Des recherches sont menées à travers le monde sur l'utilisation du plasma sanguin de personnes guéries du Covid-19 pour soigner les patients présentant des formes sévères de la maladie. Elles étudient dans quelle mesure les anticorps présents dans le plasma peuvent attaquer le coronavirus. Ce remède serait non seulement bon marché, mais il serait aussi disponible partout, sans devoir compter sur l'industrie pharmaceutique.

Le procédé n'est pas neuf. "La transfusion sanguine s'est déjà avérée efficace contre ces types de virus dans le passé", nous rappelle Thomas Paulus, le porte-parole du service du sang de la Croix-Rouge. "La méthode a déjà été utilisée contre Ebola, la peste ou la grippe espagnole ", ajoute-t-il.

Elle a aussi présenté des résultats concluants contre d'autres maladies infectieuses comme le Sras, lors d'études menées à petite échelle. Le traitement a montré son efficacité dans des formes de grippes graves, comme la grippe H5N1.

En Chine, un traitement expérimental basé sur le plasma de patients guéris du coronavirus a été lancé dès février. Cette étude pilote menée auprès de dix patients et de dix donneurs a donné ses premiers résultats à la mi-mars. Ils se sont révélés positifs. Au bout de quelques jours, les personnes atteintes de Covid-19 voyaient leur état de santé général s'améliorer. Ils avaient moins de fièvre, de toux, d'essoufflement et de douleurs thoraciques. De plus, des scanners ont montré moins de lésions pulmonaires. L'étude chinoise n'a fait état d'aucun effet secondaire de ce type. Un des patients de l'étude a eu une rougeur passagère au visage. On peut toutefois reprocher à cette étude de n'avoir été menée que sur une dizaine de patients.

"C'est une piste vraiment intéressante", déclare Erika Vlieghe, responsable des maladies infectieuses à l'hôpital universitaire d'Anvers, citée par De Morgen. "Nous avons beaucoup de discussions sur ce sujet", renchérit le professeur Bart Lambrecht, spécialiste des poumons à l'UZ Gent.

"Un transfert d'immunité"

Une étude sur soixante malades est actuellement en cours dans des hôpitaux parisiens. Des essais sont également menés aux Etats-Unis et en Chine, ainsi qu'aux Pays-Bas.

"C'est un transfert d'immunité", résume, de son côté, sur le site de Franceinfo Karine Lacombe, infectiologue chargée de mener l'essai français. "La transfusion va permettre aux malades d'augmenter leur production d'anticorps."

La thérapie au plasma pourrait constituer "un traitement alternatif pour les patients en état critique qui ne réagissent pas favorablement aux médicaments antiviraux", a indiqué Choi Jun-yong, médecin-chercheur de l'hôpital Severance de Séoul, où deux malades sont soignés grâce à cette thérapie (lire aussi l'encadré ci-dessous).

Collecte de plasma

En Belgique, aucun centre de recherche ou d'universités belges n'a encore ce type d'étude dans les cartons. En Flandre, Rode Kruis a lancé une collecte de plasma auprès de personnes qui ont été guéries du coronavirus. L'appel s'adresse spécifiquement aux hommes. "Les femmes ne peuvent pas participer en raison du risque de réactions immunitaires indésirables dues à la présence de certains anticorps dans le sang des femmes qui, consciemment ou non, sont enceintes", déclare la porte-parole de l'ONG Ine Tassignon dans les colonnes du Morgen. Tous les hommes qui ont été testés au Covid-19 et qui en ont été guéris sont invités à s'inscrire via un outil en ligne et à remplir un questionnaire.

Du côté de la Croix Rouge, on temporise. Les discussions sont à l'heure actuelle encore en cours pour pouvoir lancer le projet "dans le courant de la semaine prochaine". Thomas Paulus nous explique que le protocole doit encore être établi pour procéder à la collecte de ce types d'échantillons sanguins, soit directement via un appel aux donneurs comme c'est le cas en Flandre, soit en passant par les hôpitaux. "Les patients guéris du coronavirus qui quittent l'hôpital pourraient être informés de la possibilité de donner leur plasma en vue de cette étude", explique le porte-parole .

Des échantillons de sang et de plasma sont analysés pour savoir si le sang du donneur peut être utilisé pour la production de plasma thérapeutique pour le traitement de patients malades., Reuters
Des échantillons de sang et de plasma sont analysés pour savoir si le sang du donneur peut être utilisé pour la production de plasma thérapeutique pour le traitement de patients malades. © Reuters

Pour le moment, on ne sait pas encore exactement combien d'hommes sont éligibles. Près de 4000 Belges ont déjà quitté l'hôpital à ce jour, mais l'Institut de Santé publique Sciensano n'a pas encore ventilé ces chiffres sur la base du sexe.

Prudence et patience

Avant que ce plasma sanguin ne puisse être utilisé pour soigner ou soulager les patients atteints de coronavirus dans les hôpitaux, des essais cliniques à grande échelle sont nécessaires et sur le plus grand nombre de personnes, sans contre-indications.

Des précautions sont à prendre et la prudence est de mise dans cette possibilité de remède. "Les anticorps ne suffisent pas", déclare au Morgen Bart Lambrecht (UZ Gent). "On doit savoir si le plasma du donneur contient suffisamment d'anticorps protecteurs. Les anticorps ordinaires peuvent avoir un effet contre-productif. Par exemple, il existe des anticorps qui reconnaissent le virus mais ne le neutralisent pas".

Une telle amplification du virus dépendante des anticorps peut ainsi avoir de graves conséquences pour le patient. Ce sont des anticorps qui se lient uniquement au virus mais ne le détruisent pas. Par exemple, le virus peut les utiliser pour pénétrer dans les cellules.

Le Dr Lambrecht : "Nous savons, grâce à la dengue, par exemple, que c'est ainsi que le virus peut pénétrer de manière furtive. Nous n'en savons pas encore assez sur ce virus et je voudrais alerter sur le fait qu'il faut mener d'abord des études cliniques appropriées, afin que nous sachions combien d'anticorps protecteurs sont présents". L'utilisation d'un tel sérum peut donc être remise en question.

Lors de l'appel au don de plasma lancé en Chine, la docteure Sylvie Briand, directrice du département Préparation mondiale aux risques infectieux à l'OMS, avait aussi appelé à la prudence. "Avec les produits sanguins, vous pouvez transmettre d'autres maladies", avait-elle rappelé, soulignant l'importance de suivre des protocoles stricts.

Si les études cliniques lancées donnent de bons résultats, ce ne sera pas seulement une bonne nouvelle pour les patients atteints de coronavirus. Le plasma pourrait également être utilisé à titre préventif pour renforcer le système immunitaire du personnel soignant, entre autres. Les anticorps ne sont efficaces que temporairement, il ne s'agit donc pas d'un vaccin, mais il peut combler une vague épidémique comme celle que nous connaissons actuellement.

L'état de deux malades sud-coréens s'améliore après un traitement au plasma

Deux malades sud-coréens âgés, atteints par le coronavirus, se sont remis d'une sévère pneumonie après avoir été traités grâce au plasma de patients guéris de la maladie, ont indiqué des chercheurs.

Un des deux malades est un homme de 71 ans dont l'état s'est amélioré après avoir reçu des anticorps provenant d'un patient guéri d'une vingtaine d'années, avec des stéroïdes.

L'état de santé de l'autre, une femme de 67 ans, n'avait d'abord pas été amélioré par la prise de médicaments, notamment contre le paludisme, et d'oxygène. Kwon Jun-wook, du Centre de contrôle des maladies de Séoul, a estimé que le traitement au plasma était "important", étant donné qu'il n'existe pour l'instant ni médicament ni vaccin contre le Covid-19.

Des recherches sont menées à travers le monde sur l'utilisation du plasma sanguin de personnes guéries du Covid-19 pour soigner les patients présentant des formes sévères de la maladie. Elles étudient dans quelle mesure les anticorps présents dans le plasma peuvent attaquer le coronavirus. Ce remède serait non seulement bon marché, mais il serait aussi disponible partout, sans devoir compter sur l'industrie pharmaceutique. Le procédé n'est pas neuf. "La transfusion sanguine s'est déjà avérée efficace contre ces types de virus dans le passé", nous rappelle Thomas Paulus, le porte-parole du service du sang de la Croix-Rouge. "La méthode a déjà été utilisée contre Ebola, la peste ou la grippe espagnole ", ajoute-t-il. Elle a aussi présenté des résultats concluants contre d'autres maladies infectieuses comme le Sras, lors d'études menées à petite échelle. Le traitement a montré son efficacité dans des formes de grippes graves, comme la grippe H5N1.En Chine, un traitement expérimental basé sur le plasma de patients guéris du coronavirus a été lancé dès février. Cette étude pilote menée auprès de dix patients et de dix donneurs a donné ses premiers résultats à la mi-mars. Ils se sont révélés positifs. Au bout de quelques jours, les personnes atteintes de Covid-19 voyaient leur état de santé général s'améliorer. Ils avaient moins de fièvre, de toux, d'essoufflement et de douleurs thoraciques. De plus, des scanners ont montré moins de lésions pulmonaires. L'étude chinoise n'a fait état d'aucun effet secondaire de ce type. Un des patients de l'étude a eu une rougeur passagère au visage. On peut toutefois reprocher à cette étude de n'avoir été menée que sur une dizaine de patients. "C'est une piste vraiment intéressante", déclare Erika Vlieghe, responsable des maladies infectieuses à l'hôpital universitaire d'Anvers, citée par De Morgen. "Nous avons beaucoup de discussions sur ce sujet", renchérit le professeur Bart Lambrecht, spécialiste des poumons à l'UZ Gent.Une étude sur soixante malades est actuellement en cours dans des hôpitaux parisiens. Des essais sont également menés aux Etats-Unis et en Chine, ainsi qu'aux Pays-Bas. "C'est un transfert d'immunité", résume, de son côté, sur le site de Franceinfo Karine Lacombe, infectiologue chargée de mener l'essai français. "La transfusion va permettre aux malades d'augmenter leur production d'anticorps."La thérapie au plasma pourrait constituer "un traitement alternatif pour les patients en état critique qui ne réagissent pas favorablement aux médicaments antiviraux", a indiqué Choi Jun-yong, médecin-chercheur de l'hôpital Severance de Séoul, où deux malades sont soignés grâce à cette thérapie (lire aussi l'encadré ci-dessous).En Belgique, aucun centre de recherche ou d'universités belges n'a encore ce type d'étude dans les cartons. En Flandre, Rode Kruis a lancé une collecte de plasma auprès de personnes qui ont été guéries du coronavirus. L'appel s'adresse spécifiquement aux hommes. "Les femmes ne peuvent pas participer en raison du risque de réactions immunitaires indésirables dues à la présence de certains anticorps dans le sang des femmes qui, consciemment ou non, sont enceintes", déclare la porte-parole de l'ONG Ine Tassignon dans les colonnes du Morgen. Tous les hommes qui ont été testés au Covid-19 et qui en ont été guéris sont invités à s'inscrire via un outil en ligne et à remplir un questionnaire.Du côté de la Croix Rouge, on temporise. Les discussions sont à l'heure actuelle encore en cours pour pouvoir lancer le projet "dans le courant de la semaine prochaine". Thomas Paulus nous explique que le protocole doit encore être établi pour procéder à la collecte de ce types d'échantillons sanguins, soit directement via un appel aux donneurs comme c'est le cas en Flandre, soit en passant par les hôpitaux. "Les patients guéris du coronavirus qui quittent l'hôpital pourraient être informés de la possibilité de donner leur plasma en vue de cette étude", explique le porte-parole .Pour le moment, on ne sait pas encore exactement combien d'hommes sont éligibles. Près de 4000 Belges ont déjà quitté l'hôpital à ce jour, mais l'Institut de Santé publique Sciensano n'a pas encore ventilé ces chiffres sur la base du sexe. Avant que ce plasma sanguin ne puisse être utilisé pour soigner ou soulager les patients atteints de coronavirus dans les hôpitaux, des essais cliniques à grande échelle sont nécessaires et sur le plus grand nombre de personnes, sans contre-indications.Des précautions sont à prendre et la prudence est de mise dans cette possibilité de remède. "Les anticorps ne suffisent pas", déclare au Morgen Bart Lambrecht (UZ Gent). "On doit savoir si le plasma du donneur contient suffisamment d'anticorps protecteurs. Les anticorps ordinaires peuvent avoir un effet contre-productif. Par exemple, il existe des anticorps qui reconnaissent le virus mais ne le neutralisent pas". Une telle amplification du virus dépendante des anticorps peut ainsi avoir de graves conséquences pour le patient. Ce sont des anticorps qui se lient uniquement au virus mais ne le détruisent pas. Par exemple, le virus peut les utiliser pour pénétrer dans les cellules.Le Dr Lambrecht : "Nous savons, grâce à la dengue, par exemple, que c'est ainsi que le virus peut pénétrer de manière furtive. Nous n'en savons pas encore assez sur ce virus et je voudrais alerter sur le fait qu'il faut mener d'abord des études cliniques appropriées, afin que nous sachions combien d'anticorps protecteurs sont présents". L'utilisation d'un tel sérum peut donc être remise en question.Lors de l'appel au don de plasma lancé en Chine, la docteure Sylvie Briand, directrice du département Préparation mondiale aux risques infectieux à l'OMS, avait aussi appelé à la prudence. "Avec les produits sanguins, vous pouvez transmettre d'autres maladies", avait-elle rappelé, soulignant l'importance de suivre des protocoles stricts.Si les études cliniques lancées donnent de bons résultats, ce ne sera pas seulement une bonne nouvelle pour les patients atteints de coronavirus. Le plasma pourrait également être utilisé à titre préventif pour renforcer le système immunitaire du personnel soignant, entre autres. Les anticorps ne sont efficaces que temporairement, il ne s'agit donc pas d'un vaccin, mais il peut combler une vague épidémique comme celle que nous connaissons actuellement.