La procédure, dont la France fut pionnière et qui s'est fortement développée depuis deux décennies, est remboursée dans de nombreux pays et vue comme un remède miracle par des patients souffrant de douleurs souvent insoutenables après une fracture.

Mais seuls cinq essais cliniques avec groupes témoins ont été réalisés sur la vertébroplastie. Et leurs résultats sont formels: la technique ne réduit pas davantage la douleur qu'une opération placebo, dans les deux années suivantes.

Pour neutraliser l'éventuel effet placebo d'une opération, les auteurs de ces essais cliniques ont comparé les patients opérés à un groupe témoin de patients, qui sont allés au bloc opératoire et ont reçu l'aiguille d'anesthésie, mais n'ont pas eu d'injection de ciment, sans le savoir.

C'est la meilleure méthode pour annuler l'effet placebo, car il est toujours possible que les patients ressentent une atténuation de leur douleur par effet psychologique, ou grâce à l'anesthésie. Après l'étude, ils sont informés qu'ils appartenaient au groupe témoin.

Quant à une technique proche, la cyphoplastie par ballonnets, devenue dominante aux Etats-Unis, il n'existe pas d'essai clinique avec placebo.

Le groupe de travail auteur du rapport avait été constitué par la Société américaine pour la recherche osseuse et minérale (ASBMR).

"Pour les patients ayant des fractures des vertèbres très douloureuses, la vertébroplastie percutanée n'apporte aucun bénéfice clinique significatif prouvé par rapport au placebo", concluent les auteurs.

Alors pourquoi, malgré les études publiées depuis dix ans, les chirurgiens continuent-ils de prescrire l'opération, qui comporte des risques comme toute intervention chirurgicale?

"Parce que les gens qui ont des fractures très douloureuses sont désespérés, ils souffrent beaucoup", explique à l'AFP le docteur Peter Ebeling, membre du groupe de travail et auteur principal du rapport. "Pourtant, le cours naturel de la douleur est qu'elle s'estompe après quatre à six semaines".

Si la douleur continue pendant des mois, il est probable que les patients demanderont une vertébroplastie, mais là encore, les données manquent, insiste le docteur Ebeling.

Pour commencer, il recommande des médicaments antidouleurs, et éventuellement un corset et de l'exercice physique, des mesures moins risquées qu'une opération.

Pour éviter une seconde fracture, en revanche, des essais cliniques ont démontré que les médicaments contre l'ostéoporose étaient efficaces et réduisaient le risque de 40 à 70%, indique le rapport.

Aux Etats-Unis, au moins 300.000 patients ont été opérés entre 2005 et 2010, dont 27% de vertébroplastie et 73% de cyphoplastie, selon des chiffres gouvernementaux.