Des chercheurs chinois expérimentent depuis 6 mois un nouveau traitement très prometteur contre le cancer du poumon sur des patients en leur injectant des cellules immunitaires génétiques modifiées, relaie De Volkskrant.
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Des chercheurs chinois expérimentent depuis 6 mois un nouveau traitement très prometteur contre le cancer du poumon sur des patients en leur injectant des cellules immunitaires génétiques modifiées, relaie De Volkskrant. L'oncologue Carl June de l'université de Pennsylvanie parle même de "révolution" dans le traitement de cette maladie. "Comme si les Chinois avaient lancé un nouveau Spoetnik", utilise-t-il comme métaphore. "Le but final n'étant pas ici d'envoyer un homme sur la lune, mais de trouver un traitement contre le cancer." Selon le spécialiste cité par la revue Nature, on peut s'attendre à "un duel biomédical entre la Chine et les USA " dans ce domaine. Une bonne nouvelle selon lui car "la compétition ne fait qu'améliorer le produit final". En octobre dernier, des chercheurs de l'université de Sichuan en Chine ont lancé un essai clinique au cours duquel des patients atteints de cancer du poumon ont reçu des lymphocytes T génétiquement modifiées. Les lymphocytes T, ou cellules T, sont une catégorie de leucocytes qui sont responsables de l'immunité cellulaire : les cellules infectées par un virus par exemple, ou les cellules cancéreuses. Les tests sont actuellement en cours et évoluent à un bon rythme. Les résultats ne seront connus que l'année prochaine. Une douzaine d'expérimentations similaires sont actuellement sur le point de débuter dans le monde, selon un inventaire dressé par le magazine britannique New Scientist. Aux USA notamment, Carl June va commencer des tests sur une vingtaine de patients cancéreux en phases variées de la maladie et à Londres, une expérimentation similaire attend d'être validée. "Le couteau suisse de la génétique"La technique révolutionnaire en question repose sur le traitement des gènes. Cet outil d'édition génétique souvent présenté comme le "couteau suisse" de la génétique permet de supprimer, modifier ou ajouter des gènes à la demande. Concrètement, chez les patients atteints de cancer du poumon, les chercheurs chinois ont prélevé des cellules du système immunitaire, les lymphocytes T, et ont désactivé un gène spécifique avec la technique Crispr-Cas9. L'essai commencé par l'équipe du Dr Lu You vise à supprimer le gène qui code la molécule PD-1 (programmed cell death), une protéine qui se trouve à la surface des lymphocytes T. Elle permet de déclencher la mort des cellules que le système immunitaire identifie comme étrangères, et donc nuisibles, explique plus largement le site Sciences et Avenir.Mais, ça c'est pour le côté optimiste du récit, soulignent des experts néerlandais. Car la technologie, bien que révolutionnaire et dont les résultats sont attendus fébrilement par le monde scientifique, a ses limites et n'est pas sans danger pour les patients qui en bénéficient à titre expérimental. "Pour être honnête, déclare l'oncologue Jan Schellens de l'institut néerlandais du cancer, je ne pense pas que cela va marcher, la réponse immunitaire est bien plus complexe que PD-1 seule. Et uniquement un nombre restreint de patients peut en profiter." En outre, un essai clinique avec thérapie immunitaire contre le cancer du sang a dû être stoppé en mars dernier suite au décès de 5 patients à cause d'une inflammation du cerveau, raconte le biologiste moléculaire Niels Geijsen du laboratoire néerlandais Hubrecht. "Ces cellules immunitaires n'écoutent pas les signaux qui leur disent : 'calme-toi'. Une maladie auto-immune aiguë peu alors guetter. C'est horrible. Une mort très désagréable." Cette expérimentation est aussi risquée pour les patients en phase terminale. "Je peux m'imaginer le désespoir de ces personnes. Mais même dans une situation sans issue, l'échec peut encore être pire", ajoute le biologiste. Le site Sciences et Avenir explique, pour sa part, que les chances pour que ces essais soient concluants restent très faibles au vu du degré de maîtrise de l'outil très largement perfectible. "En effet, l'un des problèmes majeurs est ce que les spécialistes appellent le "off-target". Il est certes très facile de cibler un gène spécifique avec Crispr-CAS9, mais cela entraîne systématiquement d'autres modifications non désirées en d'autres endroits du génome. Ainsi, pour une modification souhaitée avec l'enzyme Cas9, les chercheurs se retrouvent généralement avec des dizaines voire des centaines de modifications "off-target". Un obstacle majeur." En Chine, on se laisse moins décourager par ce genre de considérations. "C'est jouer avec le feu", est d'avis le professeur Schellens. Le spécialiste se souvient comment la thérapie génique - traiter une maladie en contaminant des tissus avec des morceaux d'ADN contenus dans des petites parties de virus - est depuis des années dans une impasse après que des enfants traités de la sorte ont développé une leucémie dans les années 90. "Si des patients meurent à cause d'un essai clinique, cela peut faire régresser le travail de plusieurs années." Ce genre de traitement expérimental va débarquer bientôt en Europe. Selon Geijsen de l'institut Hubrecht, cela prendra seulement un peu plus de temps et se fera étape par étape, un type de tumeur et une adaptation génétique à la fois. "Ces développements en Chine sont excitants, mais ce domaine n'en est qu'à ses prémisses", est d'avis le spécialiste. "Nous devons reconnaitre que nous n'avons pas encore la réponse", conclut-il.