La façon dont les prochaines épidémies seront gérées reste floue, met aussi en garde l'organisation, qui avoue avoir elle-même été dépassée et confrontée à des dilemmes éthiques qui continuent de l'interroger.

L'épidémie d'Ebola qui a frappé la Guinée puis le Liberia et la Sierra Leone, est la plus vaste jamais enregistrée. Dès le 31 mars 2014, MSF avait averti que l'ampleur des contaminations était "sans précédent" puis, en juin 2014, que le virus était "hors de contrôle". Il faudra pourtant attendre le 8 août 2014 pour que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère l'épidémie comme une "urgence de santé publique de portée internationale" et que, plus d'un mois plus tard, un cas soit diagnostiqué aux Etats-Unis pour que la majeure partie du monde se soucie enfin de ces trois petits pays africains. Dans l'ouvrage "La politique de la peur. Médecins sans frontières et l'épidémie d'Ebola" (Renaissance du livre), le personnel de MSF mais aussi des chercheurs indépendants reviennent sur la manière dont l'association et les autorités ont géré cette crise. "La peur fut le maître mot", résument les co-directeurs du livre Michiel Hofman et Sokhieng Au, respectivement conseiller humanitaire et membre de l'unité d'analyse de MSF.

"Sur place, les gouvernements nationaux dotés de faibles moyens ont, dans un premier temps, essayé de protéger leur souveraineté et leur économie en niant les effets de la maladie sur la santé et le bien-être de la population." A l'étranger, une fois la machine médiatique enclenchée, "l'immense couverture consacrée à Ebola entraîna moins une pluie de marques de sympathie et de soutien pour les personnes en souffrance ou en péril qu'un déluge de mesures d'autoprotection et de 'sécurisation' contre cette menace", relèvent-ils aussi. Au début de l'épidémie, MSF a manqué de ressources humaines et d'infrastructures. Ensuite, la peur face aux soignants de retour dans leur pays d'origine, obligés de rester en quarantaine, a "diminué l'enthousiasme des volontaires", a témoigné lors de la présentation du livre à Bruxelles l'un de ses contributeurs, l'urgentiste et épidémiologiste Armand Sprecher.

Le confinement des malades, principale mesure mise en place, était nécessaire mais certaines personnes contaminées se sont cachées pour éviter d'être éloignées de leurs proches. Il aurait fallu les "attirer avec un bénéfice de traitement plutôt que par la menace", selon M. Sprecher. Accusé de privilégier le "captage" des malades au détriment des soins et auteur d'un appel inédit dans son chef à des renforts militaires, MSF a vu ses valeurs éthiques mises "à rude épreuve", admet dans la préface du livre Christopher Stokes, directeur général du centre opérationnel de MSF à Bruxelles. Mais quand les centres de traitement manquent de personnel et que des malades à l'agonie attendent à l'extérieur qu'un lit se libère, le compromis entre volume et qualité des soins est toujours insatisfaisant. "Les soins ne visent pas seulement à améliorer les chances de survie des patients", se défend toutefois Armand Sprecher: l'important, c'est aussi de soulager la souffrance et d'offrir un accueil digne aux malades. Aujourd'hui, les habitants de la Guinée, du Liberia et de la Sierre Leone continuent de mourir de maladies facilement traitables alors que, pendant l'épidémie d'Ebola, le nombre de décès de maladies "ordinaires" a considérablement augmenté.

Demain, si une nouvelle épidémie survenait, "il est difficile de dire qui interviendrait", déplore en outre le docteur Armand Sprecher. "Il en va de même pour les traitements expérimentaux que l'on utiliserait, sur qui et, de façon plus critique, qui prendrait ces décisions cruciales."

La façon dont les prochaines épidémies seront gérées reste floue, met aussi en garde l'organisation, qui avoue avoir elle-même été dépassée et confrontée à des dilemmes éthiques qui continuent de l'interroger.L'épidémie d'Ebola qui a frappé la Guinée puis le Liberia et la Sierra Leone, est la plus vaste jamais enregistrée. Dès le 31 mars 2014, MSF avait averti que l'ampleur des contaminations était "sans précédent" puis, en juin 2014, que le virus était "hors de contrôle". Il faudra pourtant attendre le 8 août 2014 pour que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère l'épidémie comme une "urgence de santé publique de portée internationale" et que, plus d'un mois plus tard, un cas soit diagnostiqué aux Etats-Unis pour que la majeure partie du monde se soucie enfin de ces trois petits pays africains. Dans l'ouvrage "La politique de la peur. Médecins sans frontières et l'épidémie d'Ebola" (Renaissance du livre), le personnel de MSF mais aussi des chercheurs indépendants reviennent sur la manière dont l'association et les autorités ont géré cette crise. "La peur fut le maître mot", résument les co-directeurs du livre Michiel Hofman et Sokhieng Au, respectivement conseiller humanitaire et membre de l'unité d'analyse de MSF. "Sur place, les gouvernements nationaux dotés de faibles moyens ont, dans un premier temps, essayé de protéger leur souveraineté et leur économie en niant les effets de la maladie sur la santé et le bien-être de la population." A l'étranger, une fois la machine médiatique enclenchée, "l'immense couverture consacrée à Ebola entraîna moins une pluie de marques de sympathie et de soutien pour les personnes en souffrance ou en péril qu'un déluge de mesures d'autoprotection et de 'sécurisation' contre cette menace", relèvent-ils aussi. Au début de l'épidémie, MSF a manqué de ressources humaines et d'infrastructures. Ensuite, la peur face aux soignants de retour dans leur pays d'origine, obligés de rester en quarantaine, a "diminué l'enthousiasme des volontaires", a témoigné lors de la présentation du livre à Bruxelles l'un de ses contributeurs, l'urgentiste et épidémiologiste Armand Sprecher. Le confinement des malades, principale mesure mise en place, était nécessaire mais certaines personnes contaminées se sont cachées pour éviter d'être éloignées de leurs proches. Il aurait fallu les "attirer avec un bénéfice de traitement plutôt que par la menace", selon M. Sprecher. Accusé de privilégier le "captage" des malades au détriment des soins et auteur d'un appel inédit dans son chef à des renforts militaires, MSF a vu ses valeurs éthiques mises "à rude épreuve", admet dans la préface du livre Christopher Stokes, directeur général du centre opérationnel de MSF à Bruxelles. Mais quand les centres de traitement manquent de personnel et que des malades à l'agonie attendent à l'extérieur qu'un lit se libère, le compromis entre volume et qualité des soins est toujours insatisfaisant. "Les soins ne visent pas seulement à améliorer les chances de survie des patients", se défend toutefois Armand Sprecher: l'important, c'est aussi de soulager la souffrance et d'offrir un accueil digne aux malades. Aujourd'hui, les habitants de la Guinée, du Liberia et de la Sierre Leone continuent de mourir de maladies facilement traitables alors que, pendant l'épidémie d'Ebola, le nombre de décès de maladies "ordinaires" a considérablement augmenté. Demain, si une nouvelle épidémie survenait, "il est difficile de dire qui interviendrait", déplore en outre le docteur Armand Sprecher. "Il en va de même pour les traitements expérimentaux que l'on utiliserait, sur qui et, de façon plus critique, qui prendrait ces décisions cruciales."