Nous n'avons pas besoin de beaucoup d'iode : 150 microgrammes par jour suffisent pour l'adulte moyen. Mais une carence sévère peut entraîner une augmentation visible de la taille de la thyroïde (goitre) ou une atteinte majeure du développement du système nerveux central (déficit cognitif sévère). Le goitre, jadis fréquent dans certaines régions du monde, se fait désormais plus rare car des mesures préventives ont été mises en place.
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Nous n'avons pas besoin de beaucoup d'iode : 150 microgrammes par jour suffisent pour l'adulte moyen. Mais une carence sévère peut entraîner une augmentation visible de la taille de la thyroïde (goitre) ou une atteinte majeure du développement du système nerveux central (déficit cognitif sévère). Le goitre, jadis fréquent dans certaines régions du monde, se fait désormais plus rare car des mesures préventives ont été mises en place. Chez nous, seules de légères carences en iode sont enregistrées. La Wallonie accuse un taux de carence plus fréquent qu'en Flandre, qui s'explique en partie par une consommation moindre de poisson et de fruits de mer. Cet apport insuffisant augmente néanmoins le risque de maladies thyroïdiennes, et en particulier l'apparition d'un nodule dans la thyroïde ou l'augmentation légère de sa taille. Chez les femmes qui souhaitent un enfant ou qui allaitent, une carence même légère pourrait aussi affecter le nouveau-né ou l'enfant. En effet, l'iode est un composant indispensable à la production des hormones thyroïdiennes qui jouent un rôle essentiel dans la croissance, le développement du cerveau et du système nerveux central, ainsi que dans le métabolisme. " De graves carences en iode peuvent dans le pire des cas entraîner un retard de croissance du foetus, voire divers troubles mentaux sévères et irréversibles... Heureusement, cela n'arrive jamais en Belgique ", constate le Pr Rodrigo Moreno-Reyes, du service de Médecine nucléaire à l'ULB. Il suit la situation dans notre pays depuis des années et le représente entre autres au sein d'EUthyroid, un projet de l'Union européenne visant à améliorer durablement la prise d'iode dans toute l'Europe. Dernièrement, la presse a largement répercuté la mise en garde du médecin néerlandais Robin Peeters (du Centre médical universitaire Erasmus à Rotterdam) contre un risque de manque d'iode suite à la diminution de la consommation de pain. Cette sortie a suscité quelque émoi, y compris dans notre pays. Le Pr Moreno-Reyes se veut néanmoins plutôt rassurant, n'y voyant qu'une rumeur inquiétante. Il est vrai que notre pays est depuis longtemps confronté à un léger manque d'iode. La situation a été cartographiée en détail dans les années 2000 et 2010, conduisant à un accord avec les boulangers en 2009 : sur base volontaire, ils sont invités à utiliser davantage du sel iodé lors de la confection du pain. Actuellement, une petite moitié des boulangers suivent ce conseil. Il y a donc encore moyen de faire mieux, même si cela a déjà suffi à combler la légère carence chez les enfants. Si la carence en iode reste légère chez les adultes, elle doit néanmoins inciter, selon le Pr Moreno-Reyes, à mettre tout en oeuvre pour optimaliser sa prise, surtout chez les femmes qui planifient une grossesse ou qui allaitent. Beaucoup d'entre elles prennent déjà des compléments de vitamines et de minéraux, recommandés le plus souvent par leur médecin ; la plupart contiennent de l'iode, mais il faut agir plus tôt. Rodrigo Moreno-Reyes recommande ainsi aux femmes qui veulent un enfant de s'adresser à leur médecin afin de débuter au moins 3 mois avant leur grossesse la prise de suppléments iodés. Plusieurs études montrent une association entre la carence légère en iode de la mère et le coefficient intellectuel de leur enfant, même si une relation cause-effet n'a pas été encore formellement établie. Mais le spécialiste estime préférable d'offrir aux enfants toutes les chances d'une évolution optimale, et ce dès leur conception. Il recommande dès lors de ne pas attendre d'être enceinte pour demander un supplément d'iode au médecin. Car une phase importante du développement de l'enfant s'est déjà mise en place dès les premiers jours de grossesse. Pour le reste de la population, on peut aussi recommander de manger régulièrement du poisson et des crustacés, sources les plus importantes d'iode dans notre alimentation, qui couvrent environ un quart des besoins. Le pain en apporte un autre quart. Le lait est aussi une excellente source car le fourrage est depuis longtemps systématiquement enrichi en iode. Hélas, le pain et le lait sont victimes de campagnes de dénigrement ces dernières années. Ils sont dès lors boudés, les nouvelles tendances alimentaires leur imputant toutes sortes de maux, imaginaires ou non. Le sel aussi est pris en grippe en raison de la lutte contre l'hypertension. Les personnes qui renoncent aux trois principales sources d'iode ne risquent-elles pas une carence en iode ? Bien sûr, affirme le Pr Moreno Reyes, mais il en va de leur responsabilité. Il y en aura toujours pour adopter des habitudes alimentaires étranges qui mettent leur santé en péril. Il est important de donner l'information pour que chacun soit en mesure de choisir son mode d'alimentation en toute connaissance de cause et opter, le cas échéant, pour des alternatives.