L'inquiétude est portée par les chiffres observés aux Etats-Unis, où le nombre de cas chez les moins de 18 ans s'est envolé pendant l'été, approchant un pic de l'hiver passé. Les hospitalisations ont aussi atteint un record, poussant, depuis lors, les autorités sanitaires à recommander le port du masque dès l'âge de 2 ans. La situation se révèle particulièrement critique dans les Etats du sud, moins vaccinés et où la rentrée des classes a eu lieu, à la mi-août, sans masque.
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L'inquiétude est portée par les chiffres observés aux Etats-Unis, où le nombre de cas chez les moins de 18 ans s'est envolé pendant l'été, approchant un pic de l'hiver passé. Les hospitalisations ont aussi atteint un record, poussant, depuis lors, les autorités sanitaires à recommander le port du masque dès l'âge de 2 ans. La situation se révèle particulièrement critique dans les Etats du sud, moins vaccinés et où la rentrée des classes a eu lieu, à la mi-août, sans masque.Les données manquent sur le profil des jeunes patients mais, selon certains scientifiques, la gravité des cas pourrait être liée à la fréquence plus élevée de pathologies comme le diabète ou l'obésité qui sont des facteurs de risque importants. D'autres signaux alarmants sont venus du sud de la France et des territoires d'outre-mer. Des hôpitaux de Guadeloupe, de Martinique ou de Provence-Alpes-Côte d'Azur alertent sur l'augmentation du nombre de bébés et d'enfants covidés dans leurs services. On le sait, deux facteurs renforcent aujourd'hui la fragilité des enfants : la contagiosité accrue du variant Delta et la vaccination des classes d'âge plus vieilles, mieux vaccinées qu'eux, qui accroît de ce fait la pression du virus sur eux. Autrement dit, le virus s'adapte et se déplace vers la population située dans l'angle mort de la vaccination. "Il faut donc s'attendre à une nette augmentation du nombre de cas chez les enfants", poursuit Emmanuel André. Et avec un nombre plus important de cas, les hospitalisations devraient augmenter elles aussi, mécaniquement.Antoine Flahault l'explique par une image : dans une pyramide, plus la base est large, plus le sommet s'élargit. Malgré la plus grande transmissibilité de Delta, les pédiatres ne s'attendent pas à voir leurs services submergés et ne rapportent pas de cas plus sévères de Covid-19. En Belgique, pour l'heure, aucun enfant atteint par la Covid n'est hospitalisé. Aussi, selon Sciensano, en 2020, les petits représentent à peine 1 % des hospitalisations, encore moins en soins intensifs. Les décès demeurent extrêmement rares. Jusqu'ici, d'ailleurs, les enfants ont été épargnés par les formes graves de la maladie, comme souvent dans les cas d'infections respiratoires. Les scientifiques ne savent pas encore avec certitude pourquoi ils sont préservés. Dans le cas de la Covid, plusieurs pistes sont à l'étude. La première explore l'éventuelle immunité que confèrent les petites infections d'autres coronavirus habituelles chez l'enfant. La première ligne de défense contre les virus, appelés interférons, serait dès lors plus efficace, puisqu'ils font souvent des infections virales.La deuxième serait que les récepteurs permettant au virus d'entrer dans les cellules ne sont pas les mêmes chez les petits que chez les adultes. Enfin, il semble que ce qui fait la gravité de la maladie n'est pas tant le caractère pathogène du virus que la façon dont l'adulte réagit à l'infection. Sa réaction immunitaire est parfois beaucoup plus sévère et, finalement, inadaptée. Chez des adultes gravement atteints, on remarque la présence d'anticorps anti-interférons, empêchant leur action. En revanche, en avançant vers l'adolescence, on s'approcherait des formes observées chez les adultes.Existe-t-il une différence, sur le plan immunitaire, entre les adolescents et les enfants plus jeunes ? Peu de données scientifiques permettent pour y répondre. Mais, évidemment, le sujet ne passe pas d'un coup des formes de l'enfant aux formes de l'adulte, et l'adolescence est probablement une période de transition entre les deux. Rassurant ? Pas forcément. D'abord parce que les plus jeunes peuvent être touchés par une Covid longue. De récentes études, dont une publiée le 3 août dans la revue scientifique Lancet Child & Adolescent Health, montrent qu'ils peuvent présenter des symptômes persistants. Sur 1 734 enfants positifs avec des symptômes, la durée moyenne de la maladie est de six jours. Seuls 25 d'entre eux (1,8 %) seraient concernés par une Covid longue (56 jours). Des travaux britanniques évoquent 4 à 8 % des enfants. Les estimations restent discutées, mais leur réalité n'est pas remise en cause, avec des conséquences sur leur santé mentale. Ils peuvent aussi faire des complications.Depuis le début de l'épidémie, Sciensano recense cent trente-quatre cas de syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (PIMS, en anglais) post-Covid. Les symptômes (rougeur des yeux, fièvre élevée, éruption, signes digestifs...), avec, dans de nombreux cas une myocardite aiguë (inflammation du myocarde, principal muscle du coeur), qui peut être mortelle. "Si on veut protéger les enfants et leur garantir une scolarité sereine, il est impératif de vacciner leur entourage, parents, femmes enceintes...", soulige Antoine Flahault. La priorité reste la vaccination des plus de 18 ans et notamment les 18-24 ans et les 25-34 ans, qui sont les adultes les moins vaccinés (70,7 % et 72,5 %). Mais l'expert pose déjà la question de la vaccination des moins de 12 ans. Elle ne devrait pas être ouverte avant 2022. Les essais cliniques de Pfizer et de Moderna chez les 5-12 ans doivent rendre leurs résultats à l'automne puis les agences réglementaires devront se prononcer. Car tant qu'il y aura des réservoirs d'individus non protégés, le virus continuera de circuler et, potentiellement, de muter. "Les enfants, mais aussi les adolescents, dont le niveau de couverture vaccinale n'a pas encore rattrapé celui du reste de la population représentent dès lors un très grand potentiel de contamination et ils vont peut-être même devenir l'essentiel du moteur des vagues à venir." Finalement, "si le vaccin est le seul rempart, il faudra peut-être que les politiques envisagent sérieusement une obligation, sinon on risque d'être repartis pour un tour", affirme Roland Lahaye, président de la CSC Enseignement. "En tout cas, on ne peut pas l'écarter", conclut Caroline Désir, sa ministre.