Niché dans le haut de la cavité abdominale, juste derrière l'estomac, le pancréas remplit une double fonction : d'une part il sécrète des sucs digestifs qui contribuent à la digestion des graisses et protéines dans l'intestin, d'autre part il libère dans la circulation sanguine de l'insuline et du glucagon, deux hormones qui régulent le métabolisme du glucose.

Lorsqu'un cancer s'y développe, il touche le plus souvent les cellules responsables de la production d'enzymes digestives, généralement situées dans la " tête " de l'organe. Les médecins constatent que les tumeurs du pancréas sont de plus en plus fréquentes, mais sans bien comprendre pourquoi. Et malheureusement, alors que le traitement de la plupart des autres maladies cancéreuses s'est beaucoup amélioré ces dernières années, le pronostic reste extrêmement sombre dans le cancer pancréatique : 5% à peine des patients sont encore en vie cinq ans après le diagnostic. " Pourtant, nous devons arrêter de voir automatiquement le cancer du pancréas comme un arrêt de mort, souligne Marleen Wauters, infirmière en oncologie et instigatrice de la nouvelle asbl Pancreascommunity. Nous voulons proposer un message d'espoir, car des patients qui survivent, il y en a ! " La nouvelle association propose un soutien et un accompagnement aux malades et à leurs proches. " Nous voulons aussi nous concentrer sur la prévention et informer les gens sur les moyens d'identifier ce type de cancer de façon précoce. "

Nous devons arrêter de voir automatiquement le cancer du pancréas comme un arrêt de mort. Marleen Wauters, instigatrice de la nouvelle asbl Pancreascommunity

Des signaux d'alarme peu spécifiques

Les traitements oncologiques les plus récents - et plus particulièrement l'immunothérapie, qui fait actuellement tant parler d'elle - ne sont guère efficaces contre le cancer du pancréas. C'est pourquoi il est essentiel d'identifier la tumeur suffisamment tôt pour pouvoir intervenir chirurgicalement. Pour cela, il est capital d'être attentif aux éventuels signaux d'alarme. " Le signe le plus caractéristique est une jaunisse sans autres symptômes, précise le Dr Ghislain Houbiers, gastro-entérologue et oncologue à la Clinique St Joseph (CHC) à Liège. Elle se manifestera en présence d'une tumeur localisée dans la tête du pancréas - le cas de figure le plus fréquent. "

Les autres symptômes révélateurs sont en revanche beaucoup moins spécifiques, n'alarmant pas les patients. " On peut citer une perte d'appétit, une perte de poids, une fatigue et des douleurs dans le haut du ventre ou dans le dos. La survenue brutale d'un diabète ou l'aggravation soudaine d'un diabète préexistant doivent également mettre la puce à l'oreille. "

Le cancer du pancréas touche principalement des personnes âgées de plus de 60 ans. Le tabagisme est un facteur de risque avéré - on estime que 20% de la mortalité associée au cancer du pancréas y est liée - , mais n'explique pas à lui seul la progression de la maladie dans les pays occidentaux. " Le surpoids aussi a un rôle à jouer, souligne Ghislain Houbiers. L'obésité multiplie le risque par trois. " Une inflammation persistante du pancréas, parfois liée à un problème d'alcoolisme, peut également accroître ce risque.

Dépister pour pouvoir traiter

Le meilleur moyen d'identifier rapidement un cancer du pancréas est d'être vigilant en présence de facteurs de risque et de reconnaître les signaux d'alarme en temps utile. Certains syndromes génétiques, dont le syndrome de Peutz-Jeghers et le syndrome de Lynch, sont également associés à un risque accru. Le cancer du pancréas est aussi plus fréquent dans les familles porteuses d'une mutation BRCA (cause de cancer du sein héréditaire). Aux États-Unis, les porteurs de cette mutation sont suivis de près et soumis tous les six mois à un examen radiologique du pancréas. " À Liège aussi, nous avons commencé à dépister ces mutations BRCA chez les personnes qui se présentent avec une tumeur pancréatique avancée et inopérable, explique le Dr Houbiers. Nous savons en effet depuis peu que, chez les patients porteurs de cette mutation, le cancer du pancréas avancé réagit bien à un nouveau traitement bien précis. "

Lorsque la maladie est identifiée en temps utile, le principal traitement reste néanmoins l'opération, éventuellement précédée ou complétée par une chimiothérapie. Le risque de rechute reste en effet important même lorsque la tumeur a été retirée avec succès, mais il peut être mitigé par la chimio.

Journée mondiale du cancer du pancréas

Ce 21 novembre, c'est la Journée mondiale du cancer du pancréas ! Pour tout savoir sur cette initiative internationale, rendez-vous sur www.worldpancreaticcancerday.org, réalisé avec le soutien de la firme pharmaceutique Servier.