette maladie rare, car peu de cas ont été détectés. Depuis l'histoire de Nick Hess, 50 personnes ont déclaré souffrir du syndrome d'auto-brasserie.

Un régime sans amidon

Il existerait un traitement pour guérir ou en tout cas atténuer cette maladie. Éliminer le trop-plein de levures grâce à des médicaments fongicides et adapter son alimentation réduiraient les symptômes d'ivresse. En réalisant un régime à base de viande, de légumes, de noix et de graines, Nick a guéri en moins d'un mois. Il explique qu'il a toujours une ou deux crises par mois, mais rien d'insurmontable comparé à quelques années auparavant.

Malheureusement, certaines personnes n'ont jamais guéri. Le docteur Cordell, l'auteure de l'article qu'a lu la femme de Nick, explique qu'elle poursuit les recherches et qu'elle espère que les souffrants de cette maladie ne seront plus classés comme des alcooliques par leur médecin et leurs amis.

Auteure: Margaux Glamocic