Comme la recherche l'a démontré, le désir d'enfant peut être aussi profond et intense chez l'homme que chez la femme. " Pourtant, lorsque la grossesse se fait attendre, en parler avec l'homme (ou entre hommes) semble encore largement tabou dans notre société ", observe le Pr Lode Godderis du centre pour l'environnement et la santé de la KU Leuven. Il a contribué à la fondation en 2011 de l'asbl Désir d'enfant, qui dispose aujourd'hui en Flandre, en Wallonie et aux Pays-Bas de centres où les personnes confrontées à un désir (insatisfait) d'enfant peuvent trouver des informations, un accompagnement et un soutien.
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Comme la recherche l'a démontré, le désir d'enfant peut être aussi profond et intense chez l'homme que chez la femme. " Pourtant, lorsque la grossesse se fait attendre, en parler avec l'homme (ou entre hommes) semble encore largement tabou dans notre société ", observe le Pr Lode Godderis du centre pour l'environnement et la santé de la KU Leuven. Il a contribué à la fondation en 2011 de l'asbl Désir d'enfant, qui dispose aujourd'hui en Flandre, en Wallonie et aux Pays-Bas de centres où les personnes confrontées à un désir (insatisfait) d'enfant peuvent trouver des informations, un accompagnement et un soutien. " Même la recherche scientifique sur cette problématique tend à moins mettre l'accent sur l'homme, car elle s'inscrit souvent dans le cadre des traitements de fertilité. ", poursuit le Pr Godderis. " Ceux-ci se focalisent automatiquement plus sur la femme, puisque c'est surtout elle qui doit subir les interventions techniques, traitements hormonaux et autres, enchaîne Shanti Van Genechten. Son conjoint est surtout là pour la soutenir. " Les hommes frustrés dans leur désir de paternité sont donc encore plus facilement oubliés lorsqu'aucun traitement de fertilité n'est prévu. " Je songe par exemple à ceux dont la compagne ne veut pas d'enfants ou a déjà été comblée à cet égard dans une relation antérieure, mais aussi aux homosexuels ou aux célibataires par choix qui ne veulent pas adopter ou faire appel à un don d'ovocytes et à une mère porteuse ", illustre le Pr Godderis. Les experts s'accordent néanmoins à dire que les hommes ne gèrent pas cette situation de la même manière que les femmes. " Les femmes s'efforcent souvent de digérer leurs angoisses et leurs frustrations en donnant libre cours à leurs émotions, explique Lode Godderis. Il est aussi important pour elles d'être soutenues par leur conjoint. Les hommes, eux, ont tendance à se raccrocher à une approche plus pragmatique : ils veulent avant tout comprendre le problème technique ou pratique afin de chercher une solution. Ces manières différentes d'affronter l'adversité ont souvent pour conséquence que les femmes ont l'impression d'un soutien émotionnel insuffisant et que les hommes se sentent incompris. " Pas étonnant, donc, qu'un désir d'enfant insatisfait puisse peser très lourd sur la relation de couple. L'oreille attentive d'un professionnel ou d'un expert du vécu fera parfois toute la différence. " Pour les hommes, le besoin de leur compagne d'exprimer en permanence ses émotions pèse souvent très lourd, explique Shanti Van Genechten. Nous conseillons donc à certains couples de se fixer pour cela des moments bien définis. L'homme bénéficiera ainsi de périodes de répit et la femme aura (davantage) l'assurance qu'à ces moments, elle sera vraiment écoutée. " " Les hommes expriment aussi souvent le souhait de pouvoir oublier de temps en temps la problématique du désir d'enfant et, par exemple, de pouvoir faire l'amour juste pour le plaisir, poursuit le Pr Godderis. Leurs compagnes ressentent moins ce besoin (quand elles n'ont pas franchement du mal à lâcher prise), ce que les hommes interprètent parfois comme une réaction de rejet... jusqu'au moment où ils comprennent ce qui sous-tend ce refus. " " Par leur approche plus émotionnelle des problèmes, les femmes ont beaucoup plus de mal à appuyer sur 'pause', clarifie Shanti Van Genechten. D'autant plus qu'au cours du traitement de fertilité, la femme est confrontée en permanence à ses émotions, au travers des traitements hormonaux qu'elle doit s'administrer. Nous recommandons parfois de faire réaliser ces injections par le conjoint, parce que cela lui permet de partager pleinement cette expérience et de mieux en mesurer l'impact. " Abandonner son désir d'enfant, c'est aussi laisser échapper ses rêves. " La recherche a démontré que les hommes souffrent surtout de devoir renoncer à leur rôle social de père - la transmission de valeurs ou de connaissances, la possibilité de partager des jeux ou des activités sportives, etc. explique Lode Godderis. Les femmes, elles, doivent faire leur deuil non seulement de l'enfant qu'elles n'auront jamais mais aussi de l'expérience de la grossesse, de l'accouchement, de l'allaitement. Leur chagrin n'en est pas forcément plus grand que celui des hommes, mais il est certainement différent. Le fait de pouvoir parler de leurs difficultés ensemble ou avec d'autres personnes qui ont vécu la même expérience peut aider chacun à apporter à l'autre un soutien adéquat. " Pour conclure, Lode Godderis et Shanti Van Genechten tiennent à souligner que l'impossibilité d'avoir des enfants n'est pas forcément la fin du couple. " Après avoir assimilé cette perte intangible, de nombreux couples s'investissent dans de nouveaux objectifs... et certains ressortent aussi plus soudés de cette épreuve. "An Swerts